Au Liberia, la solidarité reste la meilleure arme contre Ebola

A Monrovia, la capitale, comme à West Point, l’un des plus grands bidonvilles d’Afrique de l’Ouest, les conditions sont idéales pour que le virus s’étende. Ebola touche tout le monde, plus ou moins directement. Même le commerce funéraire en pâtit. Mais, au sein de la population, à West Point ou Monrovia, l'espoir naît de l'entraide.



L'ambassadeur américain au Liberia (en rouge) arrive dans un village touché par le virus Ebola, le 15 octobre 2014. REUTERS/James Giahyue
L'ambassadeur américain au Liberia (en rouge) arrive dans un village touché par le virus Ebola, le 15 octobre 2014. REUTERS/James Giahyue
West Point est un quartier emblématique de la crise Ebola, de sa progression et aussi de sa réponse humanitaire. Le bidonville compte environ 75 000 habitants. Il faut s’imaginer une route principale, goudronnée, grouillante de monde, avec des véhicules, des échoppes, des gens qui circulent constamment. Autour de cette voie, plein de ruelles miniatures où une seule personne peut passer à la fois. Une promiscuité constante, impossible de ne toucher personne. On marche dans un labyrinthe, un dédale de passages aussi exigus les uns que les autres, avec des maisons collées entre elles. L’hygiène est évidemment un problème.
Solidarité
  • [[Vidéo] Ebola en Guinée: Olivier Rogez, grand reporter à RFI, témoigne]url:http://www.rfi.fr/afrique/20141014-video-virus-ebola-guinee-rfi-olivier-rogez-temoignage-reportage/
Tout cela constitue un terreau très favorable à l'expansion du virus. Dans certains secteurs, des maisons avaient été vidées de leurs habitants, certains étaient morts, d’autres avaient fui, d’autres étaient placés en centre de santé. Il y a également cette dame qui a pris en charge l’enfant de ses voisins, âgé de 9 ans. Par manque d’argent, elle n’avait pas pu quitter la zone, et avait vu les habitants autour d’elle mourir ou partir. L’enfant désormais orphelin, avait un regard très sombre, il ne pouvait quasiment pas parler de ce qui s’était passé. Pourtant, sa voisine a décidé de s’occuper de lui.
Les gens se serrent les coudes et s’entraident. Beaucoup de volontaires, bénévoles, se sont engagés dans la prévention, la sensibilisation, pour répéter inlassablement les mêmes messages : se laver les mains, ne pas toucher les malades, appeler les secours quand quelqu’un a des symptômes, etc. Beaucoup d’associations locales, qui s’occupaient de problèmes de société comme les violences conjugales, la pauvreté, etc, se sont reconverties dans la lutte contre Ebola. On les voit en groupe, habillés de leurs t-shirts imprimés « Ebola is destructive », ou encore « Let’s kick out Ebola of Liberia », débarrassons nous d’Ebola.
Le développement de ces organisations s’est vu notamment depuis août, quand un centre d’isolement avait été attaqué et pillé par des jeunes armés à West Point. Des patients s’étaient enfuis, risquant d’étendre un peu plus la propagation. Les autorités avaient alors encerclé le quartier pendant dix jours, entraînant une émeute. Cette zone est symptomatique des enjeux de la crise Ebola au Liberia.
A Monrovia, la quarantaine pour quotidien
Bien évidemment, la capitale est touchée de plein fouet par l'épidémie. C'est à Monrovia, dans le quartier Communauté, que vivait Thomas Eric Duncan. Ce Libérien de 42 ans a été le premier malade d’Ebola diagnostiqué hors d’Afrique et le premier mort aux Etats-Unis. C’était le 8 octobre. Aujourd'hui, huit autres personnes vivent toujours dans l’habitation et subissent désormais trois semaines de quarantaine. Il reste donc une semaine. Un camion envoyé par le gouvernement leur a apporté pour trois semaines de riz. Des membres de la task force Ebola du quartier vient régulièrement vérifier qu’ils respectent les règles. La fondation de l’épouse d’un homme politique leur apporte des médicaments. Mais pas de prise de température.
Un enfant coupe de l’herbe derrière la maison où vivait Thomas Eric Duncan. Il n’a pas le droit d’aller plus loin. Tous les résidents sont confinés 24h sur 24, comme Arin. « Une voisine est morte d’Ebola, raconte-t-il. Les services sont venus ramasser sont corps et ils m’ont dit que Thomas était malade aux Etats-Unis. J’ai eu un choc. Je n’ai pas dormi pendant une semaine. La peur me tenait éveillée. »
Désoeuvrement
Elle poursuit : « On reste là, assis, toute la journée, à attendre le lendemain. Mes proches ne viennent jamais. Je me sens rejetée. Ils ont tous peur. Je pense à la maladie tous les jours et je prie pour ne pas avoir les symptômes. Le jour où ma quarantaine sera finie je serai heureuse, et j’irai à l’église pour remercier Dieu. »
Pour manger, le gouvernement leur a livré du riz. Pour l’eau, ils font appel à des volontaires du quartier chargés aussi de les surveiller. Peter est également coincé chez lui. Il prend son mal en patience : « C’est difficile. J’étais taxi, donc je n’ai plus de travail. Je passe mon temps à dormir et manger. Mais je sais que la quarantaine est nécessaire, pour notre bien, et celui des autres. »
Et le virus s’étend et touche tous les secteurs, même ceux qui pourraient bénéficier de l’épidémie, comme les vendeurs de cercueils, qui font grise mine.

Rfi.fr

Jeudi 16 Octobre 2014 - 11:23



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