Attentat au Mali: les Bamakois entre révolte et inquiétude

L'attaque du restaurant La Terrasse a eu lieu dans le quartier de l'Hippodrome, un quartier central de Bamako, où les réactions des habitants oscillent entre indignation, révolte, et inquiétude.



« Je suis indigné », « le Mali, ce n'est pas ça », « nous sommes tristes aujourd'hui ». Voilà le genre de phrases que l'on peut entendre en allant à la rencontre des habitants du quartier de l'Hippodrome depuis samedi matin. De la tristesse, de la colère, et beaucoup d'incompréhension : les habitants rencontrés ont du mal à se remettre de cette attaque inédite dans la capitale malienne.

« Je suis indigné, affirme l’un d’entre eux. Ça ne fait pas honneur au peuple malien ». Un autre s’insurge également : « Nous sommes meurtris dans notre sang. Des choses comme ça, ça nous fait honte. Agresser des étrangers comme ça, ça ne nous plait pas du tout. Notre pays n’est pas comme ça. Tout le monde est fâché ici. On est triste. Vraiment. » 

Cellules dormantes à Bamako

Surtout, c'est l'inquiétude qui commence à poindre. La menace qui pesait sur Bamako n'était pas vraiment inconnue, mais aujourd'hui, c'est l'heure des douloureuses prises de conscience. Au fond, personne ne s'attendait vraiment à ce que cela survienne, ou du moins pas maintenant, pas de façon si violente. Les habitants ont peur pour eux et pour leur famille. Ils se disent que si cette attaque a pu se produire, rien n'empêche désormais que d'autres attentats puissent encore survenir à Bamako.

Un habitant logeant à 500 mètres de la rue surnommée « Princesse » (où a eu lieu la fusillade) témoigne : « Depuis que j’ai entendu la détonation des grenades, j’ai commencé à avoir peur. Jusque maintenant, je n’ai pas réussi à fermer l’œil. » Un autre Bamakoi ne s’attendait à une telle attaque. « Je n’en avais pas conscience. La situation sécuritaire laisse à désirer dans le Nord. On se croyait à l’abri, ici. Tel n’est pas le cas.»

Franck Cachia est un ressortissant français qui s’est installé au Mali il y a un peu plus d’un mois. Il travaille en tant qu’expert technique pour Afristat, une agence panafricaine de statistiques. Il reconnaît avoir été choqué par cet attentat, mais selon lui, les risques étaient connus de tous. « C'est un endroit qui est juste à côté de chez moi, auquel j'étais allé déjà deux ou trois fois, explique-t-il. Mais effectivement, après coup, je me suis dit que c'était quelque chose d'assez prévisible, parce qu'il y a une telle concentration d'expatriés ou d'étrangers, que ça en fait une cible un petit peu facile. »

Mais Kranck Cahia ne souhaite pas pour autant quitter la capitale. « Il y a des risques partout, on l'a vu récemment à Paris, il faut juste faire un petit peu attention [...] J'étais conscient du risque, au départ, même si tout le monde me disait que Bamako était assez tranquille, évidemment il y a un risque. Je pense que je prendrais mes précautions et réduirai mes sorties dans ce type d'endroit où il y a beaucoup de concentration d'étrangers. »

« On a jamais vu un tel bain de sang à Bamako »

Youssouf Cissé est cinéaste, et confirme ce sentiment de peur. C'est un habitant de la capitale, et plus précisément du quartier de l'Hippodrome, où s'est déroulé l'attentat.

Il fait part de son inquiétude après cet attentat inédit dans la capitale malienne : « On a jamais vu un tel bain de sang à Bamako, et on s’inquiète de se dire que finalement […] On croyait que ces problèmes, ça s’arrêterait au Nord. »

Selon Youssouf Cissé, les assaillants ont pu observer les failles de la sécurité de Bamako, et ils sont capables de mettre la pression sur la capitale. « Et s’ils ont les moyens de cette pression, ajoute-t-il, ils vont les reprendre pour avoir gain de cause […] Nous sommes des chefs de famille, et c’est normal qu’on se dise que si ces problèmes du Nord amènent la guerre en plein Bamako – alors que Bamako a toujours vécu en plein melting-pot, imaginez que la paix ne va pas durer. J’ai peur pour ma communauté, pour là où j’habite, pour mes enfants. »

Un autre habitant lance un appel à l’aide : « Ce type d’attaque peut se reproduire si l’occident ne nous aide pas dans le sens des renseignements. Si on parvient à tuer des Occidentaux et des Maliens à Bamako, et bien ils ont sûrement des cellules dormantes ici. Il faut répliquer. » Justement, le Mali et la France annoncent, sans précision pour le moment, des « mesures communes pour renforcer la sécurité au Mali ».


Rfi.fr

Dimanche 8 Mars 2015 - 09:52



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