Assassinat des envoyés spéciaux de RFI: ce que l'on sait du drame

Ghislaine Dupont et Claude Verlon, les deux envoyés spéciaux de RFI en reportage à Kidal, dans le nord du Mali, ont été tués après avoir été enlevés hier, samedi 2 novembre, par des hommes armés qui les avaient emmenés en dehors de la ville. A cette heure, peu d’éléments sur les circonstances du drame sont connus. Le point sur la situation.



Assassinat des envoyés spéciaux de RFI: ce que l'on sait du drame

■ Les premiers témoignages


Selon les informations recueillies par RFI dès l’annonce du décès de nos confrères, Ghislaine Dupont et Claude Verlon venaient à peine de fermer les portières de leur véhicule quand un pick-up beige a surgi. Ils sortaient tout juste du domicile d'Ambéry Ag Rissa, un membre du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) qu'ils venaient d'interviewer.


Ce qu'explique leur chauffeur, c'est qu'un homme enturbanné, parlant tamachek, a braqué une arme sur lui, lui a demandé de sortir du véhicule et de s'allonger par terre. Les assaillants ont ensuite fait sortir nos deux envoyés spéciaux, les ont ligotés et les ont fait entrer dans leur véhicule.


Ambéry Ag Rissa, qui venait de les raccompagner, a entendu des bruits suspects. Il a repassé la tête dehors et a vu la même scène : nos confrères transférés d'une voiture à l'autre. L'un des assaillants a braqué son arme dans sa direction et lui a demandé en tamachek de rentrer chez lui. Quand le pick-up a démarré, les deux hommes disent avoir immédiatement donné l'alerte.


Les ravisseurs ont alors pris la fuite. Notre correspondant au Mali lance une hypothèse parmi tant d'autres : une panne du pick-up durant la cavale des ravisseurs aurait pu les faire paniquer. C'est alors qu'ils auraient executé nos confrères.


■ L'insécurité maîtresse de Kidal


Malgré le barrage à l’entrée de la ville de Kidal, le pick-up dans lequel ont été séquestrés Ghislaine Dupont et Claude Verlon parvient à sortir de la ville sans encombres et prend la route du Nord-Est. Cet enlèvement est la preuve, s’il en était besoin, que Kidal n’est pas sécurisée et que personne ne contrôle rien.


Depuis l’été dernier, Kidal est officiellement sous le contrôle de l’Etat malien. Un gouverneur a été nommé, des services publics de santé et une banque ont rouvert.
L’armée malienne est symboliquement de retour avec quelque 200 hommes. Ils sont là dans un camp à la sortie de la ville, sans véritables moyens.


La sécurisation de la ville est officiellement assurée par les troupes de la Minusma (la Mission de l'ONU au Mali), par les casques bleus sénégalais, togolais et guinéens. Il y a bien les soldats de l’opération Serval. Mais les Français sont peu nombreux sur place, tournés plus vers le grand désert et ses jihadistes que vers la ville.


Le MNLA occupe toujours les locaux du gouvernorat. Malgré le cantonnement, les armes circulent au vu et au su de tout le monde. Enfin il y a les amis de Iyad Ag Ghaly, les lieutenants du chef touareg islamiste dont le rôle dans la libération des otages français a redoré le blason. Les hommes d’Ansar Dine sont revenus ces dernières semaines en toute impunité. C’est dans ce contexte d’anarchie que des terroristes ont assassiné, ce samedi, deux journalistes.


Le ministre malien de la Défense Soumeylou Boubèye Maïga et le numéro 2 de la Minusma Abdoulaye Bathily examinaient à peine quelques heures avant le drame la situation sécuritaire particulière de Kidal.


Ils ont déploré sur RFI ce 3 novembre ce manque alarmant de sécurité et l’absence d’autorité dans la ville de Kidal. « Le problème à Kidal est qu’il y a plusieurs armées », a affirmé Aboulaye Bathily. « Il faut que le MNLA quitte le gouvernorat. C’est cette situation délétère qui a conduit au drame d’hier. »


« Nous avons beaucoup insisté, a pour sa part déclaré le ministre, sur le fait que la situation à Kidal était intolérable et ne pouvait plus durer. […] Finalement, elle fait le lit des terroristes et des extrémistes qui peuvent s’y infiltrer et se livrer à toutes sortes d’exactions ». « Il faut que la communauté internationale interpelle de manière claire et ferme le MNLA en particulier sur le fait que soit il est dans un processus de paix, soit il reste dans un processus de conflit », a-t-il ajouté.


■ La force Serval absente des lieux du drame


Il y a quelques jours, les deux journalistes avaient demandé à être transportés à Kidal par la force Serval, ce qu'elle avait refusé, comme elle le fait depuis un an, en raison de l'insécurité dans cette zone. Nos confrères ont alors profité d'un transport de la Minusma, qui continue à accepter des journalistes.


Hier samedi, selon l'Elysée, aucune autorisation d'usage de la force n'avait été demandée ni effectuée par les troupes de l'opération militaire française Serval dans la région. Le porte-parole de l'armée française a déclaré ce 2 novembre que les militaires français avaient envoyé une patrouille terrestre et deux hélicoptères à la recherche de nos envoyés spéciaux, mais n'avaient établi aucun contact physique ou visuel avec le véhicule des ravisseurs avant de retrouver ce dernier ainsi que les deux corps.


Le président français François Hollande est ce dimanche matin depuis 9h30 (08h30 TU) en réunion à l'Elysée avec les ministres des Affaires étrangères Laurent Fabius et de la Justice Christiane Taubira. Leur collègue à la Défense, Jean-Yves Le Drian, en voyage au Mexique, sera représenté, a-t-on précisé à l'Elysée. Ils doivent établir précisément, en lien avec les autorités maliennes et les forces de l'ONU, les conditions de ces assassinats.


Le parquet de Paris a ouvert une enquête samedi après la mort de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon, a annoncé une source judiciaire.


Rfi.fr

Dimanche 3 Novembre 2013 - 10:44



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