Au Liberia, des équipes suivent Ebola à la trace

L'une des solutions pour enrayer l'épidémie d’Ebola passe par le suivi des malades et de leurs proches. Il s’agit de retrouver et de surveiller tous ceux ayant été en contact avec des personnes contaminées ou avec des victimes du virus. Au Liberia, le gouvernement, épaulé par plusieurs organisations humanitaires, a déployé des équipes d’agents, ou « contact tracers » dans chacune des 22 zones sanitaires de la capitale Monrovia. RFI a suivi l'une de ces équipes encadrées par Action contre la Faim, dans le grand bidonville de West Point, entre investigation et défiance des habitants.



Le bip du thermomètre infrarouge rythme la visite. Les agents contrôlent la température de tout le monde dans cette maison bâtie au bout d'un dédale de ruelles crasseuses. Le lieu montre bien l'ampleur de la tâche. Un mort d'Ebola, 22 personnes en quarantaine. Chacune se plie au rituel et répond au questionnaire, comme Sylvestre 27 ans : « C'est nécessaire, pour la santé de tout le monde. Bien sûr, on a peur que des symptômes apparaissent. Alors on se surveille les uns les autres, et aucune personne de l'extérieur n'a le droit d'entrer dans la maison. »
Avant que les habitants acceptent de se faire contrôler, il a fallu instaurer un climat de confiance, comme l'explique Mary Harding, la superviseure : « Si vous n'êtes pas proche d'eux, si vous ne leur montrez pas d'amour, ils vous rejettent. Certains cachent des malades. D'autres affirment que ce n'est pas Ebola qui a tué leur proche. Ils mentent parce qu'ils ont peur d'être stigmatisés. Nous devons les convaincre qu'ils mettent tout le monde en danger. J'ai vu beaucoup de gens en quarantaine sortir librement. On les croise, on leur demande pourquoi ils sont sortis. Ils répondent qu'ils n'ont pas Ebola. C'est un processus éducatif quotidien et de longue haleine. »
Des agents choisis au sein des communautés
Les traditions animistes en vigueur dans le pays ne facilitent pas le travail, dans l'optique où de nombreux habitants organisent une cérémonie après le décès de leurs proches. Un rite impossible à mettre en place avec Ebola, ce qui a entraîné des enterrements secrets, détaille le docteur Mosoka Fallah, coordinateur du contact tracing : « On a été pris par surprise. La réponse était au début désorganisée. On a mis en place notre première visite de terrain le 12 août. C'était une maison où une personne était morte, et une autre malade. Les habitants ne voulaient pas nous parler. On a enquêté, on s'est aperçu qu’il y avait eu cinq morts, tous enterrés secrètement. West Point est un endroit complexe, avec une forte densité de population, les gens vivent tous ensemble. C'est dur de trouver des contacts. Si les gens veulent se cacher on ne peut pas les trouver. »
Afin d’obtenir la confiance, la plupart des agents sont désormais choisis au sein des communautés, comme Amos Constance, originaire de West Point: « Les gens nous connaissent, ils nous acceptent. Si vous n'êtes pas d'ici, les habitants ne vous parleront pas. Mais c'est parfois très dur. Quand une personne meurt, c'est comme si une partie de moi disparaissait. C'est vraiment triste.
Le dispositif doit monter en puissance. Sous peu, les « contact tracers » à Monrovia passeront de 262 à 300 agents, charger de surveiller 5 000 contacts.
A noter qu'en parallèle, des développeurs ont mis en place « Ebola Tracker », une application mobile permettant de localiser les personnes infectées et de centraliser les informations sur l'épidémie en Afrique de l'Ouest.
■ Une rentrée des classes de nouveau décalée en Guinée
En Guinée, les écoliers et les étudiants auraient dû reprendre les cours le 3 octobre, mais l’épidémie d’Ebola a changé la donne. Le gouvernement a lancé une formation de prévention pour les maîtres en vue d'une reprise dont la date n'est pas encore fixée.

RFI

Jeudi 30 Octobre 2014 - 12:47



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