Après le drame de Lampedusa, un assouplissement des règles d'asile?

Les décisions ne se sont pas faites attendre en Italie, après le choc causé par la mort de plus de 300 réfugiés, essentiellement originaires de la Corne de l'Afrique. Le gouvernement a décidé d'allouer des financements pour un meilleur accueil des réfugiés. Au niveau européen, les questions migratoires ont été ajoutées à l'ordre du jour du prochain Conseil européen.



Les cercueils des victimes du naufrage dans une hangar de l'aéroport de Lampedusa, le 5 octobre 2013. REUTERS/Antonio Parrinello
Les cercueils des victimes du naufrage dans une hangar de l'aéroport de Lampedusa, le 5 octobre 2013. REUTERS/Antonio Parrinello
Comme promis, le gouvernement de coalition gauche-droite, dirigé par Enrico Letta, a pris des mesures immédiates durant un Conseil des ministres le mercredi 9 octobre dans la soirée. 190 millions d’euros ont été débloqués pour garantir aux migrants, fuyant « des situations inhumaines », un accueil plus digne en Italie.
À cette somme s’ajoutent 20 millions d’euros, exclusivement destinés à la prise en charge des enfants mineurs sans parents. Parmi eux, une quarantaine se trouve encore dans le centre d’accueil de Lampedusa, dont l’état est absolument désastreux. Il faut rappeler qu’à ce jour, l’Italie n’a pas de système national structuré pour accueillir les mineurs non accompagnés.
 
Intégration des réfugiés
 
En outre, Rome s’engage à favoriser l’intégration des réfugiés. Par exemple, les étrangers qui bénéficient de protection internationale, ainsi que les membres de leur famille, ne seront plus obligés de démontrer qu’ils disposent d’un logement suffisamment spacieux, ni contraints de passer des tests de langue italienne pour obtenir un permis de séjour.
 
La commission Justice du Sénat a également adopté mercredi soir l’amendement présenté par le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, qui devrait permettre de supprimer le délit d’immigration clandestine (article 10 bis de la loi sur l'immigration, dite « loi Bossi-Fini ») pour les migrants qui entrent en Italie sans autorisation, et qui n’ont aucun lien avec les passeurs et les trafiquants d’êtres humains. Le migrant ne pourra alors plus être arrêté, ni ne sera passible d'amende, mais il pourra recevoir un ordre d'expulsion.
 
Pour être adopté, cet amendement doit pour autant obtenir, via un vote, le feu vert de la majorité des sénateurs et des deputés. Or du côté de la droite, les réactions sont négatives. le chef de la Ligue du Nord au Sénat a déclaré que l'abolition du délit d'immigration clandestine serait « une honte », et qu'il faut s'attendre à une augmentation des flux migratoires.
 
Même au parti Peuple de la liberté, qui gouverne pourtant avec la gauche, on s'offusque d'une telle proposition. Ainsi, le Tweet de l'ex-ministre de l'instruction Maria-Stella Gelmini fait la Une des quotidiens. « La commission justice supprime le délit d'immigration clandestine ? On est devenu complètement fou »
Solution globale européenne
Même si ce dernier point était adopté, pas sûr que l'ensemble de ces mesures satisfassent les ONG, qui demandent une réponse plus globale de l'Union européenne. Ainsi, Maria Quinto, membre de la communauté Sant'Egidio, qui agit pour la solidarité avec les migrants à Lampedusa, demande qu'il soit possible d'arriver en Europe de façon légale.
 
Selon elle, il devrait être possible de « demander l'asile politique dans les ambassades européennes des pays de départ (Libye, Egypte, Ethiopie, etc.) ». Des « couloirs humanitaires » doivent également être mis en place, et « l'immigration doit être favorisée par le regroupement famillial ».
 
→ A (RE) LIRE : L'Europe pressée d'agir après le drame de Lampedusa -

 
Pour Maria Quinto, la visite des autorités européennes à Lampedusa est une bonne chose, et elle se dit persuadée qu'elles ont enfin « compris la gravité de la situation »
 
Le dossier de l'immigration a été mis in extremis à l'ordre du jour du Conseil européen des 24 et 25 octobre prochain. On saura alors s'il y a une chance pour que les paroles soient suivies des faits.

■ L'Erythrée, un pays qui se vide

 
Parmi les disparus de Lampedusa, beaucoup sont originaires d'Erythrée. Ils avaient trouvé réfuge dans des camps en Ethiopie, avant de tenter de rejoindre l'Europe. L'Erythrée est aujourd'hui considérée comme l'un des pays les plus fermés et autoritaires. Un Erythréen sur cinq vit aujourd'hui hors de son pays. Et ce drame le montre, l'hémorragie continue.

 
En Erythrée, il n'y a rien de plus mystérieux que les frontières, officiellement bien verouillées par les gardes du tout puissant général Teklé Kiflai, dit Manjus. Ses escadrons sont censés empêcher la population de fuir le pays, avec ordre de tirer à vue. Et pourtant, les Erythréens continuent de trouver refuge en Ethiopie ou au Soudan, au rythme de 3 000 par mois.
 
Selon le groupe de monitoring de l'ONU sur la Somalie et l'Erythée, le général Manjus serait lui-même l'un des responsables du trafic de migrants, notamment pour ceux qui cherchent à fuir en passant par l'est du Soudan. Une manière pour le régime, comme avec le trafic d'armes, de se faire de l'argent.
 
Un régime pourtant sous sanctions de l'ONU depuis 2009 et dont l'enfermement pèse chaque jour un peu plus sur la population, frappée par toutes sortes de pénuries (électricité, eau, gasoil, biens de consommation).
Un « peuple-soldat », comme le dit le président Issayas Afeworki, où les jeunes âgés de 17 ans sont forcés de s'enrôler pour une durée indéterminée. C'est l'armée qui décide de leur métier et de leur rémunération. Ceux qui essaient de s'y soustraire sont raflés lors des « guifas », les contrôles systématiques pour le service national.
 
Il y a ni d'opposition, ni de presse libre en Erythrée. Depuis 2001 et une tentative d'ouverture par un groupe d'anciens compagnons d'armes du président, le régime se durcit un peu plus chaque année.

Source : Rfi.fr


 

Dépéche

Jeudi 10 Octobre 2013 - 12:38



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