8 mars – Perte des valeurs: "une responsabilité qui dépasse les familles", selon Fatou Sow Sarr

La Directrice du laboratoire genre et recherche de l'Institut Fondamental d'Afrique Noire (IFAN) est l’invitée de Pressafrik.com, ce 8 mars qui marque la journée internationale de la femme. Du rôle de la gente féminine et de son importance, Fatou Sow Sarr note des avancées très importantes que ce soit sur le plan du droit, la question du travail, un meilleur accès aux emplois. Et sur le plan juridique et politique, même si on n’est pas encore à l’égalité, il est évident que des pas ont été faits. «C’est vrai que du point de vue économique, il y a encore des gaps extrêmement importants», déplore-t-elle. Cette année, la rédaction de Pressafrik.com a choisi de s’intéresser à la perte des valeurs tant décriée au Sénégal, la sociologue préconise des politiques publiques qui devront relayer et renforcer la famille, «ce dernier socle qui peut être garant de la stabilité de la société» surtout en l’absence de «politiques familiales conséquentes par rapport aux défis qui se posent sur toutes ces questions-là de perte des valeurs». Abordant la parité, Fatou Sow Sarr déclare que cette loi «a été respectée contrairement à ce que beaucoup de gens disent». Selon elle, la balle est désormais dans le camp des femmes politiques qui doivent «se battre au sein de leur parti pour avoir leurs droits». Interview…



8 mars – Perte des valeurs: "une responsabilité qui dépasse les familles", selon Fatou Sow Sarr
De Ndaté Yalla, Aline Sitoé Diatta à la femme actuelle, êtes-vous d’avis que la gente féminine a pleinement pris conscience de son rôle et de son importance ?

Oui bien sûr dans la mesure où je crois que partout dans le monde, les avancées sont très importantes que ce soit sur le plan du Droit, la question du travail, les femmes ont un meilleur accès aux emplois. Les questions des inégalités salariales, de plus en plus, sont prises en charge dans pas mal de pays. Les questions économiques, c’est vrai que le gap de départ était tellement important et qu’il demeure notamment dans des pays comme le Sénégal. Mais sur le plan juridique, politique, sur la participation des femmes, on n’est pas à l’égalité bien sûr mais entre la fin du 19ème siècle, le début du 20ème siècle et aujourd’hui, il est évident que des pas importants ont été faits. Mêmes les pays qui sont les plus réticents, les derniers bastions résistants à la présence des femmes dans les places civiques comme l’Arabie Saoudite, ont accepté, même si c’est de manière limitée, que les femmes soient dans des espaces comme les conseils municipaux. Donc, oui il y a des progrès mais il reste encore à faire.



 

Ndaté Yalla a ouvert la lutte contre la colonisation

Au Sénégal, pensez-vous qu’elle a pu réussir des conquêtes et lesquelles selon vous ?


Je crois que les conquêtes sont très importantes et depuis 1945... C’est la parenthèse coloniale qui a exclu les femmes des bases politiques. Je rappelle toujours que la première force de résistance que le colonisateur a rencontrée dans ce pays, était une femme qui est Ndaté Yalla, c’est elle qui a ouvert la lutte contre la colonisation. Et que la dernière personne à être déportée, c’est Aline Sitoé Diatta. Donc du Nord au Sud et du point de vue historique, les femmes ont été d’un bout à l’autre dans la lutte contre la colonisation.

Et la colonisation qui nous a vaincus était culturellement en deçà de ce que le Sénégal était du point de vue de la présence des femmes dans l’espace public. Et la France n’a accepté le droit de vote pour les femmes et d’être éligibles qu’en 1944 et c’est en 1945 lors des premières élections législatives que les Sénégalaises qui ont deux (2) figures de proue: Soukeyna Konaré qui était cousine de Lamine Gueye et Ndatté Yalla Fall qui était cousine de Galandou Diouf, ont allié leur forces mêmes étant de camps adverses, pour faire face aux colonisateurs et exiger que les Sénégalaises votent parce que la France avait dit que seules les Françaises de souche devaient voter en 1945.

Donc le combat des femmes, on peut le dater de cette manière; elles ont participé à la lutte pour la libération nationale, on parle des Arame Thioumbé Samb et Aïda Sarr et autres. Mais après les indépendances, il y a eu quand même énormément de travail en terme de conquêtes de droits; le code de la famille était là même si c’est Senghor qui a été l’un des artisans. Il y a des lois contre les violences, des lois pour l’équité salariale, l’accès des femmes à tous les corps militaires. Donc il y a eu du point de vue du droit, des avancées énormes et du point de vue politique, n’en parlons pas, la loi sur la parité de 2010.

Et maintenant, c’est vrai que du point de vue économique, il y a encore des gaps extrêmement importants parce que les femmes ont moins de qualifications, ont moins accès aux ressources, aux financements. C’est une réalité qui est là mais à l’aune du processus depuis les indépendances, nous avons fait des études dans nos laboratoires et effectivement des indicateurs montrent qu’année après année, il y a des conquêtes même s’il reste des choses à faire.

Parité : Les femmes politiques doivent se battre au sein de leur parti 
 
A propos de la parité, si vous aviez à faire un bilan d’étape, qu’en serait-il ?


La parité a été respectée contrairement à ce que beaucoup de gens disent parce que c’était une parité de départ et pas d’arrivée c’est-à-dire que toute liste ne peut être recevable que si elle est alternée homme/femme, c’était cela le principe de la loi et la parité se mettait dans l’espace politique, dans les instances électives et semi électives. Donc, nous sommes arrivés à 42,7 % au niveau de l’Assemblée nationale parce que là où il n’y a qu’un seul député, ce sont des hommes qui sont passés et là, la loi n’y peut absolument rien. Le deuxième élément, on est à plus de 47 %  au niveau des collectivités locales.

Donc, par rapport aux espaces électifs, la parité est appliquée; le problème, c’est au niveau de l’exécutif or l’exécutif, la loi ne l’a pas pris en charge parce qu’autant elle dit dans le scrutin des listes, c’est clair alors que dans les bureaux, c’est nominal. Et même là, le problème, ce n’est pas la loi, ce sont les partis politiques parce que ce sont les partis qui décident avant même qu’on arrive à la mise en place du bureau. Donc, le travail qui reste à faire, c’est que les femmes politiques se battent au sein de leur parti pour avoir leurs droits.

Des politiques publiques pour relayer et renforcer la famille

Ce 8 mars est l’occasion pour PressAfrik de s’intéresser au rôle des épouses, des mamans dans la perte des valeurs tant décriée au Sénégal. Pour vous, les femmes ont-elles sérieusement une part de responsabilité dans «ce fléau» ?


Je crois que lorsqu’une société arrive à des moments de crise, on ne peut pas incriminer une catégorie ou une autre, c’est un problème de société de manière tout à fait globale et il ne saurait y avoir une responsabilité uniquement des pères ou uniquement des mères. C’est une responsabilité qui dépasse les familles, c’est une responsabilité y comprises des politiques publiques parce que ce qui se passe, nous sommes dans des sociétés en mutation parce que quand on était dans le monde rural, hommes et femmes allaient travailler sur le même espace, c’est le champ avec leurs enfants.

Aujourd’hui, le lieu de vie et de travail sont dissociés et en milieu urbain surtout où tous les gens sont obligés de faire de nombreux kilomètres pour aller rejoindre leur poste de travail, l’absence de moyen de transport, le mode d’organisation, font que les gens ne peuvent pas être dans les familles.

Or en même temps, les enfants ne doivent jamais rester en dehors de la surveillance des adultes et il n’y a pas d’infrastructures qui puissent prendre en charge ces jeunes qui sont laissés à eux-mêmes, donc c’est une politique sociale globale qu’il faut mener, il faut chercher la cause profonde.

C’est de cette manière qu’on pourra les régler et évidemment ce sont les institutions, c’est la famille composée de plusieurs acteurs, cela ne saurait être simplement le fait d’une mère, d’un père. Et les institutions publiques c’est-à-dire les politiques publiques qui ne mettent pas en place des infrastructures pour prendre en charge des enfants. Dans la famille, le modèle familial que nous avons aujourd’hui doit nous amener à beaucoup d’interrogations parce que c’est le dernier socle qui peut être garant de la stabilité de la société et on n’a pas de politiques familiales conséquentes par rapport aux défis qui se posent sur toutes ces questions-là de perte des valeurs et c’est la famille d’abord qui doit la porter mais elle doit être supportée et relayée par des politiques publiques. 


Mardi 8 Mars 2016 - 12:27




1.Posté par Sofness Relaxe le 08/03/2016 13:56
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