A Bangui, le combat de tous les instants contre la faim et la violence

La crise centrafricaine persiste et cela se mesure au nombre de personnes qui vivent encore dans des sites de déplacés. Les populations ont pour la plupart commencé à fuir les quartiers à partir du mois de décembre et il y a toujours 42 sites ouverts à l'intérieur de la capitale. Religieux et ONG se mobilisent pour les Centrafricains.



Des femmes préparent à manger dans un camp de déplacés à Bangui. REUTERS/Siegfried Modola
Des femmes préparent à manger dans un camp de déplacés à Bangui. REUTERS/Siegfried Modola

En dépit des pluies, 200 000 personnes vivent toujours sur des sites de déplacés à Bangui et dans son agglomération. Le chiffre a fortement baissé depuis les 400 000 à 500 000 de décembre et janvier, en raison d'une relative amélioration de la situation sécuritaire. Mais les retours semblent ces derniers temps se ralentir... ou être moins assurés. Selon des sources humanitaires, les déplacés du 5e arrondissement de Bangui continuent à vouloir dormir dans un « abri de nuit ».

La coordination des affaires humanitaires de l'ONU vient d'effectuer un sondage auprès de ces déplacés banguissois. 34 % des personnes interrogées ont déclaré qu'au cours du prochain mois, elles avaient l'intention de rester dans un site de déplacés. Principale raison invoquée : le pillages de leurs biens. La persistance de l'insécurité n'arrive qu'en second.

90 % des sondés disent également qu'ils ont dû interrompre leurs activités professionnelles en fuyant vers un site de déplacés. D'autres questions permettent de mesurer les graves conséquences économiques de cette rupture : presque tous les déplacés disent qu'ils ont dû réduire le nombre de leurs repas, de ceux de leur famille et s'endetter pour acheter de la nourriture.

Le centre évangélique de Don Bosco contre les violences

Le centre Don Bosco abrite un lycée, une église et depuis le début de la crise, justement, des dizaines de milliers de déplacés. Samedi dernier, alors que les combats éclatent à l’entrée de Bangui, le père Evita ouvre les portes du centre. Immédiatement les voisins s’y réfugient tandis que les blessés affluent dans la cour, où Médecins sans frontière s a installé deux tentes.

Le père Evita prie chaque jour pour les Centrafricains. « Cela fait mal de voir que chaque jour, on a des pertes en vies humaines, que chaque jour on ne respecte pas les personnes,raconte-t-il. Nous exhortons tout le monde à respecter les personnes. »

A côté du centre, les milices anti-balaka ont installé une de leur base. Ce sont des jeunes du quartier, armés et pour certains ultra violents. Le père Evita sait les tenir en respect mais il sait aussi entretenir le dialogue : « Certains se posent la question : "Et après Monsieur l'Abbé, on va faire quoi ? Est-ce qu'on peut venir étudier par exemple la menuiserie, la maçonnerie, l'agriculture ?" On leur a répondu qu'il n'y a pas de problèmes : dès que la situation sera calme, nous ne ferons pas de différences. Vous êtes des jeunes et notre mission, c'est justement de nous occuper des jeunes. »

Certains sonnent à la porte le dimanche pour venir à la messe. Le père Evita leur délivre alors un discours de paix. « Nous faisons un discours religieux, sur la conscience, sur les valeurs de la personne humaine, sur le respect de l'homme. Et ça, je crois que petit à petit, ça passe. »
 

Avec nos envoyés spéciaux à Bangui,

Cécilia est une jeune mère au visage angélique et au regard émouvant. Dans ses bras, Chloé, dix mois, est aussi maigre qu’un moineau au début du printemps. Chloé souffre de malnutrition. Depuis qu’elle a perdu son mari, tué par les ex-rebelles de la Seleka, Cécilia s’occupe mal de son enfant. Les médecins d’Action contre la faim  lui prodiguent une thérapie de santé mentale. En quelques séances, Cécilia est redevenue une mère attentive.

« Pour le moment, ça va, assure la jeune femme. Mon enfant aussi. Dès que nous sommes arrivés ici, on m'a fait comprendre qu'il souffrait de marasme. J'ai suivi les consignes des médecins et de ceux qui travaillent pour la santé mentale ici. Je me rend compte que l'état de mon enfant s'est amélioré. De temps en temps, j'étais violente envers mon enfant. Mais grâce aux conseils que j'ai eus ici, j'essaie de trouver d'autres moyens lorsque mon enfant commet une faute. »

En zone de conflit, les traumatismes subis par les mères expliquent bien souvent l’aggravation de la malnutrition. Au centre pédiatrique, des conseillers jouent avec les enfants et poussent les mères à faire de même. Le but : recréer du lien, là où la violence les a détruits.

Source : Rfi.fr
 



Jeudi 3 Avril 2014 - 10:51



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