Affaire Karim: ME SIMON NDIAYE, AVOCAT DE L’ÉTAT « Le classement sans suite de la plainte en France ne veut pas dire que l’enquête n’a pas abouti à l’identification des biens »

Les avocats de Karim Wade ont annoncé ce mardi à Paris que la France a classé sans suite la plainte pour enrichissement illicite déposée par l’Etat du Sénégal contre Karim Wade, en novembre 2012. Mais pour Me Simon Ndiaye, ce nouvel élément ne change rien dans la procédure en cours au Sénégal. D’après lui, les enquêtes ont permis d’identifier des montants supérieurs à 100 milliards Fracs CFA.



Affaire Karim: ME SIMON NDIAYE, AVOCAT DE L’ÉTAT « Le classement sans suite de la plainte en France ne veut pas dire que l’enquête n’a pas abouti à l’identification des biens »
La France a classé sans suite la plainte de l'État du Sénégal contre Kaim Wade à Paris dans le cadre des biens mal acquis. Comment appréciez-vous cette décision en tant qu'avocat du Sénégal ?

Nous disposions déjà de cette information depuis plusieurs semaines. Mais le classement sans suite ne veut pas dire que le dossier est vide, et ne veut pas dire que l'enquête n'a pas abouti à l'identification des biens. Ce qu'il faut retenir donc c'est que cette enquête a abouti à l'identification des biens appartenant aux personnes que nous avions visées. En revanche, à ce stade de l'enquête, la police judiciaire n'a pas pu établir l'origine illicite de ces biens-là. Et ça, dans le cadre d'une plainte simple, c'est quelque chose de compréhensible. Ensuite, il appartient à celui qui a porté plainte, en l'occurrence l'Etat du Sénégal, de voir si, compte tenu de tous les éléments dont dispose le Sénégal, ça ne vaut plus la peine d'aller au-delà de ce qui avait été fait en France, ou alors si au contraire l'Etat veut persister à poursuivre l'enquête en France, et dans ce cas là l'Etat pourrait faire une plainte avec constitution de partie civile. L'avantage de la plainte avec constitution de partie civile, c'est qu'elle permet à l'Etat du Sénégal qui deviendrait partie civile, d'avoir accès au dossier pénal, de pouvoir faire des demandes d'acte, donc demander au juge d'instruction d'aller faire des perquisitions, des saisies de comptes, ou d'examiner les bénéficiaires des actionnaires d'une entreprise, etc.
Qu'est ce que les enquêtes ont-elles révélé?
Le travail qui avait été fait par les autorités sénégalaises à partir du Sénégal, grâce aux commissions rogatoires, a permis quand même d'identifier et de bloquer en partie des montants très importants sur le plan financier. Donc, aujourd'hui, en tant que défenseur de l'Etat du Sénégal et du peuple sénégalais, je ne peux que me réjouir que cette enquête qui a été dénoncé depuis plus de deux ans ait abouti à ce qu'on puisse identifier des montants supérieurs à 100 milliards. Ce n'est pas rien dans le contexte du Sénégal.

Existe-t-il des preuves concrètes qui attestent l'existence de ces montants ?
Au niveau de la France, oui. Je pense d'ailleurs que les avocats des personnes mises en cause, notamment Karim Wade, ne vont pas le remettre en cause, d'autant qu'ils disent que la justice française est indépendante et c'est pour ça qu'elle a classé sans suite. J'espère qu'ils ne viednront pas demain remettre en cause les éléments qui sont dans ce procès verbal d'enquête.

Que dit exactement ce prcès verbal d'enquête ?
Le procès verbal d'enquête annonce effectivement que, suite à la plainte, les investigations qui ont été faites permettent d'identifier des biens dont la valeur est de plusieurs millions d'euros.
Mais le fait que la justice française ait classé sans suite la plainte sénégalaise ne décrédibilise t-il pas la procédure en cours contre Karim Wade ; et par ricochet, ne donne-t-il quelque part pas raison à ses avocats qui parlent de dossier politique ?

Non, je ne crois pas, parce que la justice française n'a enquêté que par rapport à des biens qui sont en France. Moi, en ce qui me concerne, je savais depuis très longtemps que les personnes visées étaient conseillées et n'allaient pas planquer leur argent ou leurs biens en France. Ces gens-là se trouvent surtout dans des paradis fiscaux, ou à des endroits où ils se croient intouchables. Donc, on ne s'attendait pas à ce qu'à Paris, qu'on nous dise que Monsieur untel est propriétaire d'un hôtel privé ou d'un compte bancaire. Ces gens-là ont et l'occasion de s'organiser depuis très longtemps pour organiser leur forfait. Ce que nous attendions de la justice française, c'est qu'elle aide dans le cadre des investigations sur le plan international.

Ce classement sans suite peut-il aujourd'hui avoir une incidence sur la procédure en cours ?

À mon avis, cela ne peut avoir aucune incidence puisque les deux dossiers sont autonomes. Vous aurez remarqué d'ailleurs que la Crei (Cours de n'avait pas été du tout impliquée dans le cadre de la plainte. Celle-ci avait été diligente en France pat l'agent judiciaire de l'État du Sénégal. Aujourd'hui, au Sénégal, on est arrivé à la fin de l'instruction. La commission de l'instruction a rendu la décision : le procès est prévu pour le 31 juillet 2014. Donc, la diffusion du classement sans suite n'a aucune incidence sur le calendrier procédural sénégalais.

Que répondez-vous aux avocats de Karim Wade qui soutiennent que cette affaire est politique ?
Quand ils disent que ce n'est que politique, que c'est inéquitable, et que les avocats de l'État ne peuvent pas défendre leur client, c'est de l'enfumage. Voilà des gens qui, depuis le début, ont eu accès au dossier, ont pu aller plaider devant la CEDEA, déposé le maximum de recours devant des juridictions sénégalaises de manière dilatoire et dans un but médiatico- politique. S'ils pensent que le dossier est vide, à partir du 31 juillet, ils pourront en apporter la preuve et montrer que toutes les accusations portées à l'encontre de leur client sont infondées et que le dossier est vide. Sans entrer dans le détail du dossier, je puis vous dire qu'on voit des contradictions énormes entre les déclarations initiales de leur client et les éléments que nous avons vus aujourd'hui et qui l'ont conduit à admettre à demi-mots certaines choses ou à changer de version, ou. La vérité va éclater à partir du 31 juillet de l'espère.

Les avocats de Karim Wade ont jubilé en annonçant la décision de classement sans suite par la justice française. En tant qu'avocat de l'État du Sénégal, considérez-vous cela comme une manipulation de l'opinion ?

Ça revient à ce que je disais tout à l'heure en parlant d'enfumage. Ils s'attendent à ce que les choses soient extrêmement difficiles pour eux et pour leur client. Donc, chaque fois qu'une étape qui peut ne pas être bien comprise par l'opinion publique, ils la transforment en victoire. Mais bon, rit bien qui rira le dernier.

afriqueconnection

Mercredi 18 Juin 2014 - 14:47



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