Attention : les « guéris » d’Ebola sont-ils réellement guéris ?

Sperme, yeux, cerveau… Le virus Ebola a fait preuve d’une persistance importante dans l’organisme d’anciens malades après leur guérison. Sylvain Baize, virologue en première ligne de la lutte contre l’épidémie, explique ce qu’il y a à craindre.



EBOLA. Si l’épidémie d’Ebola qui touche l’Afrique de l’Ouest semble s’éteindre peu à peu, quelques cas sporadiques sont encore détectés en Guinée et en Sierra Leone (La disparition du virus au Liberia, troisième pays frappé par la maladie, a été déclarée en septembre 2015 par l’OMS). Mais l’actualité autour du virus fatal à plus de 11.000 personnes depuis le mois de décembre 2013 a surtout concerné les suites de cette redoutable fièvre hémorragique. En particulier les conséquences potentielles d’une persistance du virus dans certaines parties de l’organisme. Ainsi, le virus s’est-il r éactivé dans le cerveau de l’infirmière britannique Pauline Cafferkey 8 mois après sa guérison. De la même façon, l e Dr Crozier a vu son iris changer de couleur en raison de la persistance du virus dans son œil. Surtout, une étude publiée en octobre 2015 dans la revueNew England Journal of Medicine a révélé que le virus Ebola pouvait être détecté dans le sperme des survivants jusqu’à 9 mois après leur guérison…

TO GO WITH AFP STORY BY OLIVIER THIBAULT - French Sylvain Baize, head of the national centre for Viral Hemorrhagic Fevers, poses at the unit in Lyon, on September 2, 2014 in Lyon. The United Nations warned on Tuesday of "grave food security concerns" in the west African countries hardest hit by the Ebola outbreak as the deadly epidemic caused labour shortages and disrupted cross-border trade. AFP PHOTO / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

AFP PHOTO / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Ces données étaient jusqu’alors inconnues des spécialistes : elles posent plusieurs questions. Éléments de réponse avec le Dr Sylvain Baize (ci-dessus), directeur du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à Lyon (Institut Pasteur / Inserm), et responsable du laboratoire déployé à Macenta (Guinée forestière) pour la lutte contre l’épidémie.

Sciences et Avenir : Comment le virus Ebola peut-il persister dans l’organisme de personnes pourtant déclarées guéries ?

Dr Sylvain Baize : Ebola fait partie de ces virus qui ne sont pas entropique, c’est-à-dire qu’il ne se cantonnent pas à tel ou tel organe. Il se répand partout. Une personne malade est difficile à soigner car le virus va se retrouver dans tous les organes. D’ailleurs les décès dus à Ebola résultent la plupart du temps d’une défaillance multiviscérale.

Lorsqu’une personne touchée par le virus Ebola est dans la phase aigüe de la maladie avec tous les symptômes que l’on connaît (cf. vidéo ci-dessous) la réponse du système immunitaire se met en place. Celui-ci élimine le virus de la plupart des organes. Mais il y a dans l’organisme des sites où le système immunitaire est très peu présent. C’est notamment le cas des testicules, du cerveau où le système immunitaire est très particulier, des yeux et, dans une moindre mesure, de l’oreille interne. Des organes qui fonctionnent un peu en vase clos. C’est pourquoi le virus peut persister dans ces zones-là. Pour prendre une image un peu simpliste, c’est un peu comme lorsque vous passez l’aspirateur dans votre salon mais que certains recoins sont inaccessibles. Vous avez enlevé la poussière partout, sauf dans ces coins où l’aspirateur ne peut pas aller. Le système immunitaire c’est pareil.

Il ne s’agit pas là d’une stratégie spécifique au virus Ebola. C’est pareil avec des virus comme l’herpès, les papillomavirus ou la varicelle par exemple qui peut ressurgir à l’âge adulte sous la forme d’un zona.
source:guineematin.com


Dior Niang

Mercredi 28 Octobre 2015 - 11:57



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