Affaire feu Ndiaga Diouf - Procès de Barthélémy Dias et Cie : panne de sérénité – beaucoup de cris

La salle 4 doit encore résonner des éclats des incidents à l’audience du Procès de Barthélémy Dias à la barre ce mercredi dans le cadre de l’affaire feu Ndiaga Diouf du nom du lutteur tué le 22 décembre dernier lors de la fusillade survenue à la mairie de Mermoz – Sacré Cœur. Les cris associés aux interférences émanant des micros, l’ambiance était tout simplement électrique.



Tout est parti de cette question du Procureur à Barthélémy Dias : «A quel moment avez-vous eu l’information qu’il y avait des visiteurs indésirables à la mairie de Mermoz - Sacré Cœur ?», pose le Procureur.

«Comme je l’ai indiqué, j’ai dit que j’avais déjà quitté mon domicile. J’étais dans mon véhicule et mon chauffeur m’a indiqué que le coup de fil qu’il vient de recevoir lui fait part de nervis qui sont venus encercler la mairie».

Le prévenu de poursuivre: «Je souhaiterais rappeler que… ». Barthélémy Dias ne termine pas. «Non, non, c’est bon. Maintenant, vous venez de quitter votre domicile, on vous informe qu’il y a des personnes à la limite suspectes qui sont venues aux abords aux alentours de votre mairie, quelle a été votre attitude surtout que vous étiez déjà informé que ces personnes appartenaient au camp adverse en particulier le PDS», insiste le Procureur.

«Ce que je peux vous dire, c’est que je savais qu’on cherchait à attenter à ma vie», répond Barthélémy Dias.

«Non, vous ne répondez pas à ma question. Répondez de manière précise à ma question», indique le Procureur. Le maire de Mermoz – Sacré Cœur lui demande alors de reposer sa question en y mettant.

Ce que le Procureur fait sans tarder. «Est-ce qu’en ce moment avant même votre arrivée à la mairie, vous étiez informés non seulement de la présence de ces visiteurs mais vous étiez aussi informés que c’étaient des personnes issues des rangs du PDS» interroge-t-il.

«Je confirme ce que je viens de dire. J’ai été informé qu’il y avait des gens qui cherchaient à attenter à ma vie, monsieur le Procureur», maintient Barthélémy Dias.

«Vous ne répondez pas à ma question, je vous demande de répondre à ma question», se fâche le Procureur. Barthélémy hausse le ton, à son tour. «Je crois comprendre français, avec votre permission Monsieur le Procureur», sert-il.

«Je vous parle français, je ne veux pas savoir autre chose…», insiste le Procureur.

«Le Procureur n’a qu’à se contenter de la réponse de mon client. Vous en tirerez toutes les conséquences», intervient Me El Hadji Diouf.

«Laissez-moi poser mes questions. Ce n’est pas à vous de faire la police de l’audience», rétorque le Procureur. Et d’embrayer: «Laissez-moi poser mes questions et contentez-vous d’assister votre client ».
«Contentez-vous de sa réponse», assène le conseil de Barthélémy Dias.

«Monsieur le président, je vous interpelle sur ça. Il n’a pas à faire une quelconque observation par rapport à cela», fulmine le Procureur. «J’assiste mon client», persiste Me El Hadji Diouf.

«Me El Hadji Diouf, vous ne pouvez pas prendre la parole comme ça», tranche le juge.

Revenant à la charge, Me El Hadji Diouf précise qu’il ne va pas «laisser le Procureur massacrer (son) client».

«On ne massacre personne ici, ceux qui massacrent, on les connait. Laissez-moi poser mes questions de manière tranquille et sereine», tonne le Procureur. «Monsieur le président, il cherche un incident, il ne l’aura pas. Nous avons un bon dossier. Nous sommes très calmes», répond Me El Hadji Diouf.
Une déclaration qui reçoit des applaudissements nourris du public.

«Laissez-le (Procureur) poser ses questions, s’il n’est satisfait, il a le droit de le dire», tempère le juge.
«Il ne faut qu’il torture mon client, il (le Procureur) revient mille fois sur la même question», défend Me El Hadji Diouf.

«Ton client, on ne peut pas le torturer parce qu’il est passé partout. Il a fait la police, l’Assemblée nationale, il est là devant le Tribunal. Il n’a qu’à répondre. Laissez monsieur le Procureur poser ses questions», intervient le juge.

«Je voulais dire au nom de la défense que nous voulons, nous cherchons et nous nous devons que cette audience se passe dans la sérénité. C’est vrai que Monsieur El Hadji Diouf a vivement réagi, nous-mêmes nous étions sur le point de réagir vu la façon à laquelle le Parquet a insisté. Il est dans son droit mais il est aussi dans le devoir du tribunal de rappeler à notre client à la barre qu’il peut même refuser de répondre à des questions à ses risques et périls … », sert Me Aïssata Tall Sall. Le public manifeste son approbation et applaudit.

«Encore une fois, je vous rappelle que nous ne sommes pas à l’Assemblée nationale ni au marché. Si vous continuez comme ça, on va faire évacuer tout le monde … Il n’y a plus de signes d’approbations ou de désapprobations. Vous écoutez religieusement les débats. Calmez-vous pour qu’on puisse travailler dans la sérénité», tranche le juge.

L’incident clos, le Procureur poursuit son interrogatoire. «Une dernière fois, je vais réitérer la question. Avant d’arriver à votre mairie, est-ce que vous étiez informé de la présence de visiteurs aux alentours de la municipalité et de manière sous-jacente, est-ce que vous saviez que ces personnes étaient du PDS, oui ou non».

«Monsieur le Procureur je ne suis pas un écolier, je suis un prévenu, vous me permettrez que je réponde à cette question. Je suis accusé et je vous rappelle que c’est moi qui étais attaqué. J’ai répondu et je parle français», répète Barthélémy Dias.

«Une question à laquelle le demandeur souhaite être répondu par oui ou non mais c’est possible en droit, que personne ne le dénigre. Donc, si on ne veut pas répondre, on le dit », se fait entendre le Procureur.  

«Je ne réponds pas par oui ou non. C’est un procès», insiste Barthélémy Dias qui souligne que «oui et non ne sont pas des réponses explicites». Et de marteler: «J’ai été informé encore une fois de plus d’une tentative d’atteinte à mon intégrité physique. C’est ça ma réponse».

«Donc, étant informé bien avant votre arrivée à la mairie, … alors pourquoi n’avez-vous pas cherché à contacter la police pour l’informer de cette présence suspecte ?», poursuit le Procureur.

«C’est moi qui ai appelé la police», répond le prévenu. «La police dit que c’est Monsieur Alioune Tall», dit le Procureur. «Sur mes instructions», soutient Barthélémy Dias.

«Je ne sais pas en tout cas, cela ne ressort pas du dossier que la police a été contactée par Barthélémy Dias», clôt le Procureur. 


Mercredi 25 Janvier 2017 - 17:01



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