Affaire ATOS : Conflit d’intérêt sous fond de perte de souveraineté numérique

L’Etat du Sénégal, à travers l’Agence de l’Informatique de l’Etat (ADIE), a déjà réussi, la mise en place d’une infrastructure nationale de fibre optique de large bande, propriété de l’Etat, sur 1500 km. Le 26 septembre 2015, l’ADIE avait décroché un partenaire, Huawei, pour construire 3000 km de fibres optiques. Ces 3.000 km de fibres optiques devraient venir s’ajouter aux 1500 km de fibres optiques déjà opérationnelles.



Affaire ATOS : Conflit d’intérêt sous fond de perte de souveraineté numérique
Mais voilà, depuis  septembre 2015, ce dit projet de maillage du territoire national en fibres optiques de large bande par ADIE, a connu beaucoup de retard dans son exécution.

Finalement, c’est la société ATOS, société française et capitaux étrangers, qui va construire et gérer, en lieu d’ADIE, agence sénégalaise et capitaux publics, l’écosystème de nos plateformes numériques.

Plus inquiétant, le PDG d’ATOS, Thierry Breton, ancien ministre français de l’Economie, des Finances et de l’Industrie (2005-2007),  se trouve être aussi, le Président du Conseil d’Administration…. d’Orange qui est l’opérateur leader au Sénégal.

Alors, une question subsiste: Du côté du Gouvernement du Sénégal, aurait-on retardé le processus de mise en place du maillage total du territoire en fibres optiques par une agence nationale (ADIE) et qui sera à termes, propriété de l’Etat du Sénégal, pour permettre à ATOS de s’aligner et de remporter finalement ce marché ô combien crucial des plateformes de gestion numérique? Si oui, à quelle fin?

Notre gouvernement vient de couper l’herbe sous le pied d’ADIE, en le privant de monter en gamme et en puissance. L’ADIE sera désormais cantonné à la seule mutualisation des infrastructures de télécommunications et des systèmes d’information de l’Etat (l’Intranet administratif) dont celles du Ministère de l’Intérieur, de l’Armée, de la Douane, de la Direction du Traitement Automatique de l’Information (DTAI), de la Direction Générale de la Comptabilité Publique et du Trésor (DGCPT), de la Direction Générale des Finances (DGF), de la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID),  de la Poste, de la Radiodiffusion et Télévision du Sénégal (RTS) et de la SENELEC.

Dans un contexte où la nouvelle économie et l’économie de demain, est l’Economie du Savoir dont les trépieds sont l’économie Numérique (infrastructures réseaux et plateformes) et l’économique des Services (applications et usages), le Sénégal vient de renoncer à sa souveraineté numérique en sous-traitant sa sécurité globale et son économie nationale.
 
 Le défaut de mutualisation de ces réseaux et de leurs composantes tels que la fibre optique, les réseaux VSAT, WIMAX, CDMA et les liaisons spécialisées ainsi que les accès ADSL engendre des redondances multiples et des
dépenses qui pèsent lourdement sur les finances publiques.

La mutualisation a donc pour objectifs d’optimiser les ressources de télécommunications et informatiques de l’Etat, de partager l’accès aux ressources du Datacenter de l’ADIE, d’assurer une couverture totale du territoire  national, de réduire les investissements en acquisition de matériels lourds et  de rationaliser les dépenses publiques dans le secteur des TIC.

«le renforcement du haut débit au niveau national est en marche avec 1500 kilomètres de fibre optique déployés dans 13 régions du Sénégal». 3000 km de fibre optique supplémentaires sont annoncés pour mailler tout le territoire national ainsi qu’un nouveau Datacenter qui sera construit au pôle numérique de Diamniadio pour booster la création d’emplois.

Siré SY, Président du Think Tank Africa WorldWide Group

Vendredi 1 Juillet 2016 - 08:41



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