​Fin de mandat de Kabila: déploiement sécuritaire dans les villes de RDC

C'est ce lundi, à minuit, que le mandat du président Kabila aurait dû prendre fin. Ces derniers jours, les évêques de l'Eglise catholique ont essayé de trouver un accord plus inclusif avec le Rassemblement de l'opposition, le Front pour le respect de la Constitution et les organisations de la société civile qui avaient signé un précédent accord à l'automne dernier. Mais finalement, pas d’entente, les négociations devraient reprendre ce mercredi. Officiellement, aucun parti n'a appelé à manifester ce lundi, mais les forces de sécurité se sont déployées dans toutes les villes du pays.



La police nationale est formelle, tous les rassemblements de plus de dix personnes seront dispersés. Depuis ce samedi, la plupart des grandes villes du pays sont quadrillées par la police, la police militaire, la Garde républicaine ou les FARDC. A Kinshasa, ce déploiement avait commencé bien plus tôt, avec des barrages la nuit depuis vendredi pour fouiller les véhicules.
 
L'agence de régulation des télécommunications qui dépend de la présidence avait exigé des opérateurs la coupure des principaux réseaux sociaux et messageries instantanées. Coupure variable d'un opérateur à l'autre, d'une application à l'autre. Dès minuit, les internautes congolais s'envoyaient des messages, pour tester (lire encadré).
 
Et pourtant, ce dimanche ressemblait à tous les autres dans la capitale, circulation normale, activité normale. « Ce 19 décembre, le soleil va se lever et se coucher, il ne se passera rien », martèle-t-on dans les rangs du pouvoir.
 
Du côté de l'opposition, aucun appel ouvert, tout au plus quelques mots pour dire que c'est aujourd'hui au peuple de prendre ses responsabilités. Mais chez les militants, on parle de braver l'interdiction de manifester ce lundi à 23h59. Pas avant, même si ces derniers jours, une certaine confusion régnait.
 
Seuls des mouvements citoyens comme la Lucha appelle à manifester jusqu'au départ du président Kabila. La Monusco a, elle, appelé les Congolais au calme et à la retenue. « Il y a nécessité pour tous de respecter les lois de la République, de promouvoir et protéger les droits de l’homme, explique néanmoins Charles Bambara, le directeur de l'information publique de la Mission onusienne en RDC. Ils doivent avoir à l’esprit que ces lois garantissent la liberté de manifestation, de réunion pacifique, d’expression dans un espace politique ouvert. Tout cela est inscrit dans la Constitution et dans les textes internationaux paraphés par le gouvernement de la RDC. » La mission onusienne a renforcé ses patrouilles dans les villes les plus sensibles.
 
Multiplication des arrestations
 
La tension est d'autant plus palpable que depuis 48h, les arrestations ou « enlèvements » de cadres de l'opposition ou de la société civile se multiplient à l'approche de la date fatidique du 19 décembre minuit, qui marque la fin théorique du mandat présidentiel de Joseph Kabila.
 
Pour Me Georges Kapiamba, le gouvernement démontre sa volonté de bloquer toute solution consensuelle de sortie de crise : « Nous dénonçons le fait que ces arrestations, qui se traduisent généralement par des enlèvements, ont été commis en fait depuis le début du dialogue lui-même. Le 13 décembre déjà, nous avons enregistré l’enlèvement – et la détention au secret jusqu’à ce jour – de quatre militants du mouvement Filimbi. Il y a 48 heures, une militante du mouvement Lucha, Gloria Sengha, a été enlevée. Elle est détenue dans un lieu tenu secret. Et aussi, le président fédéral de l’UDPS a été enlevé à Tshikapa, il est très malade. Ainsi que deux chefs coutumiers. »
 
Du côté des autorités, on s'inscrit en faux. Le porte-parole de la Police nationale congolaise, le colonel Pierre Mwanampu Empung dément toute arrestation préventive : « Il est question de vérifier quelles ont été les incriminations qui relèvent de la loi pénale et au besoin, ils seront relâchés si on trouve que c’est bénin. Mais dire qu’il y avait des consignes pour les prendre préventivement, les garder puis les relâcher après, non ! Cela, c’est violer les droits humains. » 
 
 
 
Dans la rue, un vendeur de cartes Sim conseille un client : « Prenez FireChat. » FireChat est une application pour échanger des messages, sans accès internet. Mais ce que lui recommande ce commerçant, c'est surtout de télécharger l'une des nombreuses applications VPN (Virtual private network) : « Même si on a coupé la connexion, avec un VPN, on peut accéder à Internet. »
 
Un moyen comme un autre de contourner l'interdiction. Mais pourquoi la braver ? « C’est pour garder le contact avec les amis, confirme le client. On a besoin d’information, de savoir ce qu’il se passe ailleurs ou de communiquer avec ceux qui sont à l’extérieur du pays pour qu’ils sachent comment ça se passe chez nous. »
 
Mais pour cet autre passant, rares sont les Congolais qui ont dû penser à télécharger ce type d'application : « La population kinoise, en général, ne s’est pas préparé pour cette situation-là. Moi je pense que la meilleure chose à faire, c’est que le gouvernement laisse les réseaux sociaux travailler car nous sommes dans un pays démocratique. Nous devons faire la preuve de la démocratie. »
 
Compte à rebours avant minuit sur les réseaux sociaux. Qu'est-ce qui marche ? Qu'est-ce qui ne marche pas ? En tout cas pour ceux qui n'avaient pas pris leur précaution.

Rfi.fr

Lundi 19 Décembre 2016 - 10:25



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