Au Liberia, l'attaque d'un centre provisoire de traitement d'Ebola

Dans l'un des trois pays les plus touchés par Ebola, le Liberia, une attaque spectaculaire s'est produite ce dimanche 17 août 2014.

En banlieue de la capitale Monrovia, des hommes armés de gourdins s'en sont pris à un centre de soins temporaire qui accueillait des malades du virus. L’inquiétude règne, car sur 17 patients qui avaient fui dans la panique, seuls dix ont pour l'instant été retrouvés.



Des soldats libériens contrôlent les habitants du comté de Bomi County, le 11 août 2014. REUTERS/Stringer
Des soldats libériens contrôlent les habitants du comté de Bomi County, le 11 août 2014. REUTERS/Stringer

Dix-sept malades ont fui un lycée de la banlieue de Monrovia, transformé récemment en centre de traitement Ebola en attendant la construction d'autres centres, suite à l’attaque d’un groupe d’hommes scandant des slogans hostiles à la présidente Ellen Johnson Sirleaf et assurant qu'il n'y avait pas d'épidémie Ebola dans le pays. Dix-sept, c'est en fait la totalité des patients du centre qui a fui, probablement par peur, devant la violence de l'attaque. Dix d'entre eux ont été retrouvés. Les autres vont-ils revenir de leur plein gré ou vont-ils refuser de continuer à se faire soigner ?

La question est cruciale, car tant qu'ils restent dehors, ils peuvent contaminer d'autres habitants de la capitale. Or, « nous focalisons nos efforts sur le Liberia », vient de déclarer l'Organisation mondiale de la santé à RFI. L'OMS craint en effet une propagation rapide du virus dans Monrovia, qui compte plus d'un million d'habitants. Le système de santé ne peut pas faire face à une telle épidémie, dans un pays fragilisé par des années de guerre civile. Pour Marie-Paule Kiény, sous-directrice de l'OMS, ce système de santé est « extrêmement fragile », ce qui induit « de nombreuses chaines de contamination ».

« Ils sont partis avec la plupart des choses »

Selon le dernier bilan de l'OMS, les fièvres hémorragiques liées au virus Ebola ont déjà tué plus de 410 personnes au Liberia. Mais Marie-Paule Kiény assure que ces chiffres sont tout simplement faux et largement sous-évalués : « Il y a sûrement un grand nombre de cas qui ne sont pas rapportés, parce que les gens ne viennent pas spontanément aux centres de soins, qui sont par ailleurs débordés, avec des files d'attente. Les gens rentrent chez eux et c'est extrêmement confus de savoir si des personnes non diagnostiquées sont mortes d'Ebola ou non. »

Autant dire que l'attaque survient dans un contexte grave. Pour l'heure, on sait peu de choses sur les assaillants, si ce n'est qu'il s'agit de jeunes armés de gourdins. On sait en revanche que ce centre du quartier de West Point était mal perçu par la population locale. Certains habitants refusaient tout bonnement son implantation. D'autres refusaient quant à eux de voir des habitants extérieurs au quartier venir s'y faire soigner, comme Nelly Cooper, présidente du West Point Woman Center, le rapporte sur l'antenne de RFI :

« Le ministre de la Santé nous avait dit que ce centre était uniquement dédié aux habitants du quartier, mais on a vu d’autres patients arriver d’ailleurs, de quartiers éloignés. C’est pour ça qu’il y a eu un incident. Des gens se sont rassemblés au centre et ont commencé à piller. Ils sont partis avec la plupart des choses. Certains malades qui ont fui n’étaient au centre que depuis trois jours, mais la plupart sont faibles et n’arrivent plus à s’alimenter. »

« Ils sont en train d'en rendre du matériel »

Moses Massaquoi, responsable du comité de gestion des patients victimes d'Ebola au Liberia, pour le compte de l'Initiative Clinton pour l'accès à la santé - une organisation internationale qui travaille en coopération avec le ministère libérien de la santé -, refuse de parler d'une attaque.

« Je crois que c'est l'expression de la colère des habitants du quartier, confirme-t-il. Ils ont seulement fait savoir qu'ils n'étaient pas contents de voir que la salle de soins aménagée pour les malades du quartier avait accueilli d'autres patients. Ils n'ont pas accepté de voir des voitures aller et venir devant l'établissement. »

Et d'ajouter : « C'est dommage, car le ministère était en train d'apporter plus de matériel pour mieux traiter les malades. Eux ont cru que cela voulait dire qu'on allait amener plus de patients. Bien sûr, quand ils ont envahi les lieux, ils ont emporté tout le matériel qu'on venait juste d'apporter, mais j'ai appris qu'ils sont en train déjà d'en rendre une partie. »

« Avec la communauté, nous allons essayer de nous organiser pour identifier tout le monde et retrouver les malades, assure Mme Cooper. Mais ce n’est pas très clair ; le ministre de la Santé ne nous a pas dit si tous ces patients souffraient d’Ebola ou s’ils étaient uniquement sous surveillance. »

« On avance au jour le jour »

L'incident illustre une certaine résistance, exprimée par des personnes qui refusent de reconnaître l'existence de la maladie, ou qui pensent pouvoir la traiter seules, sans aide médicale. La veille de l'attaque, plusieurs familles avaient décidé de retirer leurs proches hospitalisés pour les emmener vers une destination inconnue.

La panique et la peur conduisent certains habitants au déni, explique Moses Massaquoi : « Le gouvernement a fait beaucoup d'efforts, les responsables politiques sont intervenus des millions de fois à la radio pour rassurer les gens, et je pense que la prise de conscience est de plus en plus grande. Mais il y a toujours des poches de résistance, le déni fait partie de la maladie. »

« Ça pourrait être le cas n'importe où, aux Etats-Unis ou en France, rappelle le médecin. C'est une réaction normale. On l'a expérimentée déjà avec le VIH. Il ne faut pas oublier que c'est la première fois qu'Ebola touche des capitales, et c'est quelque chose que personne ne sait comment gérer, pas même les experts qui ont à traiter l'épidémie. On le sait, et on essaie d'avancer jour après jour. »

Source : Rfi.fr
 



Lundi 18 Août 2014 - 10:19



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