Allemagne: Hommage de la chancelière aux victimes d’Afrique et d’Asie



Allemagne: Hommage de la chancelière aux victimes d’Afrique et d’Asie
Commémoration  du 70 ème anniversaire de la libération du camp de concentration de Dachau3.5.2015
                                   
C’est sous une pluie battante que les festivités commémorant le 70 ème anniversaire de la libération du camp de concentration de Dachau se sont déroulées. De nombreux convives y ont participé. Ils venaient du monde culturel, religieux et de la politique. Les membres du gouvernement fédéral, régional et les élus locaux des différentes communes de la Bavière y ont également pris part. Pour la  première fois dans l’histoire allemande le chef du gouvernement, en l’occurrence la chancelière, a prononcé le discours d’ouverture et a participé à la commémoration de la libération d’un camp de concentration.  Nous avons saisi cette occasion pour écrire une lettre au début du mois d’avril, à la chancelière et lui demander de mentionner dans son allocution les victimes  oubliés de la barbarie nazie.
 

Suite à la correspondance que nous lui avons adressé, la chancelière, Dr. Angela Merkel  a rendu hommage aux victimes asiatiques et africaines qui sont décédées au KZ camp de concentration de Dachau. Nous sommes reconnaissante que Mme Merkel ait donné suite á notre requête. Nous  lui exprimons ici notre gratitude et nos sincères remerciements.  En  leur rendant hommage, la chancelière a rétabli la vérité historique et a rendu justice aux milliers de morts qui ne sont mentionnés nulle part.
 

Dans la lettre que nous avons reçue de la chancellerie, le 4 mai 2015,  on peut lire : « Vous avez probablement pris déjà connaissance que la chancelière a retenu votre suggestion  lors de son allocution hier à Dachau (3.5.2015). Elle  a déclaré : « Il y avait des hommes, des femmes et des enfants, venus de toute l’Europe, mais aussi d’autres parties du monde d’Asie, d’Afrique, et cela est peut-être quasiment inconnu du public, il y avait des hommes venus du  Sénégal, du Congo et de l’Erythrée ».

 
C’est la première fois que dans un discours officiel, un hommage solennel est rendu à ces hommes et femmes  qui ont péri dans les camps de concentration. Ce sont les grands oubliés de tous les manuels d’histoire.
Dans notre lettre, nous avions indiqué les noms des victimes de ces pays avec leur numéro d’immatriculation au camp de Dachau et/ou leur pays d’origine ou de leurs parents.  Ils sont en effet nombreux les prisonniers d’origine africaine à avoir péri dans les camps de concentration. Les victimes d’origine asiatique, d’Indonésie, des Indes, des Antilles  et de Surinam  sont également occultées de l’historiographie. Aujourd’hui, eux tous reposent en paix, car leur sacrifice n’a pas été en vain. Ces hommes et femmes entrent ainsi de plain-pied dans la mémoire collective et dans la culture de la réminiscence historique dont on parle si souvent en Allemagne, le « Erinnerungskultur ». Justice leur a été faite en ce 3 mai 2015. 


Les victimes occultées de l’histoire
Les victimes occultés sont originaires des pays d’Afrique, d’Outre-Mer, des Antilles, de Surinam, d’Haïti, Tahiti, Nouvelle Calédonie mais aussi d’Asie, des Indes et d’Indonésie même si ces hommes et femmes formaient qu’une infime minorité. Ils étaient en général d’ardents résistants qui ont combattu le fascisme, comme par exemple Dominique Amigo Mendy, ex photographe du Président Léopold Sédar Senghor (voir mon article sur le net.) Le  survivant,  le plus âgé du camp de Dachau est Djageng Pratomo, aujourd’hui âgé de 101 ans. Il est originaire de l’Indonésie et vit aux Pays-Bas. Il appartient au groupe ethnique des Javanais. En raison de sa santé déclinante, il n’a pas pu faire le voyage à Dachau. Nous ne pouvons qu’espérer, ainsi que nous en avons exprimé le souhait, que les autorités le décoreront de l’insigne suprême du «Mérite National Allemand».


Ce serait un signal fort en direction de tous les oubliés des camps de concentration de l’Allemagne nazie. Probablement un réconfort moral qu’il appréciera à sa juste valeur puisque venu de l’Allemagne. En effet parmi les victimes, des jeunes métis allemands, de père sénégalais ou d’autres pays d’Afrique ont trouvé la mort. En majorité, ce sont les enfants qui avaient été stérilisés de force suite au décret hitlérien, mais aussi des résistants qui se trouvaient en Europe, comme par exemple
 

Jean Voste né au Congo, de mère congolaise et de père belge. Pilote de formation, il faisait partie du groupe des résistants de Malines, en Belgique. Il fut d’abord incarcéré en Belgique puis déporté à Graz en Autriche et finalement à Dachau. Jean Voste a survécu à cet enfer, il est décédé en 1993. Son acte héroïque est probablement peu connu des habitants de sa ville à qui il a sauvé la et à de nombreux Belges incarcérés  avec lui à Dachau. L’état actuel de la recherche ne permet pas encore de donner un nombre  exact de victimes qui  se situerait entre 3000 et 5 000 personnes pour l’ensemble des détenus de l’Afrique subsahariens et des Antilles françaises. En effet, pour l’Allemagne nazie sont considérés comme Noirs tout ce qui n’est pas aryen, blanc. C’est ainsi que les Maghrébins figurent comme «Noirs» dans les archives allemandes. Les enfants métis issus de relations biculturelles forment la majorité des victimes, suivis des troupes coloniales et des résistants Africains vivant en Europe et ceux sur le territoire allemand.  


Pour toutes ces victimes, jusqu’ici les oubliés de l’histoire, nous avons déposé une couronne de fleurs avec les membres de notre parti, les « Verts » du parlement régional de Munich,  de la députée au parlement fédéral, Mme Beate Walter-Rosenheimer et du chef du parti  des «Verts», « Bündnis 90/Die Grünen »(Les Verts)  au Bundestag, Dr. Anton Hofreiter.


Le camp de concentration de Dachau : l’école de la violence
Le camp de Dachau  (KZ Dachau) est le premier camp de concentration construit par le régime nazi en 1933. Il est situé en Bavière, au sud de l’Allemagne, à 15 kilomètres de Munich Il a été inauguré par Heinrich Himmler le 21 mars 1933. Le camp de Dachau servit de modèle aux autres camps de la mort de Tréblinka à Buchenwald. Au départ, ce camp fut conçu pour interner les opposants politiques Allemands, à savoir les communistes, les sociaux-démocrates et les syndicalistes mais aussi les prêtres catholiques  et pasteurs protestants, les témoins de Jéhovah, les homosexuels, les résistants Allemands et Autrichiens de la société civile. A partir de 1939, les autres groupes y seront détenus comme des Juifs, des Roms, des déportés et résistants de toute l’Europe,  et des prisonniers de guerre.


Selon les archives de l'Eglise catholique romaine, plus de 3 000 prêtres  périrent dans le camp, surtout pendant l'année 1942. Chacun y connut la souffrance, la faim et y côtoya la mort. Le camp fonctionnera durant les 12 années du troisième Reich soit, jusqu’à la libération des détenus par les troupes américaines le 29 avril 1945. Pendant douze ans, plus de 200.000 personnes ont été internées dans le camp principal. De nombreux camps-satellites, environ une centaine ont été construits dans les environs et en Autriche. Ces sont des «camps de travail» ou «Arbeitskommando» où se trouvaient la plupart des Français déportés à Dachau.


Au total, plus de 200 000 personnes seront internées à Dachau jusqu’à la fin avril 1945, lorsque le camp sera libéré par les troupes américaines. 41 500 personnes y furent assassinées et 30 000 détenus ont survécu à cet enfer. Les prisonniers, entassés dans des baraques  étaient confrontés à des conditions de vie extrêmement dures : travaux forcés, expérimentations médicales effectués sur des prisonniers pour mesurer l’endurance à la maladie, manque  de nourriture, manque d'hygiène, longues heures d’appel sous un froid glacial, maladies épidémie de typhus etc.…Dans son discours du 3 mai 2015, la chancelière a exprimé son indignation:   
 

 «Cet endroit est un avertissement insistant : Comment a-t-on pu en arriver en Allemagne à ce qu'on retire le droit de vivre à des gens en raison de leur origine, de leur religion, de leur orientation sexuelle ? »
 Mme Angela Merkel a remercié les survivants présents pour leur engagement en tant que témoin de l’histoire «C’est un grand honneur  que des personnes comme vous soient prêtes à raconter l’histoire de leur vie, les souffrances incommensurables  que l’Allemagne à l’époque du National-socialisme vous a fait subir » (ma traduction PHF). L’inscription cynique qui se trouvait sur le portail d’entrée en fer forgé «Arbeit macht frei» (le travail rend libre » avait été volée au mois de novembre dernier, elle a été remplacée par un duplicata, fait par un ébéniste de la région de la Bavière.


Les Noirs au camp de Dachau
Lors de l’occupation de la rive droite de la Rhénanie par la France, les troupes coloniales composées d’hommes issus des anciens territoires de l’Afrique Occidentale Française (AOF) et de l’Afrique Equatoriale Française (AEF) ont noué des relations sentimentales. De nombreux enfants issus de ces liaisons sont nés.
L’historiographie a tendance  à les faire passer pour des enfants issus de relations illicites ou de viols. Ces enfants de l’amour sont entrés dans l’histoire sous le nom de « Les Bâtards de la Rhénanie ». Les lois en vigueur interdisaient les mariages bi-culturels avec des hommes Noirs. Lors de l’arrivée des troupes américaines, les lois raciales étaient encore en vigueur  aux Etats- Unis.  Le «Fraternisierungsverbot ou l’interdiction de fraternisation»  interdisaient aux pères  « NOIRS » Africains, Afroaméricains, Antillais de contracter un mariage avec une femme allemande « blanche » et de reconnaitre leurs enfants. A cette époque (1920-1945), le racisme pur et dur sévissait encore aux Etats-Unis et les troupes américaines composées de bataillons d’Africains-Américains tombaient sous le coup des lois racistes  « Jim Crow » en vigueur aux Etats-Unis.
 

Conclusion
Cet hommage de la chancelière aux victimes appartenant à d’autres groupes ethniques est un grand pas en avant. La recherche dans ce domaine a encore fort à faire. Elle est souvent l’œuvre de personnes engagées et non de grands projets scientifiques. Elle ne bénéficie pas de financement qui permettrait des séjours dans les pays occupés par l’Allemagne nazie afin de connaitre le sort des personnes d’origine africaine.  On ne peut qu’espérer, qu’en mentionnant les victimes jusqu’ici occultées, la recherche scientifique dans ce domaine  va connaitre un sursaut et dévoiler de nouveaux pans de l’histoire. Nous espérons également qu’un jour on pourra ériger un monument à Berlin en souvenir des victimes de l’esclavage, du colonialisme et de la barbarie nazie. Jusqu’à ce jour il n’existe  pas de stèle commémorative qui magnifie leurs sacrifices et  rende hommage à ces hommes et femmes qui ont perdu leur vie en terre germanique.



Dr Pierrette Herzberger-Fofana. Professeur de Lettres. Conseillère municipale en Allemagne
Lauréate du «Grand Prix de la Recherche Scientifique du Président de la République du Sénégal. » Dakar 30.6.2003
Lauréate du Prix «Helene Weber» du Ministre Fédéral Allemand de la Famille, des  Personnes âgées,  de la Femme  et de la  Jeunesse.  Berlin 5.5. 2009
Quelle
1. Discours de  la chancelière, Mme Merkel sur le site de la chancellerie allemande http://www.bundesregierung.de/Content/DE/Rede/2015
Original de la lettre du 4 mai 2015
2 : KZ : Abréviation du mot allemand «Konzentrationslager». Le mot est très fort en allemand En outre il évoque un passé douloureux. Pour cette raison on  n’utilise que l’abréviation.
3.Pierrette Herzberger-Fofana. Dominique Amigou Mendy(1909-2003) , Rescapé du camp de concentration de Neuengamme., www.grioo.com/info5094.html, www.africulutres.com
, www.minorites.org   23/07/2005
4 :Pierrette Herzberger-Fofana. « Une Rose pour les Victimes Africaines, oubliées du camp de concentration de Buchenwald » www.africpost.com
4 :Pierrette Herzberger-Fofana. « Les victimes oubliées du camp de concentration de Buchenwald » www.pressafrik.com, www.diasporaenligne.com, www-lejourguinee.com, www.camer.be, www.afrocentricity.com, www.aminata.com

 

 

 


Lundi 25 Mai 2015 - 13:09



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