Ali Bongo Ondimba: la victoire ternie d’un héritier

La proclamation de la réélection du chef de l’Etat gabonais Ali Bongo Ondimba a plongé le pays dans une spirale de violences. La victoire du président sortant est contestée par l’opposition gabonaise, dont Jean Ping, qui est le principal challenger du vainqueur. Celui-ci s’est auto-proclamé président et a saisi le Conseil constitutionnel, accusant le pouvoir de fraude. En attendant le verdict, retour sur la personnalité d’Ali Bongo et sa victoire controversée.



Ali Bongo Ondimba: la victoire ternie d’un héritier
Tout a commencé le mercredi 31 août en fin d’après-midi, après la proclamation par la commission électorale – avec vingt-quatre heures de retard et d’atermoiements – de la réélection du président sortant Ali Bongo Ondimba. 57 ans. Ce dernier a remporté le scrutin avec 49,80 % des voix, devant son rival de l’opposition Jean Ping, 73 ans, crédité lui de 48,23% des voix, selon les résultats proclamés par la commission électorale. Soit un écart de 5 594 voix. Ce résultat très étriqué a du mal à passer, avec l’opposition qui accuse le camp présidentiel d’avoir traficoté les suffrages et estime que le pouvoir lui a volé sa victoire.
 
Dès l’annonce des résultats, des troubles ont éclaté dans la capitale gabonaise, culminant avec l’incendie de l’Assemblée nationale. Depuis, Libreville est bouclée par les forces de l’ordre. Dans la nuit qui a suivi, celles-ci ont chargé le bâtiment abritant le quartier général du candidat de l’opposition. Des troubles ont également éclaté à Port-Gentil, la capitale économique où des violences avaient déjà marqué la première élection d’Ali Bongo en 2009.
 
Le scrutin présidentiel du 27 août s’était pourtant déroulé dans le calme. Pour faire baisser la tension, l’opposition appuyée par la communauté internationale réclame le recomptage des suffrages. Comme il y a peu de chances que le pouvoir donne une suite favorable à cette demande, il est difficile d’imaginer comment la situation pourrait évoluer. L’ombre du Burkina et de Côte d’Ivoire plane sur la Palais du bord de mer de Libreville. Pour le politologue africaniste Antoine Glaser, interrogé par RFI, en choisissant la voie de l’affrontement, le président Bongo court le risque de « se bunkériser ».
 
 Le clan Bongo
 
C’est aux cris de « Ali doit partir » et « La dynastie, c’est fini » que les manifestants pro-Jean Ping sont descendus sur les grandes artères de Libreville et de Port-Gentil et se sont affrontés aux forces de l’ordre. Au pouvoir depuis quarante-huit ans, les Bongo règnent  sans partage sur ce petit Etat pétrolier avec un revenu national brut par habitant élevé de 9 210 dollars (Banque mondiale), mais où encore un tiers de la population vit sous le seuil de la pauvreté.
 
Le père d’Ali Bongo, Omar, fondateur de la dynastie Bongo, a été l’un des piliers du système de la Françafrique dont le Gabon, avec la Côte d’Ivoire, ont constitué l’une des composantes incontournables. Le père Bongo a gouverné le Gabon pendant 41 ans et a préparé son fils aîné pour lui succéder le temps venu.
 
Officiellement né en 1959, à Brazzaville, Ali Bongo, qui s’appelait Alain à sa naissance, a grandi au sein de la jeunesse dorée de la nomenklatura gabonaise, partageant sa vie entre Libreville et Paris. Il fait ses études secondaires dans la capitale française, dans les années 1960-70, et se passionne pour la musique, sans doute sous l’influence de sa mère Patience Dabany, qui était chanteuse. A l’époque, il s’intéressait davantage à la soul et au disco qu’à la chose politique. Il produira même un album au titre très tendance, « A Brand New Man », avant de rentrer dans les rangs en s’inscrivant dans une fac de droit parisienne.
 
C’est en 1981 qu’Ali Bongo regagne le Gabon, se fait élire au comité central du Parti démocratique gabonais (PDG), formation au pouvoir et au sein de laquelle il anime l’aile réformatrice. Puis, il sera successivement ministre des Affaires étrangères, député de la province du Haut-Ogooué, qui est le fief des Bongo, avant de réintégrer le gouvernement en 1999, cette fois, en tant que chargé du portefeuille de la Défense. Ce ministère stratégique, il ne le lâchera qu’en 2009, lorsqu’à la mort de son père, il obtient l’investiture de son parti pour briguer sa succession devant les électeurs.
 
Devenu à son tour maître du PDG, obtenir l’aval de ses dirigeants, était une formalité, même si l’intéressé aime rappeler à ses biographes qu’il lui avait fallu gagner sa place. « Elle ne m’est pas tombée comme ça. Au contraire, mon nom était un handicap. »
 
connaître du grand public gabonais, réussissant à donner une image plutôt moderne et décontractée de l’art de la gouvernance. Rien n’illustre mieux cet état d’esprit aue le nom de campagne « Ali 9 » qu’il adopte alors, en référence à la fois à 2009, l’année du scrutin, et au fantasme de l’homme « neuf » que Ali Bongo a toujours voulu incarner. Son élection n’ira pas toutefois de soi. Sa victoire avec 42% des suffrages sera contestée dans la rue, notamment à Port-Gentil où les violences feront plusieurs morts. L’opposition boycotte la cérémonie d’investiture, dénonçant une « dérive autoritaire » et une « personnalisation du pouvoir ».
 
Adoubé par Paris
 
C’est un homme pressé qui prend les rênes du pouvoir en 2009. Sans oublier de se faire adouber par la France où il passe par les réseaux de son père, pour se faire présenter à Claude Guéant, Secrétaire général de la présidence qui le présente à son tour à Nicolas Sarkozy. Sous la présidence Sarkozy, Ali Bongo figure parmi les visiteurs africains les plus souvent reçus à l’Elysée.
 
Chez lui au Gabon, pressé de s’imposer comme le maître incontesté de son pays – ce que sa victoire contestée ne lui permet guère de faire -, le nouveau président prend ses distances avec les barons septuagénaires de la cour de son père, pour s’entourer de quadras, parfois recrutés dans la faction réformatrice du PDG qu’il avait autrefois dirigée. Son plus proche collaborateur et directeur de cabinet est un Béninois, Maixent Accrombessi, dont il fait connaissance lors de son passage au ministère de la Défense. Le divorce est aussi consommé avec sa demi-sœur Pascaline Bongo, la redoutable argentière sous le régime du père, avec qui il entretenait des rapports difficiles et dont le mari est un certain … Jean Ping, son futur challenger.
 
Sur le terrain économique, l’effort de modernisation de l’économie d’Ali Bongo, qui passe par la diversification des secteurs de production, la mise en concurrence des acteurs économiques français avec des investisseurs asiatiques (Olam, Shanghai Construction General, etc.), porte ses fruits. Il a notamment réussi, tous les spécialistes le reconnaissent, à faire chuter la part du pétrole dans le PIB de plus de 40% à un peu plus de 20% et à fixer le cap pour faire du Gabon « un pays émergent » à l’horizon 2025. Mais malheureusement ces ambitions sont aujourd’hui compromises par la chute des cours du pétrole depuis deux ans. Les chantiers sont à l’arrêt, la casse sociale est violente. Des manifestations contre la vie chère et le chômage sont fréquents à Libreville comme à Port Gentil, la capitale économique.
 
Dans ce contexte d’asphyxie économique, des révélations récentes sur le train de vie somptueux du président Bongo, ses voyages qui coûtent des milliards de francs CFA pointés du doigt par les organisations de la société civile, son parc automobile qui regorge de voitures luxueuses, font très mauvais effet et contribue à l’impopularité grandissante du clan Bongo. L’alternance paraît aux yeux d’une partie importante des Gabonais le seul moyen de sortir le pays de l’impasse.
 
La campagne présidentielle
 
Or, Ali Bongo ne l’entend pas de cette oreille. Candidat à sa propre succession, il se lance dans la campagne pour l’élection présidentielle du 27 août 2016, brandissant le slogan « le changement c’est moi ». Il défend le bilan de son septennat, en mettant en avant les réalisations de ses gouvernements en matière de construction de routes, d’hôpitaux et, selon lui, la rupture avec la corruption et les prébendes si courantes sous l’ancien régime dont sont issus, il n’omet pas de le rappeler, ses principaux challengers.
 
Or, malgré la position dominante du pouvoir dans les médias officiels, c’est l’opposition qui impose les thèmes de campagne dont certains ont fait polémique comme le certificat de naissance contesté d’Ali Bongo ou le reproche fait au président de s’entourer de collaborateurs étrangers qualifiés de « légion étrangère ». L’accusation portée, à tort ou à raison, contre le chef de l’Etat d’avoir caché aux Gabonais qu’il serait un enfant adoptif d’origine biafraise et, à ce titre, inéligible selon la Constitution, domine les esprits. Cela pousse l’intéressé à rappeler à chacun de ses meetings son état-civil complet : « Je suis né le 9 février 1959 à Brazzaville, mon père s’appelle Omar Bongo Ondimba et ma mère Patience Dabany ». L’affaire sera renvoyée par l’opposition devant la Cour constitutionnelle qui donnera raison au président.
 
Les embarras du président sortant ne sont pas finis pour autant. Dix jours avant l’échéance, coup de tonnerre dans le ciel de Libreville. Alors qu’Ali Bongo partait largement favori pour un nouveau septennat face à une opposition dispersée, la donne politique change brutalement, avec l’annonce, le 16 août, de la naissance d’une coalition autour de la candidature de Jean Ping qui devient pratiquement le candidat unique de l’opposition. On connaît la suite.
 
Et maintenant, que fera Ali Bongo ?
 
Prenant la parole devant la presse le lendemain de la proclamation des résultats, le président Ali Bongo a tenu un discours plutôt martial et moralisateur sur la démocratie. Il a fait savoir par son porte-parole qu’il n’est pas question de recompter les voix, comme le lui demande la communauté internationale : ce n’est pas dans la tradition gabonaise. Libreville veut tenir le cap de la fermeté, faisant fi des appels venant de toutes parts à l’ouverture et aux négociations. Ali Bongo entend manifestement coûte que coûte effectuer un deuxième mandat.
 
 Rfi.fr     

Khadim FALL

Vendredi 2 Septembre 2016 - 15:11



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