Arabie saoudite ou Yémen : solidarité dans le mensonge.



Arabie saoudite ou Yémen : solidarité dans le mensonge.
« Les lois sont faites pour être modifiées », dixit Macky Sall. Actuellement, ces lois donnent à un homme le droit d’envoyer des milliers de ses compatriotes se faire zigouiller dans une guerre qui ne les concerne pas. Cet homme, c’est le président de la République. Il lui suffit de dire que ce n’est pas une guerre et il l’a fait. Ceux qui sont contre l’envoi des Jambaar au Moyen-Orient n’ont qu’à proposer une modification des lois. Mais est-il vrai que ce n’est pas une guerre ?
            Rappelons les faits. Au Yémen, pays souverain peuplé de sunnites et de chiites, deux communautés musulmanes qui malheureusement ont du mal à vivre en paix, les chiites se sentant discriminés par le pouvoir, se sont soulevés et ont renversé leur président sunnite. Alors, l’Arabie saoudite effectue des raids aériens au Yémen dans le but de remettre le président sunnite au pouvoir et empêcher les chiites de contrôler ce pays. Il n’a jamais été question de la sécurité de l’Arabie saoudite et encore moins de la protection des lieux saints de l’Islam qui ne sont pas tous dans ce royaume.
            Le 2 avril 2015, le président Macky Sall effectue une visite officielle en Arabie saoudite. Peu après son retour au Sénégal, la presse annonce qu’il va envoyer 2000 soldats là-bas et qu’un groupement des bataillons des Paras, des Commandos et des Blindés à Thiès, est imminent. Un journaliste lui demande, le 16 avril, s’il peut confirmer cette information. Après avoir longuement tourné autour du pot, il répond que « la décision n’est pas encore prise ». Quelques jours plus tard, on annonce officiellement que 2100 soldats seront envoyés en Arabie saoudite et que ce sera un contingent composé des bataillons des Paras, des Commandos et des Blindés de Thiès. Si les journalistes ne sont pas des devins, il est évident que cette décision était déjà prise quand Macky disait le contraire aux Sénégalais. Prise par qui ? L’Onu ? Non. L’Oci ? Non. L’Assemblée nationale ? Non. On ne peut qu’en déduire qu’en moins de deux semaines, Macky Sall avait, tout seul, pris une si grave décision, tel un roi ayant droit de vie et de mort sur ses sujets. Dans son bavardage, il avait quand même tenu à souligner que la loi ne l’oblige à demander l’aval de l’Assemblée nationale qu’en cas de guerre et il avait martelé que le Sénégal n’est en guerre contre personne. Donc, il peut envoyer autant de soldats qu’il veut où il veut. Pourquoi donc prétendre que la décision n’était pas encore prise ? Et si ce n’est pas une guerre, c’est quoi donc ?
            On a fait bourdonner dans nos oreilles l’expression « maintien de la paix ». C’est bien beau car cela fait des décennies que les militaires sénégalais vont un peu partout dans le monde pour ce genre d’opération. Le problème est que le président ne peut prendre une telle décision que sous la bannière l’Onu, ce qui n’est pas le cas ici. Il faut trouver autre chose.
            On nous dit que c’est pour protéger les lieux saints de l’Islam. Du coup, les jambaar deviennent des djihadistes même s’ils ne sont pas tous musulmans. Là, on verse dans l’obscurantisme religieux. Quel musulman va s’opposer à ce que son fils ou son frère aille défendre la Kaaba ? S’il meurt, il sera martyr et ira directement au paradis. Hélas, la Kaaba n’est pas menacée. L’Arabie saoudite elle-même ne dit pas que les lieux saints sont menacés. Écoutez les radios sénégalaises. Il y a à longueur de journée des publicités de billets pour la Mecque. On y envoie des soldats « parce qu’il y a danger » et en même temps on pousse les civils à y aller. Ceci prouve que Macky et ses souteneurs savent très bien que les lieux saints ne sont absolument pas menacés ou alors ils n’ont que faire de la vie de leurs compatriotes. Et le plus grave pour un pays comme le Sénégal où les différentes religions vivent en parfaite harmonie est que le pouvoir actuel risque de créer la division. On a entendu un marabout déclarer, après une audience avec le président de tous les Sénégalais, que les militaires vont au Moyen-Orient au nom du Prophète Muhammad (Psl).
            Le plus pathétique dans cette campagne obscurantiste, c’est qu’on fait croire aux moins informés que les Yéménites sont des mécréants ou des soi-disant musulmans qui combattent l’Islam. Avez-vous entendu un seul de ces politiciens ou un seul de ces marabouts dire l’importance que le Prophète d’Allah (Psl) accordait au Yémen, le pays de Veïs Qarni ? On rapporte que chaque jour, regardant dans la direction du Yémen, il disait : « C’est de ce côté-là que j’entends le son de la miséricorde du Seigneur très haut. » Dit-on aux Sénégalais qu’actuellement les Saoudiens et leurs alliés, soutenus par les États-Unis et quelques pays occidentaux, bombardent des quartiers résidentiels et des mosquées au Yémen, tuant des milliers de civils musulmans sans défense ? Imaginez-vous Macky Sall aller dire à Obama ou à François Hollande qu’il envoie des troupes pour défendre la Kaaba et Médine contre des terroristes islamistes ? Ils lui auraient sans doute conseillé d’aller voir un psy.
            On nous parle alors de solidarité, du devoir d’aider un ami en difficulté. Si votre ami est un cambrioleur qui a du mal à ouvrir un coffre-fort, votre devoir n’est pas de l’aider à y arriver, mais de lui dire : « Laisse le bien d’autrui et rentre chez toi. » La seule difficulté pour les autorités saoudiennes est d’envoyer des troupes au sol pour que « la tempête décisive » soit enfin décisive. Et comme par hasard, les bataillons que Macky a décidé d’envoyer sont formés pour des opérations terrestres. Ça sent la chair à canon.
            Le président sénégalais parle d’une coalition internationale en évitant de préciser que cette coalition n’est pas mandatée par L’Onu et n’est composée que de pays arabes sunnites alliés des États-Unis. Aussi, le Prophète étant envoyé à toute l’humanité, les Arabes ne représentent actuellement que 20% des musulmans. L’Indonésie et le Pakistan sont les pays où il y a le plus de musulmans au monde. L’Indonésie, ne voulant pas se mêler de cette fratricide entre sunnites et chiites, s’est contentée d’évacuer ses ressortissants du Yémen car c’est là où pleuvent les bombes, là où personne n’est en sécurité. Et vous savez quoi ? Une bonne partie de ces ressortissants indonésiens ont été évacués vers l’Arabie saoudite parce que là-bas règnent la paix et la sécurité. Pourquoi donc y envoyer 2100 soldats sénégalais ?
            Le Pakistan, sixième puissance militaire mondiale et seule république islamique à disposer de la bombe atomique, serait sans doute le premier pays à envoyer des troupes en Arabie saoudite si les lieux saints qui s’y trouvent étaient menacés. Ces deux grands pays, proches alliés, ont même une coopération militaire. Le roi Salmane a demandé aux Pakistanais des troupes, des navires et des avions de guerre pour bombarder le Yémen. Contrairement au Sénégal où un seul homme a décidé, les Pakistanais, conscients de tenants et des aboutissants de l’affaire, ont soumis la question à leurs parlementaires qui en ont discuté pendant cinq longues journées en session extraordinaire. Sachant que le territoire de leur pays ami n’est pas du tout menacé, ils ont opté pour une solution pacifique entre frères musulmans. L’Algérie aussi a été sollicitée, mais ne veut pas s’ingérer dans les affaires intérieures du Yémen et prône une résolution pacifique.
            Ses prédécesseurs ayant réussi à organiser deux fois le sommet de l’Oci au Sénégal, le président Macky Sall devrait se hisser à leur hauteur et chercher une solution pacifique entre frères musulmans au lieu d’envoyer ses compatriotes à l’abattoir, car comme a osé le dire Abdou Mbaye, c’est bel et bien une guerre.
            Enfin, on nous dit que les troupes sénégalaises resteront en Arabie saoudite où il n’y a de toute évidence aucun danger, mais il est difficile d’y croire. Puisque c’est Macky Sall qui, bien que président d’un pays laïc, parle de protéger les lieux saints de l’Islam, il n’a qu’à jurer publiquement sur le Coran que les Jambaar n’entreront pas au Yémen et le débat sera clos. 

Bathie Ngoye Thiam

Dimanche 17 Mai 2015 - 11:47



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