Ange: l'exil nostalgique

Ange Mukajimwenyi-Nsapu a dû fuir la République démocratique du Congo en raison des menaces qui pesaient sur elle et son frère. Elle vit aujourd'hui en France, où elle attend avec impatience d'obtenir le statut de réfugiée.

Militante et patriote, elle est également une fidèle pratiquante. Une foi qui l'aide à supporter l'éloignement.



Ange Mukajimwenyi-Nsapu, devant le Palais de justice de Paris, le 4 mars 2014.
Ange Mukajimwenyi-Nsapu, devant le Palais de justice de Paris, le 4 mars 2014.

Cela a commencé par des menaces téléphoniques, puis ces menaces se sont concrétisées, et son petit frère a été séquestré pendant deux semaines. « Pour faire taire mon père », raconte Ange Mukajimwenyi-Nsapu. C'est après cet enlèvement qu'Ange et son frère ont été exfiltrés, en juin 2013, pour atterrir en France.

Dynamique et souriante, Ange est une jeune femme d'une trentaine d'années, à l'allure assurée. Elle-même défenseure des droits de l'Homme en République démocratique du Congo, elle se considère « dans la lignée du père », Paul Nsapu. Une bête noire du régime de Kabila, lui-même exilé depuis quelques années en Belgique en raison de menaces liées à ses prises de position trop critiques. Comme lui, Ange s'est jetée très tôt à corps perdu dans la défense des droits des Congolais, et tout particulièrement dans le soutien aux victimes de violences sexuelles en RDC.

La passion du droit

Le droit, pour Ange, c'est « une passion » qui la dévore depuis longtemps. Sa seule obsession, depuis qu’elle est arrivée dans cette ville de banlieue parisienne, est d'ailleurs de savoir si sa licence obtenue au pays sera reconnue en France, lorsqu'elle aura obtenu son statut. Ambitieuse, elle compte, en effet, poursuivre ses études pour peut-être un jour intégrer le barreau de Paris.

Ange ne dit pas grand-chose de sa vie quotidienne à Limete, la commune de la ville de Kinshasa où elle vivait une vie « normale ». Trop de mauvais souvenirs, de moments de tensions encore perceptibles, sans doute. Les seuls souvenirs positifs sont ces moments où elle travaillait au sein de son ONG, la Ligue des électeurs, aux côtés des victimes. « Au moins, j'avais une activité », explique Ange, qui semble néanmoins souffrir aujourd'hui de ce désœuvrement.

Mais aussitôt elle relativise sa propre situation : « je le prends mieux que mon frère. Lui, il s'ennuie de ses amis. Il a pris du poids », rit-elle. Ange demeure profondément attachée à son pays. « Personne ne vit mieux ailleurs que chez soi, affirme-t-elle. Avant de poursuivre : Il y a certaines choses ou situations de la vie qu'on ne peut mieux maîtriser et vivre que chez soi. »

« Situation chaotique » de la RDC

Le Congo n'est d'ailleurs jamais bien loin, et Ange l'avoue, lorsqu'elle se retrouve en famille, il arrive fréquemment que les discussions tournent autour du pays. Des conversations sérieuses, mais aussi des plaisanteries « qui portent sur la situation chaotique » qui y règne. Des blagues qui peuvent paraître amusantes « mais qui nous donnent parfois un sentiment de remords et mélancolies ».

Cet éloignement, Ange le supporte également grâce à la foi. Fidèle d'une église évangélique à Kinshasa, c'est tout naturellement dans l'extension de celle-ci qu'elle a trouvé un réconfort spirituel en France. Comme un trait d'union entre les deux pays. Pour Ange, la foi et le droit sont d'ailleurs des complémentaires. « Ça me fortifie de me comporter comme un enfant de Dieu, témoigne-t-elle. L'Eglise met en nous cette force d'éviter de faire du désordre, de marcher hors la loi. »

Ange a un petit ami, sur lequel elle ne s'épanche pas, comme pour le protéger. Un Congolais, également, qui étudie en ce moment « dans un autre pays ». Alors, se sent-elle prête à faire sa vie ici ? Ange est consciente que la France « n'est pas un paradis », mais elle n'a pas pour le moment ressenti de « discrimination » et estime même avoir été plutôt bien accueillie. Au moins, dit-elle, « ici, il y a une organisation, une administration. Chez nous l'administration est morte. »

Très vite, d'ailleurs, la juriste et militante reprend le dessus. « Je ne reviendrais au pays que lorsque le Congo sera devenu un véritable Etat de droit. » Elle veut d'ailleurs continuer à se battre depuis la France. « On a pas le choix, explique-t-elle, résignée. Ce sont les circonstances qui ont permis à ce que nous soyons ici. Mais quel que soit l'endroit où je me retrouverai, je ne manquerai pas de porter haute la voix des femmes congolaises. »

Source : Rfi.fr
 


Dépêche

Samedi 8 Mars 2014 - 02:24



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