Assassinats ciblés : Hollande critiqué jusqu'au sein du gouvernement

Dans le livre-confessions Un président ne devrait pas dire ça…, le président révèle avoir ordonné des exécutions ciblées. Une pratique qui déclenche une bronca jusqu'au sein du gouvernement.



Assassinats ciblés : Hollande critiqué jusqu'au sein du gouvernement
Déjà minée par les sondages et coincée au plus bas dans l'opinion, la situation politique de François Hollande ne semblait pas pouvoir beaucoup s'aggraver. Mais la parution du livre-confession «Un président ne devrait pas dire ça… » (Stock) vient offrir une nouvelle salve d'ennuis au président de la République. Dépeint à droite comme à gauche comme un «suicide politique», l'ouvrage de Fabrice Lhomme et Gérard Davet, regorge d'informations compromettantes, si ce n'est classées secrètes. Dernier exemple en date, qui déclenche une bronca jusqu'au sein du gouvernement, la révélation d'au moins quatre homicides ciblés de terroristes, ordonnés par l'Élysée et exécutés par les services de la DGSE. Une pratique illégale selon les accords internationaux ratifiés par la France.

Interrogé sur les «opérations Homo» (homicides, dans le vocabulaire militaire, ndlr) le 9 octobre 2015, François Hollande avoue aux deux journalistes: «J'en ai décidé quatre au moins, mais d'autres présidents en ont décidé davantage». Un mois plus tard, conscient d'avoir peut-être livré des informations sensibles, il tente de relativiser ces assassinats ciblés. «C'est totalement fantasmé», assure François Hollande. «On ne donne pas de permis de tuer». «On a une liste de nom de tous les gens qu'on a éliminés, ça, je l'ai dit, mais on ne fixe pas une liste de noms en disant: “voilà il faut les éliminer”. Si on les trouve, on les trouve», détaille encore le chef de l'État et des armées.

«C'est proprement insupportable»

Interrogé sur France 2 ce mercredi matin, l'ancien ministre des Affaires étrangères Alain Juppé peine à contenir son indignation.

«Je demande d'abord que le président de la République assume sa fonction -je crois qu'il est trop tard- de manière digne», assène le favori de la primaire de la droite. «Quand on est chef de l'État on ne tient pas des propos de ce type. Et il faut bien se mettre dans la tête que la transparence absolue, ça devient un danger pour la démocratie et pour la sécurité de nos démocraties», poursuit le maire de Bordeaux.

Avant de renchérir: «Il est des situations où le secret est indispensable à l'exercice d'une haute fonction comme celle de chef de l'État». «C'est une manière d'exposer sur la place publique ce qu'il y a de plus lourd dans la fonction présidentielle. Ça ne peut se faire qu'en conscience profonde et sûrement être étalé devant les médias», à pour sa part brocardé François Bayrou, sur RTL.

Ancien ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy, Gérard Longuet ne se montre pas moins critique sur LCP. Il dénonce un livre «consternant de la part d'un président en activité», qui contrevient à son devoir de «discrétion totale». «Quand on porte la responsabilité de la République, il faut avoir la décence de taire ses états d'âmes», estime le sénateur de la Meuse, soutien de François Fillon. «Se confier à des journalistes par une sorte de narcissisme émerveillé de soi-même, c'est proprement insupportable parce que cela se fait au détriment de l'autorité de la République».

Jean-Marc Ayrault consterné

À gauche, Jean-Luc Mélenchon a été l'un des premiers responsables à relever l'incroyable aveu du chef de l'État. Invité sur BFM-TV mardi, le candidat de la France insoumise a prévenu le président: «Je mets en garde François Hollande. Il ferait bien d'y réfléchir. La France a signé (pour) le tribunal pénal international et le Mali aussi. Il y a un problème, il y en aura un bien vite. La vérité, c'est que c'est un assassinat décidé en haut lieu. En principe, ce genre de comportements relève du tribunal pénal international».

Mais le désaveu suprême provient d'un proche fidèle du président, Jean-Marc Ayrault, qui fut son ancien premier ministre. Interrogé mardi par la presse diplomatique sur ces révélations, le ministre des Affaires étrangères s'est fendu d'une réponse sans appel: «Un président ne devrait pas dire ça... la réponse est dans le titre, c'est la seule chose intéressante du livre». L'ancien premier ministre de 2012 à 2014 a fait mentir à cette occasion les commentaires de François Hollande à son sujet, et rapportés dans l'ouvrage. Le chef de l'État y décrit un locataire du quai d'Orsay qui «fait le métier sans enthousiasme excessif», et «tellement loyal qu'il est inaudible». Une loyauté dont le chef de l'État vient d'éprouver les limites.

Ousmane Demba Kane

Mercredi 19 Octobre 2016 - 12:59



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter