​Wade, de Touba à Pire : Un périple aux allures de dernier "pèlerinage..."

De Touba à Pire en passant par Tivaouane, le président Abdoulaye Wade a effectué un périple qui ne sonne pas bien avec son âge. Mais le vieux a bien tenu. Sans être mauvaise langue, les Sénégalais ont peut-être assisté au dernier "pèlerinage" du "Pape du Sopi". Son âge ne lui permettra sans doute plus jamais de parcourir ces centaines de kilomètres pour aller se recueillir auprès des foyers religieux du Sénégal.



Le poids de l’âge est là, visible et irrévocable. En attestent ces rides qui commandent son expression faciale, et ces pas qui suivent difficilement les ultimes volontés de son cerveau, encore en forme. Wade est naturellement fatigué. Mais naturellement, s’il y a un dernier point à aller chercher pour remporter une dernière victoire politique, il ne ménagera aucun organe de ce corps nonagénaire.

Ceux qui qualifient les responsables de Wattu Senegaal, qui l’ont investi tête de liste nationale, d’irresponsables et de lâches, leur accordent  trop de pouvoirs. L’ancien président sénégalais n’est pas de la carrure de ceux à qui on dicte une conduite. Il est toujours maître de ses décisions. Ces dernières étant  toujours fondées sur un but précis. 

Les résultats des élections législatives pour lesquelles Me Abdoulaye Wade est revenu au Sénégal, auront un impact majeur sur l’élection de la Présidentielle de 2019. Qui mieux que l’éternel patron du Pds le sait ? Les guides religieux occupent toujours une place centrale dans la vie des Sénégalais, quelles que soient les tentatives des adeptes de Jules Ferry à vouloir les isoler des sphères décisionnelles de la République. Qui mieux que Wade le sait ? Un petit résumé des faits marquants de son itinéraire Touba-Tivaouane-Pire, « pour présenter des condoléances »…

 

Touba, pour jouer sur la fibre "fanatique" des mourides
Accueilli en grande pompe dès son entrée, mercredi soir dans la ville sainte, Wade a pris un mémorable bain de foule. Les rues étaient tellement bondées de monde que le cortège a roulé au pas. « Le talibé de Serigne Touba est de retour chez lui, jamais tu n’as oublié la voie de Khadimou Rassoul », commentaient les uns. « Ici t’appartiendra pour toujours », lançaient les autres. Le temps d’arrivée à la Grande mosquée de Touba, le muezzin avait déjà appelé à la prière de nuit. Serigne Moustapha Mbacké, le jeune frère du Khalife génaral des Mourides, soulignera, par le biais de son griot, après l’audience à huis-clos de Wade avec Serigne Sidy Mokhtar Mbacké, la « discipline du talibé » qui a préféré différer sa visite à la mosquée au lendemain pour ne pas perturber la prière des fidèles.
Wade est installé dans la prestigieuse Résidence Darou Marnane, en raison des chantiers qui effectués à la traditionnelle Résidence Khadimou Rassoul. Dans la nuit de mercredi à jeudi, il apprend le décès de Serigne Modou Ablaye Fall (fils du troisième khalife des Baye Fall) et sursoit à son grand meeting, prévu à Mbacké.  Dans la matinée du jeudi, il initie une tournée dans Touba pour présenter des condoléances et faire des visites de courtoisie, auprès de dignitaires mourides. L’ancien président sénégalais a fait le tour des différents  khalifes qui composent la grande famille du fondateur du Mouridisme.
De Mbacké, pour présenter ses condoléances à Darou Khoudoss chez le premier Khalife général des Mourides, sans oublier Darou Moukhty, le fief de Serigne Modou Kara, son discours n’a pas varié. « Je suis mouride et je le revendiquerai partout où j’irai dans le monde. Je ne suis pas de ceux qui se disent mourides pour conquérir le pouvoir et qui prennent une autre voie, une fois élus. J’aurais aimé être remplacé par un mouride à la tête de ce pays, mais Dieu en a décidé autrement », a-t-il clamé dans l’essentiel de ses entretiens avec les guides religieux de la ville sainte. Certains journalistes qui suivent le convoi du « Pape du Sopi », se sont permis de juger « dangereux » les déclarations du vieux. D’autant plus que ce dernier rappelle toujours à ses interlocuteurs, après avoir accusé son successeur de « traitre », qu’il a réussi à inculquer à ses enfants la doctrine mouride. Certains confrères y voient un glissement manifeste en faveur de son fils, Karim Wade, candidat du Pds à la prochaine élection présidentielle.
Quoi qu’il en soit, les populations de Touba sont sorties en masse pour lui témoigner admiration ou nostalgie, c’est selon...

 

Il joue le fidèle ami de Tivaouane… et Pire
Le président Wade est maître dans l’art de contenter tout le monde, sans jamais dévier de sa logique. Un grand comité d’accueil l’attendait dans la capitale du Tidianisme au Sénégal. Il est arrivé quelques minutes après la prière du vendredi chez le Khalife général de la famille tidiane de Tivaouane. Wade et ses allés de Wattu Senegaal ont eu beaucoup de mal à entrer dans la maison du Khalife, à cause du monde fou qui voulait revoir le visage de son ancien président. Cette fois-ci, pas de huis-clos, Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine l’a accueilli dans le grand salon de sa demeure qui se situe à quelques mètres de la grande mosquée. Venu officiellement présenter ses condoléances suite au décès d’Al Makhtoum, son compagnon de combat des premières heures qui ont suivi la création du Parti démocratique sénégalais (Pds), il déclare dès l’entame de son propos qu’il ne parlera pas politique. Mais la précaution oratoire ne tiendra pas longtemps. « l’animal politique » reprend le dessus et sans parler directement d’élections, il embarque le marabout dans un de ses subterfuges verbaux, dont lui seul a le secret. « Dieu m’a donné la force et le physique que beaucoup de personnes qui ont mon âge n’ont pas. Et je viens de découvrir pourquoi le Seigneur m’a octroyé un tel don. C’est parce que j’emmagasine une science et un savoir-faire si énorme… tout ce que je regrette, c’est de ne pas avoir eu l’opportunité et un temps suffisant d’en faire profiter le Sénégal. C’est cela qui m’a ramené au pays, après que ces gens (les leaders de Wattu Senegaal) m’aient approché pour me demander de diriger leur liste (…) J’ai pas besoin de faire campagne parce que je suis déjà dans le cœur des Sénégalais », a-t-il confié à « Junior » après lui avoir rappelé le temps où tous les deux, s’affairaient auprès des autorités judiciaires, sous la recommandation Mame Abdoul Aziz Sy « Dabakh », pour régulariser certains dossiers qui concernaient la famille tidiane de Tivaouane.
Après s’être recueilli sur la tombe du défunt Al Makhtoum, la tête de liste de Wattu Senegaal a pris la direction de Pire pour conclure son périple et présenter ses condoléances suite au décès, en juin dernier, de Serigne Moustapha Cissé. Il a ainsi été reçu par le nouveau Khalife général Serigne Mansour Cissé, qui a détendu l’atmosphère en convoquant les rapports de cousinage à plaisanterie entre les Wade et les Cissé. L’ancien président et son hôte ont éclaté de rire, ainsi que toute l’assemblée présente à l’audience. Le président Wade a également rappelé ses liens avec le défunt Khalife de Pire, avant de prendre le chemin de la capitale sénégalaise.

 

Me Madické Niang, l’intercesseur
Durant tout le temps que Wade s’est absenté du Sénégal, il y avait Me Madické Niang, son homme de confiance, pour entretenir ses relations avec les différentes familles religieuses du pays, surtout celle de Touba. A chaque étape de son « pèlerinage », les chefs religieux n’ont pas manqué de souligner à l’ancien président la présence et le soutien financier de « son fils » Madické. Le Khalife général des Mourides a demandé son fils, Serigne Thioro Mbacké de témoigner à Wade toute sa gratitude envers Me Madické et Niang, pour tout ce qu’il fait, en son nom, lors des différents événements. Idem à Tivaouane où Al Amine a tenu à témoigner devant Wade, du soutien et de la présence de Me Madické Niang à chaque fois que de besoin. Et même s’il a été parfois bousculé et même malmené par les gardes du corps, dans les tohu-bohus à l’entrée des maisons des khalifes généraux, il n’y a nul doute possible : si Wade a un bras droit, il s’appelle Madické Niang.
Cependant, qui sait ? Wade effectuait peut-être son dernier pèlerinage dans ces différents foyers religieux. La très forte émotion  perçue dans son visage lorsqu’il est sorti du mausolée de Cheikh Ahmadou Bamba et de celui de Serigne Saliou, a ému les centaines de disciples qui l’accompagnaient dans la cour de la Grande mosquée de Touba. Et comme s’ils étaient de concert, ils ont tous senti le besoin de formuler des prières de longévité pour leur très vieux condisciple.

AYOBA FAYE

Samedi 15 Juillet 2017 - 19:09



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