Affaire Bassirou Faye : de la vengeance dans l’air



Affaire Bassirou Faye : de la vengeance dans l’air
Avant-hier, les avocats de Sidy Mouhamed Boughaleb ont accusé la Justice de tâtonnement voire de chercher à faire de leur client l’agneau du sacrifice dans cette affaire de meurtre de l’étudiant Bassirou Faye. Comme si le Doyen des juges avait tiré au sort parmi les trois policiers incriminés, celui qui devait être jugé pour meurtre devant la Chambre criminelle. Le plus constant dans cette affaire qui, au départ était juste une histoire de maintien de l’ordre, est que les trois policiers cités étaient présents au sein du campus social de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), ce 14 août 2014. Ce que Tombon Oualy, Sidy Mouhamed Boughaleb et Saliou Ndao reconnaissent d’ailleurs. Devant le Doyen des juges, ils ont même reconnu avoir pris part aux confrontations avec les étudiants au cours desquelles Bassirou Faye a été tué. Tombon Oualy a déclaré qu’il a été affecté en juin 2014 au rectorat de l’UCAD alors qu’il était en stage, il a été libéré le 12 août 2014 pour pouvoir prendre part à la cérémonie de sortie de promotion organisée le 13 août 2014 à l’école nationale de police. Le 14 août devait être le jour de la permission accordée à tous les participants à charge pour ceux qui étaient dans la même situation que lui de revenir le premier jour ouvrable.

 
Après avoir passé la nuit à l’école de police, il était en train d’aller récupérer ses effets personnels laissés au rectorat. Et pour cela, il avait requis les services du chauffeur El Hadji Malick LY, agent de police affecté à une autre unité du détachement du rectorat. C’est sur le chemin du retour que son camarade de promotion a reçu un appel téléphonique de leur chef, l’adjudant Diougal Sow qui lui demandait de revenir sur le champ à l’UCAD où il y avait une fronde des étudiants. Arrivés sur place, Tombon Oualy et ses éléments se sont positionnés sur le côté droit à hauteur des cantines qui jouxtent le mur du stade situé sur la bande verte du pavillon D. Le groupe de Saliou Ndao avait pris le côté gauche et était parvenu, dans sa progression, à se positionner sous le pavillon E. Les heurts avaient atteint leur paroxysme au moment où le groupe de Saliou Ndao était pris d’assaut par les étudiants qui faisaient des pierres sur eux. Sur ces entrefaites, Tombon Oualy dit avoir vu Saliou Ndao traverser en courant la route qui sépare les pavillons E et D en se dirigeant vers le point de stationnement des véhicules.

 
Tombon Oualy n’apprend la rumeur de la mort d’un étudiant que vers 18 heures. En ce qui concerne Saliou Ndao, il a déclaré qu’il ne portait pas d’arme le jour des faits. Pour Sidy Mouhamed Boughaleb, il a relevé qu’il s’était déployé dans un autre secteur du campus social. Plus précisément aux abords du restaurant « Argentin » suite aux directives de son chef de détachement, l’adjudant Pape Sarr Gueye. Durant les affrontements avec les étudiants, il a reçu un projectile à la tête et un autre à la main gauche. Sidy Mouhamed Boughaleb a ainsi quitté le théâtre des opérations en se faisant évacuer à l’infirmerie de l’école nationale de police. Après sa sortie de cette infirmerie, il s’est rendu de son propre chef à l’infirmerie du Camp Abdou Diassé. Et que de là, il est rentré chez lui à Thiaroye Azur.

 
Face à la constance des dénégations des inculpés, le Doyen des juges, Mahawa Sémou Diouf a eu recours aux trois témoins, tous des étudiants (Sette Diagne, Doudou Faye, Guedj Dione) présents au moment des faits. Co-chambrier de feu Bassirou Faye, Sette Diagne ne varie pas dans ses déclarations. Situant l’heure du crime à 15 heures, le pensionnaire de l’UCAD décrit un «homme élancé mesurant environ 1,90 m, de forte corpulence, de teint clair et en uniforme ».  Continuant ses investigations, le magistrat instructeur s’est appuyé sur les déclarations des inculpés et des témoins pour attester que le tireur s’était servi de sa main droite. Mouhamed Boughaleb avait une blessure aux doigts de sa main gauche dès les premières heures des échauffourées. Le juge d’instruction s’est aussi appesanti sur la description physique du tireur. Il est établi que le tireur est de teint clair, de forte corpulence et de taille moyenne. Sette Diagne a même déclaré qu’il pouvait reconnaitrel’auteur du tir fatal. Ce qui a poussé les enquêteurs à organiser une séance de reconnaissance à l’école nationale de police le 15 octobre 2014 en présence du Procureur de la République. Il s’agissait de quatre groupes dont trois de vingt éléments et un quatrième de huit fonctionnaires de police. Sette Diagne a formellement identifié dans le premier et troisième groupe, le porteur du numéro 1 et celui du numéro 55 qui correspondait à l’agent de police, Sidy Mouhamed Boughaleb.

 
Des investigations poussées du Doyen des juges ont démontré que Sidy Mouhamed Boughaleb a pu matériellement revenir sur le terrain qu’il avait quitté du fait de sa blessure. L’infirmier Jean Claude Diatta, livre «l’Observateur », a expliqué que l’état de santé du policier avait juste nécessité un pansement à la tête et la prescription d’un antibiotique d’où la décision de ne pas le référer à un autre centre hospitalier. Mahawa Sémou Diouf a, dès lors, fait un réquisitoire aux opérateurs de téléphonie pour une opération de géo-localisation du téléphone de Boughaleb. Les résultats disent que le policier était à 12h45 vers l’école normale supérieure et à 18 heures dans le secteur de Thiaroye. L’école normale supérieure sise à quelques encablures de l’UCAD, le magistrat instructeur estime que Boughaleb a pu revenir sur le théâtre des opérations. 


Jeudi 27 Août 2015 - 11:08



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