Acceuil exceptionnel : Macky Sall, empereur de Chine



Le Président Macky Sall a eu droit jeudi, à un accueil officiel d'un cérémonial rare et d'un faste remarquable. Peu de fois, ont tenu à faire remarquer les officiels chinois, leur président, un des plus occupés de la planète, n'a réservé un si grand accueil à un Chef d'Etat. C'est d'abord en début d'après-midi, dans ce grand hall imposant, symbole de la majesté chinoise et de sa réussite exemplaire; son décor aux détails interminables, son Armée dans son impéccable tenue d'apparat, ces hommes empaquetés comme des siamois, disposés au millimètre près pour accueillir l'hôte du jour. Dans cette salle à la hauteur infinie, avec sa voûte aux contours plats parsemés de lustres volants, les soldats ont fait entendre leurs pas, leurs armes à la manche polie, rabattue sur leur poitrine après chaque appel indéchiffrable de leur chef. Derrière eux se joignent deux murs gigantesques qui glissent l'un vers l'autre pour dessiner à l'avant de cette foule compacte, une peinture d'inspiration presque rupestre : c'est la grande muraille de Chine avec ses tours ancestrales et ses allées sinueuses qui défient le temps. Ceux qui n'y sont jamais allés peuvent contempler la merveille et la lécher de leur regard.


Pas loin, derrière, quelque part dans cette salle immeuse, un cri s'est fait entendre. Ce sont les deux chefs d'Etat qui entrent à petits pas feutrés, conduits par un officier militaire agile comme un escrimeur, dans un couloir jalonné d'hommes à la tenue d'apparat. Ils sont accueillis dans ce silence de cathédrale qui fait entendre le mouvement saccadé des horloges. La symphonie de la musique de l'Armée chinoise s'élève. Une armée de musiciens entonne, tête baissée, notre hymne national avec une précision musicale qui fait frémir. Sans note, sans papier, comme s'ils tenaient à cœur de nous la jouer, nos amis chinois. On n'entendait plus les crépitements des flashs des caméras. Ils s'étaient mis au repos pour entendre cette interprétation heureuse. On n'entendait plus que des craquements de cymbales, cette envolée chaloupée, ces vents de trompettes qui viennent mourir dans les oreilles de ces hommes curieux et qui libèrent enfin l'air emprisonné dans les poumons.


A pas lent, les chefs d'Etat reprennent le tour, guidés par de petites figurines collées sur le sol marbré. Chacun se tient droitement à sa place, jusqu'à ce cortège d'officiels que le protocole vient de présenter à voix haute, au passage des deux hommes.


Tout est ordonné et mis en œuvre à la minute choisie, pour surprendre l'œil du spectateur. Ces enfants, qui ont l'air de rien et qui sautillent comme des abeilles échappées d'une ruche, avec leurs petits drapeaux colorés, chantant allègrement au passage des deux présidents. La Chine sait bien faire.

 

L'année du cheval en Chine
Ils s'en vont, les deux hommes, mais tout n'est pas fini. Suivis de leurs délégations, ils se retirent dans une des grandes salles, une d'elles, dessinée pour que l'intrus s'y perde, pris entre les grands murs et les portails surdimensionnés. Il y en a plusieurs/ Les Chinois font tout en nombre, sauf les enfants. Des salles de ce genre, il y en a même beaucoup. « Une quarantaine », précise l'épouse de l'ambassadeur de Chine à Dakar, dans un français bien entretenu. Les Chinois ne négligent rien, quand vient le moment de séduire. Et c'est ce que le Président Chinois entend faire. Les deux Chefs d'Etat ont le même gabarit, habillés de la même manière : costume sombre, chemise blanche et cravate rouge, comme s'ils s'étaient passés le mot. Ils marchent d'un même pas, avec la gravité que requiert la cérémonie, mais que le maître des lieux rompt vite, une fois les portes closesL'année 2014 est l'année du cheval en Chine, et c'est bien, a-t-il noté, « le symbole de votre parti politique ». Un coup d'œil à son hôte, mais surtout une marque d'intérêt pour le Sénégal, exprimée jusque dans les détails de notre propre histoire. Premier pays africain invité de l'année, font encore noter les Chinois, pour encore marquer le caractère inédit de cette visite. Les Chinois veulent faire du Sénégal leur porte d'entrée en Afrique, la marque de leurs ambitions dans ce continent longtemps abandonné à ses anciens colons. Le Président Sall série un à un les projets qu'il voudrait réaliser. Notre pays souhaiterait bien que la Chine soutienne son ambitieux Plan émergent, et ce devrait être avec les entrepreneurs chinois, associés à des sénégalais, pour des projets majeurs, financés par des institutions financières chinoises. C'est le Président Wade qui, dès 2005, a senti la nécessité de reprendre avec ce grand pays au potentiel gigantesque et Macky Sall, alors Premier ministre, avait effectué une visite en Chine pour la revue de notre coopération. Depuis, la Chine a grandi et le Sénégal aussi.


Le ministre chinois du Commerce est là, attentif, à côté d'une foultitude de conseillers entraînés comme des machines à écrire, déboulant une note après une autre, pour nourrir le cerveau de leur président. La Chine est en elle-même un exemple d'organisation à grande échelle et de méthode. Sans doute ce que l'expérience communiste a produit de mieux. Le temps ne se perd pas ici, il se transforme. Les yeux écarquillés, les membres de la délégation sénégalaise s'attachent à chaque détail, au contour de chaque coin, mais ce nombreux personnel dédié ne leur en donne pas le temps. Quand un service doit être fait, ils sortent comme de nulle part, exécutent un geste, un autre, et font disparaître leurs petites silhouettes dans ces jets de lumière qui vous éblouissent, à force de vous en mettre plein les yeux. On se traîne langoureusement dans un tapis de velours d'un rouge vif qui tranche d'avec la blancheur des murs, pour encore découvrir une énorme salle, d'une autre beauté envoutante.

 

Chaque table, faite à la démesure, est numérotée et bordée des noms des invités qui doivent présenter leurs cartes, après avoir décliné, obligés qu'ils sont, leur badge au regard du personnel de sécurité. On se perdrait dans les couverts vernis d'or, noyés par une meute d'employés qui dessinent de véritables ombres chinoises sur les couverts lustrés comme des miroirs. Ils compilent les plats, les font poser les uns après les autres pour gaver leurs invités tantôt de canard, tantôt de poisson pané, avec toujours de la boisson « naturelle ». Les repas succulents font même oublier l'objet de la visite. Mais les deux chefs d'Etat, sans doute plus habitués à ce rare cérémonial, attablés en face, ont l'air absent de ce monde glouton et ne font pas chômer leurs interprètes. Les autres, ministres accompagnants, se nourrissent goulument, discutent entre deux bouchées sans même s'apercevoir du temps qui passe.

 

Le Président chinois a pris bonne note de tout cela, la délégation sénégalaise et son patronat aussi. Sur tous les projets présentés, allant de l'autoroute Dakar-Touba au train Dakar-Bamako en passant par le Port minéralier. Les Chinois, qui ne négligent rien, ont présenté le projet du futur Port, dévoilant Bargny et ses environs sur des pages de calque aux allures futuristes. Xi Jinping a exprimé l'intérêt et le soutien de son pays et ses voeux sont, dans cet ancien empire conquis par le Sénégal le temps d'une visite, plus que des ordres. Tout est bien donc.
Quand sonne le départ, c'est déjà la nuit dehors. Une épaisse couche de brouillard s'est emparée de Pékin, laissant sous son manteau brumeux un froid de canard. Les deux hommes n'avaient pas esprit à se quitter. Ils se sont longuement regardés, comme s'ils voulaient encore donner à cette foule impatiente, la preuve de leur attachement l'un à l'autre. « La balle est dans notre camp », a sobrement commenté le Président Sall. Et c'est notre avenir qui se joue.

Dépéche



Vendredi 21 Février 2014 - 10:09



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