Air France: cinq salariés déférés pour «violences aggravées»

Les cinq salariés interpellés chez eux lundi vont être jugés le 2 décembre pour des faits de «violences aggravées». Outre les sanctions pénales, les employés risquent le licenciement. La CGT et l'extrême gauche dénoncent ces arrestations.



Air France: cinq salariés déférés pour «violences aggravées»
L'arrestation des manifestants soupçonnés d'être impliqués dans les violences au siège d'Air France lundi dernier n'aura pas traîné. Six salariés de la compagnie ont été interpellés chez eux lundi au petit matin et placés en garde à vue, l'un étant remis en liberté dès lundi. Les cinq salariés, qui travailleraient dans la branche Cargo ou chez Air France Industries, l'activité de maintenance, ont été déférés mardi devant un magistrat du parquet et seront jugés le 2 décembre en correctionnelle, a annoncé le parquet de Bobigny. «Ils sont actuellement présentés à un magistrat du parquet, qui va leur notifier leur convocation pour être jugés», a déclaré cette source à l'AFP, précisant que la qualification de «violences aggravées» -les faits ayant été commis en réunion - avait été retenue. Le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, a jugé ces arrestations et la prolongation des gardes à vue «proprement scandaleuses. Des salariés sont en prison, en garde à vue. On a été les chercher chez eux à 6 heures du matin, devant leurs familles, devant leurs enfants et on a fouillé leurs maisons», s'est insurgé le secrétaire général de la CGT, lors d'une conférence de presse.
 
 
«En terme de dialogue social, le gouvernement a son mot à dire», a ajouté Philippe Martinez qui a fait part de sa «colère». «Il y a des personnalités qui ont fait des choses plus graves, qui ont détourné des millions et qui arrivent avec leur chauffeur» à leur convocation, a-t-il commenté, ajoutant: «il y a deux poids, deux mesures quand il s'agit de salariés, c'est profondément choquant». Sur le fond, la CGT «ne cautionne pas» l'attitude des salariés qui s'en sont pris à deux dirigeants de la compagnie aérienne la semaine dernière lors du CCE, mais «ne condamne pas non plus». Leur geste, selon lui, «est à la hauteur de la violence sociale» du plan de suppression d'emplois.

 
De leur côté, trois salariés d'Air France ont confié à l'Assemblée nationale s'être sentis «humiliés» après «4 ans d'efforts», alors qu'ils étaient reçus par le député PS Daniel Goldberg, qui a appelé à «un dialogue social exemplaire». François Hollande a également déclaré: «S'il n'y a pas de dialogue social, il n'y a pas de progrès», lors d'un discours devant les ouvriers construisant le plus grand paquebot de croisière du monde.


Lundi dernier, le comité d'entreprise d'Air France - où des dirigeants de la compagnie présentaient un plan de réduction d'activité et la suppression de 2900 postes - avait été envahi par des manifestants massés devant le siège de la compagnie à Roissy. Face à l'escalade de violence, plusieurs cadres s'étaient alors enfuis sous la protection de vigiles. Vestes et chemises arrachées, jetées au sol, ils avaient échappé à leurs assaillants en escaladant une barrière métallique. Un vigile était même tombé dans le coma. D'autres arrestations pourraient suivre ces prochains jours puisqu'une vingtaine d'employés seraient mis en cause.

 
Une «volonté de faire peur»
Tous sont poursuivis pour violences volontaires en réunion et entrave au déroulement d'un comité d'entreprise, des faits passibles en théorie d'une peine pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison. Selon nos informations, la direction de la compagnie a également adressé des lettres de convocation à une vingtaine de salariés pour un entretien préalable à une sanction. Parmi eux, les «casseurs» mais aussi les pilotes qui ont fait entrer les manifestants en utilisant leur badge ou encore l'hôtesse camouflant la caméra de surveillance. Les sanctions sont de deux natures: soit un blâme, soit une mesure disciplinaire qui peut aller jusqu'à un licenciement. Par ailleurs, certains salariés pourraient se voir confisquer leur badge aéroportuaire, qui leur permet de travailler en «zone réservée». Une décision qui revient au préfet de Roissy mais qui, de fait, conduit à une rupture de contrat entre le salarié et son employeur.

 
L'opération de police qui a conduit à ces arrestations a enflammé les ténors du Parti de gauche et d'Europe Écologie-Les Verts lundi matin. Sur Twitter, Jean-Luc Mélenchon a déclaré: «Jour de deuil. 4 salariés arrêtés pour fait de lutte. Que la résistance et la colère soient plus contagieuses que la peur! #AirFrance»… Éric Coquerel, un proche de Mélenchon, s'est voulu plus explicite: «Voilà qu'on arrête des salariés chez eux et que l'on communique sur cette arrestation comme s'il s'agissait de terroristes ou de dangereux criminels!» Dans la même veine, Cécile Duflot a également réagi sur Twitter: «Arrêtés chez eux à 6 h du matin? Pourquoi ? Pour les humilier devant leurs familles ou parce qu'ils préparaient une fuite à Saint Martin?» François Fillon, au contraire, a justifié le coup de filet: «Je ne vais pas pleurer. La police fonctionne comme ça avec tout le monde, y compris avec les responsables politiques ».

 
Lundi soir, France Info a affirmé que sur les six salariés arrêtés, cinq étaient membres de la CGT dont un délégué. Une information que ni la direction ni le syndicat n'ont confirmée. Un peu plus tôt, la CGT d'Air France, qui avait apporté lundi son soutien aux dirigeants agressés, a cette fois jugé que les interpellations participaient d'une «tentative d'intimidation» et d'une «volonté de faire peur pour museler un peu tout le monde». Un rassemblement organisé par le PCF et la CGT «en solidarité avec les six salariés» devant le siège d'Air France Cargo n'a réuni que 150 personnes lundi après-midi. «On tente de criminaliser l'action syndicale et les salariés», a estimé Miguel Fortea, le secrétaire général de la CGT Air France, pour défendre ses camarades. 

lefigaro.fr

Mercredi 14 Octobre 2015 - 15:25



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