28ème anniversaire du décès de Thomas Sankara: la déclaration de sa veuve, Mariam Sankara

Le 15 octobre 1987, le président Thomas Sankara du Burkina-Faso et 12 de ses compagnons étaient assassinés lors du coup d’état fomenté par son successeur. Cette date marque la fin du Conseil National de la Révolution. A l’occasion de la commémoration du 28ème anniversaire de son décès, sa veuve, Mariam Sankara adresse le message suivant au peuple burkinabé qu’elle appelle à « l’insurrection électorale».



Chers compatriotes, mesdames, mesdemoiselles, messieurs
Je  vous  remercie  encore  une  fois  de  votre  mobilisation  à  l’occasion  de  cette  date anniversaire  de l’assassinat du Président Sankara et de ses compagnons. Ce 28e anniversaire de la Commémoration de l’assassinat du Président Sankara a des allures particulières. Il intervient quelques mois après le début des enquêtes sur son assassinat et une année après que le peuple  burkinabè a décidé de chasser du pouvoir le  dictateur Compaoré. Comme vous le savez, les  partisans de Compaoré, en la personne de Diendéré et ses acolytes ont voulu reprendre le pouvoir afin de mettre fin à la transition du Burkina, à la démocratie. Malgré leurs tueries et les violences exercées sur les populations, le vaillant peuple burkinabé et son armée en ont décidé autrement. En effet, la défaite de ces forces rétrogrades et anti-démocratiques, a une signification qui dépasse le simple cadre du Burkina Faso.


La jeunesse burkinabé et africaine en général veut définitivement tourner la page des dictatures néocoloniales pour s’attaquer elle-même à l’amélioration de son bien- être et à sa pérennisation pour les générations futures. Ces défis reposent sur la définition et le respect des règles du vivre ensemble, la satisfaction de nos besoins par le travail, la créativité individuelle et collective, la protection des plus faibles  et du bien commun, l’amélioration  des  relations  humaines qui est le socle des valeurs éthiques. Le Président Sankara a, inlassablement, posé les jalons de ce travail pendant la révolution du 4 août 1983.


Le peuple burkinabé, qui tient au respect des valeurs essentielles (intégrité, honnêteté, solidarité), s’est imprégné de ce message dont la jeune génération s’arme pour ses combats actuels et futurs. Au lieu de comprendre les aspirations profondes de notre peuple ainsi que les changements qualitatifs qui s’opèrent au sein de notre  jeunesse  en termes de conscience politique et d’attitudes face à toute forme de domination, les partisans du régime de Compaoré pensent qu’un retour à l’ordre dictatorial et néocolonial est encore possible. A la veille des échéances électorales décisives pour le Burkina, le peuple burkinabè dans son  immense majorité, aura l’opportunité de leur tourner définitivement le dos en leur disant non. C’est  pour moi la meilleure façon que nous avons de célébrer l’œuvre du Président Thomas Sankara.


Dans les prochains jours, l’occasion sera donnée à tous les progressistes, sankaristes en l’occurrence, de proposer une réelle alternative au peuple du Burkina Faso. Nous ne devons pas nous contenter du changement qui vient de commencer au Burkina avec la chute de Compaoré et l’échec du coup d’Etat de ses fidèles (Diendéré et ses acolytes). L’heure est aujourd’hui à la consolidation de l’alternance et à la proposition d’une véritable alternative de développement au peuple burkinabé. Je ne doute pas un seul instant que le peuple burkinabé saura définir et orienter son avenir dans le sens de ses intérêts.


En ce qui concerne la lutte contre l’impunité, l’affaire Sankara a été remise à l’ordre du jour par la justice. Les échos de l’enquête sur la mort de Sankara et de ses camarades permettent de mesurer la cruauté de la dictature de Compaoré. Ceux qui pouvaient encore espérer leur repentance ont vu qu’il n’en était rien avec le coup de force de Diendéré. Nous osons croire que justice sera rendue à Sankara et à toutes les victimes de Compaoré. Nous ne devons pas oublier que sans notre détermination, rien ne sera possible. Pour terminer, j’en appelle encore à l’insurrection électorale pour un vrai changement ! Avec le peuple, la victoire. La patrie ou la mort, nous vaincrons. L’amélioration de son bien-être et sa pérennisation pour les générations futures.
Montpellier, le 15 octobre 2015
Mariam Sankara


Mardi 20 Octobre 2015 - 21:06



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