Artistes et acteurs culturels migrants : Hommage à Mamadou Konté, Germaine Acogny, Lucien et Jacqueline Lemoine…

« Artistes et acteurs culturels migrants : des acteurs citoyens du développement en Afrique », c’était l’un des thèmes de la deuxième édition du Visa for music, un marché professionnel des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient, à Rabat– au Maroc. Un sujet développé par notre confrère Alioune Diop, journaliste-culturel qui officie à la RTS. Son exposé a porté sur les parcours de plusieurs femmes et hommes de culture du Sénégal et de la sous-région : Mamadou Konté, Germaine Acogny, Daniel Cucsac, Tiken Jah Fakoly, Lucien et Jacqueline Lemoine, Salif Keïta, Mory Kanté… Selon le conférencier, les politiques culturelles élaborées doivent tenir comptes des initiatives de ces acteurs culturels que plusieurs raisons poussent à se déplacer.



Alioune Diop
Alioune Diop
Dans ses explications face aux professionnels de la musique et autres acteurs culturels, Alioune Diop, a commencé par mettre l’accent sur  l’immigration sous régionale avec les exemples de Mamadou  Konté, le malien et Germaine Acogny, la béninoise, qui sont venus s’installer au Sénégal. Comme encore Were Were Liking la camerounaise basée en côte d’Ivoire et Daniel Cucsac, le  sénégalais qui s’est basé à Abidjan. Il met dans ce lot aussi, Tiken Jah Fakoly qui s’installe à Bamako et crée des structures de production et de promotion avec Radio Libre, composée d’un studio d’enregistrement et un lieu de Spectacle.

Mamadou Konté d’Africa Fête…

« Mamadou Konté après des années (entre le début des années 70 et le milieu des années 90) en France, est venu au Sénégal pour développer le Tringa Africa Fête. C’était un hôtel au cœur de Dakar qui abritait au milieu des années 90, ses bureaux, un night club qui servait de lieu de répétition aux artistes musiciens. Devenant ainsi un contribuable vis-à-vis de l’économie du Sénégal. Il avait initié une série de formation pour les managers et régisseurs d’artistes musiciens sénégalais. »

Aujourd’hui, souligne Alioune Diop, la musique sénégalaise doit aussi regretter Mamadou Konté relativement aux tournées internationales en faveur de beaucoup de musiciens entre les années 90 et les années 2000. La relève est assurée par Daba Sarr qui a acquis une certaine expérience auprès de Konté. Elle est à côte de Cecile Rata, une autre femme française, les deux font fonctionner Le label Africa Fête avec surtout le festival itinérant entre Marseille, Dakar et des régions du  Sénégal mais aussi des capitales africaines comme Yaoundé et Cotonou.
 
Germaine Acogny, du Bénin à Toubab Dialaw…

Germaine Acogny, danseuse, chorégraphe et professeur de danse, du Bénin a dirigé au Sénégal avec Maurice Béjart le Moudra Afrique,  mis sur pied par Léopold Sédar Senghor dans sa quête de promouvoir et de valoriser les danses africaines contemporaines. Et parmi les fiertés de Germaine  on peut citer Irène Tassambedou du Burkina Faso et Kessy Bousso, administrateur du Grand Théâtre de Dakar. Germaine était aussi professeur  de gym au lycée Kennedy et sa collaboration avec Doudou Ndiaye Rose tambour major, a donné au Sénégal les premières majorettes d’un établissement scolaire. Germaine Acogny a fondé en 1998 l’école des sables à Toubab Dialaw à 30 km de Dakar. Un lieu qui accueille à longueur d’année des stages de formation pour jeunes danseurs et chorégraphes du monde. C’est un centre panafricain voire mondial de formation et de création artistique contemporaine.

De chez le roi Christophe à chez Senghor…

D’autres sont venus de loin pour s’installer au Sénégal. C’est le cas du couple Lemoine, Lucien et Jacqueline Lemoine, poètes et comédiens Haïtiens venus participé au festival mondial des arts Nègres de1966 y sont restés jusqu’à leur mort en 2010 et 2013. En dehors de leurs empreintes au niveau de la scène dramatique sénégalaise Lucien Lemoine a, en tant que professeur de diction, encadré de nombreux journalistes sénégalais. Lucien et Jacqueline Lemoine ont joué à coté de Douta Seck, James Cambel et Edje Diop dans la célèbre pièce de théâtre La tragédie du Roi Christophe en 1964. Dans ce lot, il faut ajouter Gérard Chenet, acteur dramatique haïtien basé au Sénégal depuis les années 60. Il fut conseiller culturel du président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor et agent du Ministère de la culture du Sénégal. Cet homme de théâtre a fondé un grand espace culturel à Toubab Dialaw qu’il a baptisé le Théâtre de l’Engouement pour le spectacle vivant un lieu qui accueille aussi des ateliers et des résidences artistiques. Le personnel permanent et temporaire est composé de jeunes de la localité et les activités de l’établissement est une valeur ajoutée pour les hôtels et restaurants de ce village de pécheurs. A signaler que pour ces trois haïtiens leur exile forcé s’explique par le régime dictatorial de l’époque en Haïti.

De la diaspora… vers l’Afrique

Au-delà de ce déplacement vers l’Afrique et à l’intérieur de l’Afrique, il y a aussi des artistes et acteurs culturels africains qui sont des migrants de la Diaspora vers l’Afrique. Alioune Diop donne les exemples de Touré Kunda du Sénégal, Mory Kanté de la Guinée et de Salif Keïta du Mali.

Les frères Touré ont soutenu à travers des recettes de concerts des associations casamançaises pour la réalisation de projets de développement endogène. On se souvient aussi de la collaboration entre Toure Kunda, Alpha Blondy et Kassav. C’était un concert en 1985 au stade Demba Diop pour appuyer le Ministère de la Santé du Sénégal.

Mory Kanté revient en Guinée avec son espace culturel NONGO VILLAGE. C’est un studio d’enregistrement, un night club, un réceptif pour des artistes et une salle de spectacle. La lecture qu’il faut faire de cet investissement, c’est de tenir compte de cette dizaine de jeunes formés et encadrés pour occuper des postes précis dans cette entreprise.

Pour le Mali, Salif Keïta est cité en exemple. Il a mis sur pied l’espace MOFFOU avec la Radio NASSRA OULE et la Maison de Production WANDA RECORD.  Il sera difficile de parler de Salif Keïta sans faire allusion à la Fondation qui porte son nom et qui lutte pour la protection des Albinos en Afrique, victimes de sacrifices et de maltraitances sociales.

En terminant sa conférence, Alioune Diop a soutenu que les pays africains gagneraient à encourager les acteurs culturels migrants qui développent des  projets au service du développement. « La circulation des artistes en Afrique que je peux assimiler à une migration temporaire, et jusque-là très bien soutenue par le guichet européen,  doit-être soutenue par  les organisations économiques sous régionales comme la CEDEAO ou la CEMAC ». Cette rencontre du Maroc qui s’adresse aux professionnels de la musique au sens large et qui se veut être une plateforme d’échanges s’est ténue du  11 au 14 Novembre 2015.
 
 
 

Matar Séne

Lundi 11 Janvier 2016 - 13:20



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