Afrique du Sud : le long chemin vers la maturité

Confident de Nelson Mandela, porte-parole de Jacob Zuma jusqu'à sa retraite, en avril, Mac Maharaj, pilier de l'ANC, jette un regard sans concession sur le mouvement, ses illusions et ses dirigeants.



La scène se passe à Robben Island, au début de 1976. Alors que la plupart des prisonniers partent à la carrière casser leur lot de pierres quotidien sous un ciel de plomb, un grand Africain aux cheveux gris, la cinquantaine, et l’un de ses compagnons de lutte, un peu plus jeune, restent au cantonnement. Ces deux-là sont dispensés de travaux pénibles pour cause de maladie. Mais c’est une ruse. En fait, Nelson Mandela travaillait clandestinement avec « Mac » Maharaj sur ce qui allait devenir son autobiographie, Un long chemin vers la liberté. À la fin de cette année 1976, lors de sa libération, Mac allait faire sortir ce brouillon (qui sera publié en 1995) en le dissimulant dans ses affaires.

Pendant plus d’un demi-siècle, ce fils d’une famille hindoue originaire de la petite ville industrielle de Newcastle (dans le Kwazulu-Natal) a été plongé dans le chaudron de la politique sud-africaine. Encore récemment, il conseillait le président Jacob Zuma sur sa communication. Mais, au moment où je lui rends visite chez lui, à Durban, l’éternel bouillonnement semble s’être calmé. C’est sa première matinée à la maison, après une hospitalisation d’urgence pour un cancer du poumon. L’opération est une réussite, mais sa santé reste fragile.

L’un des derniers survivants de la génération de Robben Island

À 80 ans, Mac est l’un des derniers survivants de la légendaire génération de Robben Island. Dans les années 1960, il a organisé des voyages clandestins, fabriqué des faux papiers, des explosifs, et a été torturé par la police (comme ce jour où on l’a suspendu par la cheville depuis le septième étage d’un immeuble) avant de passer douze ans sur l’île-pénitencier. Il a ensuite été le confident de trois des quatre derniers chefs du Congrès national africain (ANC) : Oliver Tambo (qui dirigeait le mouvement en exil), Nelson Mandela et, jusqu’en avril, Jacob Zuma.


Jeune Afrique

Vendredi 14 Août 2015 - 10:26



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