Algérie: dénoncé par son employeur, un caricaturiste relaxé

Le tribunal correctionnel d'Oran a relaxé ce mardi 11 mars le caricaturiste algérien Djamel Ghanem. Dénoncé par son employeur de l’époque, il risquait 18 mois de prison pour un dessin brocardant Abdelaziz Bouteflika qui n’avait même pas été publié. Obligé désormais de vivre caché par crainte de représailles, il affirme vouloir « continuer le combat ».



Abdelaziz Bouteflika, en juin 2012, lors d'une cérémonie dans une école militaire.
Abdelaziz Bouteflika, en juin 2012, lors d'une cérémonie dans une école militaire.

L’affaire a suscité l’émoi de la presse algérienne. Avec son dessin, Djamel Ghanem voulait railler la candidature du président Bouteflika, qui aspire à un quatrième mandat malgré son âge et sa santé fragile. Mais son employeur de l’époque, le quotidien la Voix de l’Oranie, a visiblement peu apprécié. Le journal a porté plainte contre son propre dessinateur pour outrage au président.

Une décision qui a scandalisé la profession, comme l’explique Karim Amrani, du syndicat national des journalistes algériens : « Plus que choquant, c’est révoltant. Qu’un directeur de journal dépose plainte contre un journaliste à lui… C’est une affaire qui n’avait pas lieu d’être. Pour un dessin, en plus, non publié, c’est du jamais vu. C’est une première mondiale, si je ne m’abuse, et qui ne fait honneur ni à l’auteur, ni à la presse nationale. » La relaxe du caricaturiste a été accueillie avec beaucoup de soulagement par ses proches. En revanche, du côté du journal plaignant, aucune réaction.

« Djamel est grillé en Algérie »

Djamel Ghanem encourait 18 mois de prison et 30 000 dinars d’amende (un peu moins de 300 euros). Mais s’il est soulagé par cette relaxe, il est épuisé moralement, et est obligé de vivre caché, car il craint des représailles. Néanmoins, il lance un appel aux journalistes et aux caricaturistes algériens pour défendre la liberté d'expression. « Bien sûr, je continuerai,martèle-t-il. C’est ma quête, je dois le faire, pour la justice, pour tout le monde, pour tout le peuple, pour mes sœurs, pour mes frères. Il s’agit de mon pays. Je dis aussi aux journalistes de ne pas baisser les bras, de continuer le combat. »

Pour les avocats de Djamel Ghanem, cette décision de justice est d'ailleurs politique. Me Mahloub estime que la relaxe permet d'étouffer l'affaire : « Djamel est grillé en Algérie. C’est fini. (…) Il n’y a aucun journal qui veut l’accepter », affirme l’avocat. Pour lui, la relaxe est « un choix politique. C’est pour ne pas faire de vague, pour ne pas donner plus d’intérêt sur l’affaire ». Djamel Ghanem et ses avocats estiment que le dossier judiciaire n'est pas clos. Le procureur de la République a en effet jusqu'au 24 mars pour faire appel de la relaxe.

Source : Rfi.fr
 



Mercredi 12 Mars 2014 - 02:16



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