Affaire Habyarimana: réactions sur la disparition du nouveau témoin

Qu’est devenu Emile Gafirita ? Toujours aucune nouvelle de ce nouveau témoin des juges Marc Trévidic et Nathalie Poux. Il devait être entendu dans le cadre de l'affaire de l'attentat contre l'avion de l'ancien président rwandais, Juvenal Habyarimana. Emile Gafirita, ancien militaire de l'armée rwandaise, est porté disparu depuis le 13 novembre, au soir, à Nairobi, au Kenya. Selon les témoignages de ses voisins, recueillis par RFI, il aurait été intercepté par deux hommes, menotté et trainé dans un véhicule alors qu'il rentrait chez lui. Qui est Emile Gafirita ? Quelle était la valeur de son témoignage ?



L'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana (ici en 1982) marque le début du génocide rwandais.
L'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana (ici en 1982) marque le début du génocide rwandais.

Emile Gafirita est un témoin de dernière minute. Il s'était présenté à la justice française après la clôture de l'instruction et c'est notamment pour pouvoir l'entendre que les juges Marc Trévidic et Nathalie Poux avaient décidé de la réouverture de l’instruction.

Emile Gafirita est un kadogo - un enfant de la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR). En 1994 - avant le début du génocide - il dit avoir fait partie du troisième bataillon installé, à l'époque, dans le CND – ancien parlement rwandais – devenu, depuis les accords de paix d'Arusha, le quartier général du FPR, à Kigali.

Dans la lettre demandant à l'entendre, il aurait assuré avoir convoyé les missiles qui auraient abattu l'avion du président Habyarimana justement jusqu'au CND, accréditant donc la thèse d'un attentat commis par le FPR.

Du côté des avocats des accusés, on assure n'avoir jamais craint ce type de témoignage qui irait à l'encontre d'une expertise commandée par les juges d'instruction. Cette expertise indiquait que le tir provenait du camp militaire de Kanombe ou de ses environs, une zone contrôlée par la garde présidentielle du président Habyarimana.

Pour Maître Leon-Lef Forster, avocat des accusés des hauts responsables du régime rwandais, ses clients ne craignaient pas ce témoin. Cette disparition pourrait être une manipulation.

« Ce témoignage qui apparaissait totalement insolite, qui intervenait vingt ans après, provenant d’un personnage qui n’a jamais été entendu en vingt ans et qui, à la fermeture du dossier, considère qu’il a des déclarations à faire, cette apparition n’était qu’une manœuvre. Mais aujourd’hui, sa disparition pourrait aussi être une manœuvre pour retarder l’inévitable non-lieu dont devraient bénéficier mes clients », a déclaré, à RFI, Maître Forster.

Du côté des parties civiles - parmi lesquelles la famille Habyarimana - on estime, au contraire, ce témoignage comme important, voire déterminant et allant plutôt dans le sens de l'instruction menée jusqu'ici par la justice française. Et on souligne que les témoins accusant le FPR ont toujours eu tendance à disparaitre, à être attaqués ou menacés. Les parties civiles envisagent des démarches auprès des autorités françaises pour comprendre ce qui est arrivé à Emile Gafirita.

Pour Maître Philippe Meilhac, avocat de la famille Habyarimana, une chose est sûre, si ce témoin a été enlevé, sa disparition profite surtout aux accusés.

« Il n’y a que les autorités rwandaises et ceux qui sont concernés par la piste du FPR qui ont intérêt à ce que ce témoin ne puisse pas parler aux juges d’instruction français. Ce n’est malheureusement pas le premier témoin qui connait pareil sort. Il y a la liste des témoins qui ont été soit enlevés, soit assassinés, récemment d’ailleurs puisque tout le monde a en tête les événements de la fin de l’année 2013 avec l’assassinat de Patrick Karegeya, et les nombreuses tentatives d’assassinat du général Nyamwasa », a déclaré, à RFI, l’avocat de la famille Habyarimana.

« Il va de soi qu’il y aura, de la part des parties civiles et de leurs avocats, des demandes d’explications et un certain nombre de démarches parce qu’on ne peut plus continuer comme ça. Il est vrai que cela nuit à la sérénité et à la recherche de la vérité et on a bien compris, depuis longtemps, que certains voulaient absolument que cette vérité ne rejaillisse pas », a jouté Maître Philippe Meilhac.

Une campagne de l’opposition ?

Selon un officiel rwandais, le témoignage d’Emile Gafirita « est la suite de la campagne de désinformation du RNC », explique-t-il. Le RNC est un parti d'opposition fondé par d'anciens proches de l’actuel président rwandais, Paul Kagame, qui l'accusent d'être derrière cet attentat. Emile Gafirita est-il membre du RNC en mission commandée ? En tout cas, en 2009, il entre en dissidence et rejoint l'Ouganda.

Avant la disparition d’Emile Gafirita, son nom a été cité au cours du procès dit « de la terreur ». L'ancien sergent rwandais y était accusé d'attaques à la grenade, d'être le complice de l'ex-garde présidentiel, Joel Mutabazi, enlevé en Ouganda avant d'être traduit devant la justice militaire rwandaise.

« Emile Gafirita est accusé comme tous ceux qui pouvaient témoigner des crimes commis par le FPR », explique un opposant ajoutant préférer qu'il subisse le sort de Joël Mutabazi plutôt que celui de Patrick Karegeya, l'un des membres fondateurs du RNC retrouvé assassiné en Afrique du Sud.

De son côté, le gouvernement rwandais a toujours démenti être impliqué dans l'assassinat de l'ancien chef des renseignements extérieurs, Patrick Karegeya. Quant à Joel Mutabazi, il vient d'être condamné à la prison à vie pour terrorisme et complot contre le président. Cette condamnation a été dénoncée par le RNC comme un procès politique.


Rfi.fr

Mercredi 19 Novembre 2014 - 10:05




1.Posté par Bene le 19/11/2014 22:41
Il faut que vous sachiez une chose: C'est Pierre Péan lui-même qui, en premier, avait démarré tout ce tapage en déclarant qu'il avait déniché ce Gafirita comme un nouveau témoin qui allait soit disant "changer le cours du procès". Il savait que le tribunal français allait innocenter les accusés cad Pr Kagame et ses coaccusés par la prononciation d'un non-lieu. Faute de nouvelles preuves, il veut retarder indéfiniment la prononciation du jugement qui, comme on le savait, allait se prononcer en faveur de l'état rwandais. Tout le monde connaît ce Gafirita comme faisant partie de la bande de Mutabazi qui voulait faire un coup d'état sinon assassiner le Pr Kagame. Vingt après, ce nouveau transfuge, qu'apporterait-il de crédible si ce n'est pas une nouvelle tentative désespérée, une nouvelle manœuvre dilatoire pour noyer leur honte, noyer une victoire judiciaire éclatante et dévastatrice en faveur du Président rwandais ? Gafirita que les adversaires de Kagame dans ce procès savent pertinemment qu'il n'apportera rien de nouveau au niveau judiciaire, après lui avoir fait tant de publicités, l'ont-ils fait disparaître afin d’entacher l'issue du procès dont ils sont sûr qu'il leur sera défavorable ?

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