Afrique du Sud: vers la fin de la grève dans l’industrie du platine?

En Afrique du Sud, il y a peut-être un espoir dans l’industrie du platine, en grève depuis quatre mois. Producteurs et syndicats ont accepté de reprendre les négociations sous la médiation d’un juge.



Aujourd’hui, la plupart des mineurs (ici à Marikana) ont beaucoup de mal à subvenir aux besoins de leurs familles.
Aujourd’hui, la plupart des mineurs (ici à Marikana) ont beaucoup de mal à subvenir aux besoins de leurs familles.

70 000 mineurs sont en grève depuis janvier, ils demandent des hausses de salaires. L’activité des trois premiers producteurs mondiaux de platine est presque totalement à l’arrêt. Et les compagnies minières disent avoir perdu plus d’un milliard d’euros de chiffres d’affaires. C’est la plus longue grève du secteur minier et les conséquences économiques pour le pays, mais aussi pour les travailleurs, sont énormes.

Aujourd’hui, la situation est totalement bloquée. D’un côté le petit syndicat Amcu, qui a appelé à la grève et qui est majoritaire dans les mines de platine, réclame que le salaire de base soit multiplié par deux. De l’autre, les trois grands producteurs de platine, Lonmin, Amplats et Implats, qui disent que de tels salaires ne sont pas réalistes et pas rentables pour l’industrie. Le salaire de base d’un mineur est d’environ 400 euros par mois. La presse a révélé dernièrement que le salaire du PDG d’Amplats est 209 fois plus élevé, sans les primes et les bonus. Il y a trois semaines, la dernière offre a été rejetée par le syndicat des mineurs et, depuis, les négociations sont rompues. Les groupes miniers ont même essayé d’approcher directement les mineurs pour les convaincre individuellement.

La reprise espérée n’a pas eu lieu…

Pour Ben Magara, directeur général de Lonmin, l’un des trois groupes miniers, il faut reprendre les négociations et arrêter l’hémorragie : « Ceci est une tragédie socio-économique qui n’a jamais atteint de telles proportions. La grève est dans sa 17e semaine et nous avons perdu un tiers de notre production annuelle. A terme nous pourrons reprendre l’exploitation de ce minerai et rattraper le retard. Mais pour nos employés, les pertes ne pourront jamais être rattrapées ».

Pour le syndicat Amcu, l’enjeu va au-delà des revendications salariales. Il en va de sa crédibilité. Depuis le début, ce syndicat promet à ses membres de lutter pour que les salaires soient doublés. S’il acceptait moins, il risquerait de perdre une partie de ses membres. Et puis Amcu a une revanche a prendre après le massacre de 34 mineurs par la police à Marikana, en août 2012. Les responsables n’ont toujours pas été désignés. Et il n’y a pas eu d’excuse. A Marikana, les mineurs en veulent à la compagnie minière Lonmin mais aussi à l’Etat.

Plus de 1,5 milliard d’euros de perte…

Les trois compagnies minières, Amplats, Implats et Lonmin, parlent de plus de 1,5 milliard d’euros de perte directe depuis le début de la grève. Mais pour Andrew Levy, un économiste, le coût de cette grève est beaucoup plus important. « Les investisseurs étrangers, notamment dans le secteur des mines, sont très satisfaits de leurs investissements. Ils estiment que l’Afrique du Sud a une bonne infrastructure, le management y est bon, l’environnement juridique pour faire des affaires est bon, ainsi que l’environnement bancaire. Mais ils ne comprennent pas pourquoi le gouvernement semble incapable ou ne veut pas intervenir », analyse-t-il. Pour lui, l’Afrique du Sud est de moins en moins attirante pour les investisseurs. Et ces grèves dans le platine, et la publicité autour du massacre de Marikana font que les investisseurs cherchent des pays plus sûrs.

→ A (re)lire : Afrique du Sud: la tension se renforce aux mines de Marikana

La crainte des économistes est que les acheteurs se tournent vers d’autres pays producteurs comme la Russie, que les compagnies minières ferment certaines mines considérées comme non rentables, et se tournent de plus en plus vers la mécanisation. Ce qui va peser sur le chômage, qui est déjà a plus de 25% en Afrique du Sud.

Les mineurs payent un prix énorme

Pour les mineurs qui n’ont pas été payés depuis quatre mois, la situation est dramatique. La plupart des mineurs vivaient déjà dans de mauvaises conditions, dans des cabanes en tôle, sans eau courante, ni sanitaire. Aujourd’hui, il n’y a plus d’argent et ils se sont endettés. Ils ont beaucoup de mal à subvenir aux besoins de leurs familles. A cela s’ajoute une tension très vive entre grévistes et non grévistes ces dernières semaines, car ils sont de plus en plus nombreux à penser qu’il faut reprendre le travail. Que cette grève leur a suffisamment coûté.

Source : Rfi.fr
 



Jeudi 22 Mai 2014 - 09:28



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