A défaut de mosquée, les musulmans de Gallarate prient à l’église

A Gallarate, au nord de Milan, les musulmans se réunissent pour le troisième ramadan consécutif pour prier sur un terrain alloué par l’Église locale.



Dans la province de Varèse, la paroisse de Saint-Nazario et Celso a aménagé un espace pour que les musulmans puissent prier pendant les soirées du ramadan. L’endroit en question est une cour fermée derrière l'église, un lieu qui n’est plus utilisé depuis des années. Il a été mis à la disposition des fidèles musulmans par le père Adriano Colombo afin de "donner un signal pour ouvrir le dialogue entre les différentes cultures". Rétifs au premier abord, les habitants de la ville ont semble-t-il fini par accepter cette initiative.

Gallarate est une petite ville de 50 000 habitants dont 2 500 sont de confession musulmane. Elle est située dans une région tenue par de la Ligue du Nord, le parti xénophobe et régionaliste d’Umberto Bossi.

"Nous sommes très reconnaissants à l’égard de l'Église pour son hospitalité, mais nous voudrions aussi avoir notre propre espace"

Hamid Khartaoui, 43 ans, est un père de famille marocain qui vit depuis 22 ans en Italie. Il est le porte-parole de la communauté musulmane locale.

Habituellement, nous prions dans la partie couverte d’un petit stade que nous louons tous les vendredis pour 115 euros de l’heure. Mais pendant le ramadan, le nombre de fidèles peut atteindre jusqu’à 200 personnes chaque soir et le stade ne suffit plus. Nous sommes donc très reconnaissants à l’égard de l'Église pour son hospitalité, mais nous voudrions aussi avoir notre propre espace.

Cela fait déjà quelques années que nous avons engagé un bras de fer avec les pouvoirs publics. En 2005, le conseil municipal a fermé notre centre culturel, que nous utilisions également comme lieu de prière, car il n’était soi-disant pas conforme aux règles d'hygiène et de sécurité. Deux ans plus tard, la communauté s’est imposée elle-même une taxe pour permettre l’achat d’un hangar de 400 mètres carrés pour la somme de 300 000 euros. Il s’agissait de l'ancien siège d'une société à la périphérie de Gallarate. Du coup, son réaménagement n’était possible que si l'administration nous autorisait un changement de 'destination', afin qu’on puisse le faire passer de bâtiment industriel à centre culturel et religieux. Mais l'administration nous refuse toujours ce changement. Cette situation n’est pas due à la méfiance de la population, mais à une mauvaise volonté politique évidente. Nous sommes certes en Lombardie, le berceau de la Ligue du Nord mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, dans les municipalités gérées par ce parti les musulmans ont toujours leurs propres espaces. C'est le cas à Varèse, Novare, Saronno, Gravellona, etc. Si Gallarate fait exception, c’est parce qu’elle est dirigée par le seul maire de centre-droit [PDL, la coalition dirigée par Silvio Berlusconi] de la région. Ce dernier craint de perdre son fief s’il a une politique trop souple envers les immigrés.

La Ligue utilise la xénophobie comme argument de campagne pour s’assurer du soutien populaire mais, une fois les élections remportées, les choses changent. À Varèse [première ville à avoir eu un maire de la Ligue, Raimondo Fassa, de 1993 à 1998], Fassa avait martelé tout au long de sa campagne qu'il fermerait le centre islamique de la ville s'il gagnait. Une fois la victoire remportée, il l'a en effet fermé, mais pour autoriser l'ouverture d'un autre centre plus grand et plus beau. Mais à Gallarate, la situation semble loin de s’arranger : avant l'été, l'administration a présenté le nouveau plan d’aménagement du territoire qui stipule que les seuls lieux de culte de la ville restent ceux relatifs au culte catholique. Au risque d'aller à l’encontre de la Constitution italienne qui prévoit la liberté de culte."

France24.com

Lundi 30 Août 2010 - 15:25



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