Anniversaire du massacre de Marikana: toujours la même soif de justice

L’Afrique du Sud commémorait ce samedi 16 août 2014 le massacre de Marikana. Il y a deux ans, 34 mineurs en grève illégale avaient été abattus par la police. Une cérémonie d'hommage a eu lieu dans la région minière du nord-ouest sud-africain.

Aucun membre du gouvernement n’avait été invité, mais les partis d’opposition - notamment l'EFF de Julius Malema - ont fait le déplacement. La cérémonie et les discours, très politiques, n’ont été que très partiellement retransmis à la télévision.



Marikana, le 16 août 2014. AFP PHOTO/MARCO LONGARI
Marikana, le 16 août 2014. AFP PHOTO/MARCO LONGARI

A l’heure exacte à laquelle les mineurs étaient tombés, il y a deux ans, les Sud-Africains rassemblés à Marikana ont baissé la tête, ce samedi, pour une prière silencieuse. Aucun membre du gouvernement n’a assisté à cette cérémonie chargée d’émotion et de revendications. Dans la foule, certains brandissaient des pancartes accusant le vice-président sud-africain d’avoir « du sang sur les mains ». « Ne laissez pas les politiciens criminels s’en tirer », pouvait-on lire par exemple.

Businessman accompli, et homme politique de premier plan, le vice-président Cyril Ramaphosa, en poste depuis le mois de mai, était à l’époque des faits actionnaire au sein de la compagnie minière Lonmin. Il est soupçonné d’avoir fait jouer ses relations au sein du gouvernement et de l'ANC, le parti au pouvoir, pour encourager la répression de la grève, qu’il jugeait « criminelle ». Le tout pour protéger ses intérêts.

Un vice-président toujours en conflit d'intérêts

Il faut dire que Cyril Ramaphosa est un symbole particulièrement fédérateur pour Marikana. Grâce à ses activités lucratives, il s’est bâti un empire, devenant l’un des hommes les plus riches du continent (fortune personnelle estimée à 675 millions d’euros). Fin 2012, il a dû abandonner ses fonctions au sein de Lonmin, ainsi que dans le groupe Mondi, une multinationale spécialisée dans les emballages, lorsqu’il a pris la vice-présidence de l’ANC.

Après avoir été nommé à la vice-présidence du pays en mai, il a également promis de cesser ses activités à la tête de Shanduka Group. Il s'agit d'une holding qu’il a lui-même créée en 2001, qui est implantée dans plusieurs autres pays (le Nigeria, le Ghana, Maurice, le Mozambique) et qui compte des intérêts dans de nombreux secteurs de l’économie sud-africaine, comme la restauration, l’énergie, les télécommunications ou le secteur industriel.

Sauf que Cyril Ramaphosa vient d'obtenir un délai de quatre mois, à compter du 25 juillet 2014, pour abandonner certaines de ses affaires, a-t-on appris par communiqué de la présidence, quelques jours seulement après son audition devant la commission chargée d’enquêter sur le massacre de Marikana. Il avait demandé ce délai pour céder la gestion de son groupe « à une personne indépendante ». Une demande potentiellement légitime, mais une image particulièrement dévastatrice à l'aune du triste anniversaire célébré à Marikana.

Une première victoire pour les mineurs

Côté social, deux ans plus tard, peu de choses ont en effet changé dans la région minière. Or, les travailleurs ont toujours soif de justice. Ils ont d'ailleurs remporté une première victoire cette année : au terme de cinq mois de grève, ils ont obtenu que leur salaire de base soit doublé. « Une bonne leçon pour les patrons », s’est félicité Julius Malema, lors de son discours du jour. « Les mineurs pauvres ont brisé leurs chaînes », a pour sa part estimé Joseph Matunjwa, le patron du syndicat indépendant Amcu.

Comme pour mieux se démarquer de l’ANC, accusé d’avoir manqué à ses promesses, le parti EFF et le syndicat ont promis de l’argent et des maisons pour les veuves de Marikana.

Source : Rfi.fr



Dimanche 17 Août 2014 - 11:03



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