À l’approche de la Coupe du monde: Climat social tendu au Brésil



Le climat social au Brésil, hôte de la Coupe du monde de football, est des plus tendus, les plus défavorisés s’estiment exclus de la fête et affirment que le budget de 10,7 milliards d'euros pour le Mondial le plus cher de l'histoire (la France, en 1998, n'avait dépensé que 360 millions d'euros) aurait pu servir à la construction de logements et dans les transports. Les trois quarts des 17 millions d’habitants de São Paulo, à titre d’exemple, sont tributaires des transports publics qui font cruellement défaut.
De plus, les chantiers ont pris énormément de retard, puisqu'ils devaient être finis pour le 31 décembre. Les organisateurs commencent à craindre un nouveau Sotchi (Jeux olympiques d’hiver en Russie) : des infrastructures démesurées et surtout mal finies. Sur le plan économique, le plus vaste pays d’Amérique du Sud est loin des 7% de croissance sous l’ancien Président Lula. Ce taux a dramatiquement fondu à 1% actuellement.

«Coupe sans le peuple, me revoilà dans la rue»

L'appel à la mobilisation a été lancé depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux. La plupart des mouvements sociaux, organisations civiles et partis politiques qui contestent l'organisation de la compétition ont appelé à des rassemblements dans au moins dix des douze villes-hôtes sous le même étendard : «Coupe sans le peuple, me revoilà dans la rue». Dans la capitale économique brésilienne, quelque 5.000 membres du Mouvement des travailleurs sans toit (MTST) étaient déjà en train de manifester aux abords du stade Itaquerao, là où aura lieu le match d'ouverture de la Coupe du monde de football. Un symbole, alors que les Brésiliens sont de plus en plus nombreux à critiquer la tenue du Mondial.
Né en 1997, le MTST s’est inspiré du Mouvement des sans terre (MST) dénonçant l’urbanisation galopante qui prive les paysans de leurs terres. En mars 2007, trois mille familles venues des favelas de la mégapole de São Paulo occupent un terrain privé dans la banlieue et revendiquent le droit au logement. Les occupants érigent alors en quelques semaines une «ville nouvelle» faite de bambous et de bâches plastiques. Baptisée campement Joao Candido, elle devient la «capitale des sans toit» et l’épicentre de la contestation populaire.
Un autre slogan scandé par les manifestants déclare : «Hé FIFA, retourne en Suisse !» L’AFP rapporte que des images aériennes de TV Globo montraient quelques casseurs en train de saccager un concessionnaire d'un fabriquant automobile partenaire officiel du Mondial. Au moins 20 manifestants ont été interpellés avant d'être relâchés pour 13 d'entre eux. Deux photographes de presse ont été légèrement blessés.
À Rio de Janeiro et Brasilia, la police a également fait usage de gaz lacrymogène pour disperser des petits groupes de manifestants. 700 manifestants, certains enroulés dans des drapeaux brésiliens, ont ainsi protesté devant la Gare Central do Brasil à Rio. Ils y ont brûlé un énorme billet symbolique d'entrée pour un match aux cris de «FIFA go Home !» Guilherme Boulos, un dirigeant du MTST cité par l'AFP, et qui soutient environ 3.000 familles sans-abri qui campent près du stade sous le mot d'ordre «Coupe du peuple», a affirmé au site internet de Folha de São Paulo : «C'est le compte à rebours : ils ont 28 jours pour trouver une solution aux occupations de terrain. Sinon ils auront des problèmes».

Scènes de pillage à Recife

Les pillages de boutiques ont commencé et l’armée a été déployée dans cette ville du nord-est du pays qui doit accueillir des matchs pendant la Coupe du monde. Lors d’un discours prononcé ce jeudi, la Présidente brésilienne, Dilma Roussef, candidate à un nouveau mandat en octobre prochain, a appelé les Brésiliens à accueillir la Coupe du monde avec «le sens de l'hospitalité qui caractérise l'âme du Brésil».

lematin.ma

Samedi 17 Mai 2014 - 15:57



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