40 ans après le raid israélien d’Entebbe, en Ouganda: merci Idi Amin Dada?

Des documents français, récemment « déclassifiés », montrent que l’ancien président ougandais, Idi Amin Dada, loin d’être de mèche avec les pirates de l’air, a joué un rôle utile, après le détournement d’un avion d’Air France, en 1976. Cette opération, appelée raid d’Entebbe, a été menée par les forces militaires israéliennes venues libérer les otages du vol Air France 139 détourné par des pirates palestiniens et allemands.



Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1976, l’armée israélienne lance une audacieuse opération commando en Afrique de l’Est. Son objectif : libérer une centaine d’otages israéliens et français que des pirates de l’air palestiniens et allemands retiennent, depuis une semaine, dans l’ancienne aérogare d’Entebbe, sur les rives du lac Victoria, en Ouganda.
 
A leur retour en Israël, ces militaires sont acclamés. Un seul d’entre eux a été tué : le chef du commando, le lieutenant-colonel Yonatan Netanyahu et légendaire frère aîné du futur Premier ministre, Benyamin Netanyahu.
 
Selon Israël, cette opération s’imposait parce que le président de l’Ouganda, Idi Amin Dada, était de mèche avec les ravisseurs qui se réclamaient d’une faction du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).
 
« Nous avons été obligés d’entreprendre cette action car nous sentions que les négociations s’empêtraient vu l’implication du président déséquilibré de l’Ouganda avec les terroristes impatients », explique le ministre israélien des Affaires étrangères, Yigal Allon, dans un message confidentiel adressé, dans la nuit du raid, à son homologue français, Jean Sauvagnargues.
 
Cette lettre fait partie des archives que le ministère français des Affaires étrangères a récemment communiquées à RFI. Ces documents sont souvent en contradiction avec le récit israélien de l’opération Entebbe, notamment sur le rôle d’Idi Amin.
 
Israël considère « l’opération Entebbe » (rebaptisée ultérieurement « opération Yonatan ») comme « un glorieux fait d’armes », source d’inspiration, tant en Israël qu’à l’étranger, qui a donné lieu à la publication de livres et à la réalisation de films, notamment une production hollywoodienne avec Elizabeth Taylor, et qui a contribué au rayonnement du nom Netanyahu.
 
Une opération sensationnelle
 
L’opération Entebbe est, certes, spectaculaire. Pour éviter toute détection, des Hercules israéliens survolent la mer Rouge à très basse altitude, puis l’Éthiopie et le Kenya, avant de gagner les rives du lac Victoria. Une fois sur place, « l’affaire » est bouclée en moins d’une heure et demie. Les otages israéliens et français, notamment l’équipage d’Air France, sont évacués sur Nairobi, puis Tel-Aviv.
 
Pourtant, le bilan mortel est élevé. Tsahal abat quatre ravisseurs et dix-sept militaires ougandais postés aux abords de l’aéroport. Trois otages tombent sous des balles israéliennes ; une quatrième personne, hospitalisée à Kampala pour un problème respiratoire, avant le raid, sera enlevée et assassinée par des éléments des forces de sécurité ougandaises.
 
La diplomatie française s’oppose à la thèse israélienne selon laquelle le maréchal Amin (décédé en 2003) était de connivence avec des pirates qui auraient été « attendus » en Ouganda. « C’est plutôt la France qui presse Kampala d’accueillir le vol 139, détourné alors qu’il effectuait la liaison Tel-Aviv-Paris », précise l’ambassadeur Pierre-Henri Renard dans ses télégrammes.
 
Détourné dans l’espace aérien grec, l’Airbus s’était d’abord posé à Benghazi, dans l’est de la Libye, pour y faire le plein. « Trente-quatre tonnes de carburant, s’ajoutant aux dix tonnes dans le réservoir, lui donnent une autonomie de quatre heures et demie de vol », comme l’explique un télégramme de l’ambassade de France, à Tripoli.
 
Recherche d’un pays ami
 
Paris souhaite un atterrissage dans un pays où elle pourra peser de toute son influence, comme l’Ouganda. L’ambassadeur Renard téléphone alors au ministère ougandais de la Défense en pleine nuit.
 
« J’ai dû réveiller le secrétaire permanent à la Défense pour lui demander l’autorisation d’atterrissage », explique-t-il, dans un télégramme. La raison invoquée (carburant) suffit à expliquer que l’autorisation ait été donnée aussitôt.
 
Pendant toute la durée de la prise d’otage, Paris cherchera d’ailleurs à empêcher l’avion de faire le plein. « Il paraît préférable que, jusqu’à la libération complète des passagers et de l’équipage, les négociations se poursuivent en Ouganda plutôt que dans un autre pays qui pourrait nous être plus hostile », souligne le ministère français des Affaires étrangères dans un message adressé à son ambassade de Kampala.
 
Les relations entre le commando palestinien et le président Amin ne sont pas d’emblée cordiales. Arrivé sur le tarmac d’Entebbe deux heures après l’atterrissage, le maréchal « se serait vu refuser l’accès de l’appareil par le commando auquel il désirait s’adresser directement », écrit l’ambassadeur Renard. 


Source: Rfi.fr


Lundi 4 Juillet 2016 - 10:00



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