Affaire Dieudonné: Manuel Valls remporte une première victoire

Le bras de fer entre Dieudonné et Manuel Valls a tourné à l'avantage du ministre de l'Intérieur. Le Conseil d'Etat, la plus haute juridiction administrative en France, a confirmé l’interdiction d'un spectacle du polémiste hier, jeudi 9 janvier, à Nantes. Un décision qui est tombée 1 h 30 avant le début de la représentation, alors que, déjà, un millier de personnes faisait la queue pour rentrer dans le Zénith.



Affaire Dieudonné: Manuel Valls remporte une première victoire

Déception et colère, voilà les deux termes qui résument l'esprit des spectateurs qui attendaient Dieudonné devant la salle de spectacles nantaise. Jusqu'au dernier moment, ils ont cru, comme l'avait laissé entendre Jacques Verdier, l'avocat de Dieudonné, qu'un spectacle aurait lieu, peut-être pas celui annoncé, Le Mur, mais un autre, moins sulfureux. Des bruits couraient même que l'humoriste jouerait sur le parking du Zénith.
 

Au final, rien de tout cela. Et c'est Jacky, l’un des personnages récurent des spectacles de Dieudonné, qui a annoncé à la foule qu'elle devait partir dans le calme, en chantant La Marseillaise pour ne pas entrer dans le jeu du ministre qui n'attendait, selon lui, qu'une chose : que la situation dégénère.
 

La colère a alors pris le pas sur la déception. « Valls dégage », « Dieudonné président », a scandé l'assistance. Certains parlaient même d'une remise en cause de la séparation des pouvoirs quand un membre de l'exécutif décide de l'annulation d'un spectacle, domaine réservé à la justice. Selon les spectateurs, c'est cette atteinte à la liberté d'expression qui a cristallisé toutes les passions.

 

 
Les forces de l'ordre étaient présentes en nombre au Zénith de Nantes, jeudi 9 janvier 2014.
REUTERS/Stephane Mahe

 

Terrain délicat

Si finalement la soirée s'est terminée dans le calme, sans incident, Manuel Valls est allé sur un terrain délicat, celui de la liberté d'expression et de la censure. Et certains estiment même qu'il a donné l'occasion à Dieudonné de se « victimiser », en parlant d'acharnement. Ce qui était pour le coup contre-productif. La méthode du ministre de l'Intérieur a été critiquée au sein même de son camp. Jack Lang ou Pierre Joxe ont, par exemple, émis des doutes sur la validité de sa circulaire. Manuel Valls a choisi une option juridique hasardeuse mais a finalement obtenu in extremis le soutien du Conseil d'Etat, qui lui a évité un camouflet.
 

La décision du Conseil d'Etat, très rapide, a été en effet inattendue et comme l'explique Didier Maus, professeur de droit constitutionnel à l'université d'Aix-Marseille, il y a eu une véritable avancée sur le plan juridique : « La jurisprudence traditionnelle qui a été appliquée par le tribunal administratif de Nantes veut que l’atteinte à l’ordre public soit essentiellement prise sous l’angle physique, c’est-à-dire des risques de manifestations et de troubles de l’ordre public dans la rue. Il y avait eu depuis quelques années une évolution de la notion d’ordre public en intégrant la dignité de la personne humaine. Et là, le Conseil d’Etat a fait évoluer la jurisprudence. C’est une jurisprudence dynamique, progressiste, évolutive. Il faudra attendre ensuite le jugement sur le fond. Mais incontestablement, il y a une évolution de la jurisprudence. Cela ne fait aucun doute. »


Victoire politique

Mais l'objectif de Manuel Valls était avant tout politique. C’était un pari risqué, mais un pari qu'il a assumé. Il a d'ailleurs même un peu théorisé la chose, un peu plus tôt, dans la matinée, en déclarant que « le rôle d'un responsable politique, c'est de prendre des risques ». C'est ce qu'il a fait. Et il n'a pas caché sa satisfaction en évoquant « une victoire de la République » et en se vantant d'avoir accéléré la prise de conscience sur l'antisémitisme.
 

Alors même si ses méthodes un peu à la hussarde ont été mises en cause, Manuel Valls a marqué des points. Il s'est positionné en première ligne sur le terrain des valeurs car, sur le fond, son combat contre l'antisémitisme est inattaquable. Il a obligé François Hollande et Jean-Marc Ayrault à lui emboiter le pas. Et il a éclipsé tout le monde. A commencer par la ministre de la Justice Christiane Taubira, étrangement absente de ce débat. Reste maintenant à gérer la suite. Et la moindre erreur lui coûtera cher. Ses détracteurs sont nombreux, même au gouvernement, et ils n'ont pas forcément apprécié de le voir, une fois encore, monopoliser la scène politico-médiatique.


RFI

Vendredi 10 Janvier 2014 - 10:03



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