Afrique du Sud: les réactions se multiplient après la libération de Janusz Walus

La libération du meurtrier de Chris Hani, héros de la lutte anti-apartheid, suscite la colère. Jeudi, la Haute Cour de Pretoria a ordonné la libération, sous quinze jours, de Janusz Walus après qu’il ait purgé 23 ans de prison pour ce meurtre commis en 1993. Ses avocats avaient fait plusieurs demandes de libération sous caution.



 

 Colère, indignation. Les réactions se multiplient après la décision de libérer Janusz Walus, condamné, il y a 23 ans, à la prison à vie pour le meurtre de Chris Hani. A l’époque, ce dernier était secrétaire général du Parti communiste, pressenti pour devenir vice-président au côté de Nelson Mandela.

Son assassinat, un an avant la fin de l’apartheid, avait failli plonger le pays dans la guerre civile. Pour Julian Knight, l’avocat de Walus, celui-ci aurait du être libéré plus tôt, mais ne l’a pas été pour des raisons politiques. « Je pense que c’était la seule raison de ne pas le libérer : qui il était, ce qu’il a fait et qui il a tué. Et je pense qu’il est temps que Walus soit réintégré dans la société dans un esprit de réconciliation. »

« Elle n'a pas sa place dans ce gouvernement démocratique »

L’ANC, parti au pouvoir, a estimé que cette libération était une parodie de justice et a demandé l'expulsion immédiate de Walus, vers la Pologne, son pays d'origine. Déception également du côté du Parti communiste, qui étudie la possibilité d’un appel.
« La juge a donné l’impression que la libération conditionnelle est un droit alors que c’est un privilège qui devrait être réservé aux détenus qui ont montré du remords. Et dans ce cas, ce meurtrier n’a montré aucun remords et c’est pour cela qu’il n’a jamais été amnistié par la Commission Vérité et Réconciliation », argue le porte-parole du parti Solly Mapaila.

Quant à la famille de Chris Hani qui s’est toujours opposé à cette libération, elle s’est dit profondément choquée, accusant la juge responsable de cette décision de racisme. « Pour elle, la vie des Noirs n'a aucune importance, estime Limpho Hani, la veuve de Chris. Dans son jugement, elle n'a quasiment pas parlé de mon mari. Il a été abattu de sang-froid, chez lui, dans sa maison, et cette femme aujourd'hui, me dit de passer à autre chose. Elle est raciste. Elle n'a pas sa place dans ce gouvernement démocratique. Et la justice essaie de faire passer des jugements par derrière. Comment cette juge peut saper l'autorité du gouvernement et dire au ministre de la Justice qu'il a quinze jours pour libérer ce meurtrier ? C'est un triste jour pour l'Afrique du Sud. Je ne suis pas en colère mais irritée que cette femme blanche ait l'affront de me dire comment je dois réagir. Elle vient avec son attitude de supériorité me dire que je devrais pardonner et passer à autre chose. Ce n'est pas son mari qui a été assassiné ! »

L'Etat se réserve aussi le droit de faire appel

Ce vendredi matin, le ministre de la Justice a indiqué que l’Etat pourrait faire appel. Selon Michael Masutha, Janusz Walrus, comme d’autres assassins de ce régime de ségrégation, n’ont jamais fait preuve de remord : « Depuis notre premier cas, l’affaire Eugène de Koch, en 2014, nous avons désormais une politique qui est de dire qu’il faut prendre en considération l’opinion des familles des victimes. D’ailleurs, depuis, nous n’avons accepté aucune demande de libération conditionnelle, venant de détenus qui n’ont pas fait un effort pour demander pardon à leurs victimes. Une partie de la peine sert aux condamnés à admettre qu’ils ont eu tort, à faire des efforts pour aller vers les victimes, afin que celles-ci puissent guérir leurs blessures. Donc nous voulons étudier ce qui a motivé cette décision de la cour, car nous estimons que l’accusé n’en est pas à ce stade. Et c’est pour cela que nous n’avions pas pris en compte sa demande de libération. Une libération conditionnelle n’est pas un droit automatique. Si vous êtes condamné à la prison à vie, vous êtes condamné à vie ».
Avec rfi



Vendredi 11 Mars 2016 - 10:04



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter