Audition de James Comey au Sénat: le grand déballage

C'était une journée sous haute tension pour Donald Trump. Quatre hauts responsables du renseignement étaient auditionnés mercredi par la commission du renseignement du Sénat sur le rôle joué par la Russie lors de la campagne électorale aux Etats-Unis. Ce jeudi, c'était au tour de l'ex-directeur du FBI James Comey, brutalement limogé par le président américain le 9 mai dernier. James Comey a notamment révélé les pressions qu'il a ressenties pour abandonner son enquête.



Audition de James Comey au Sénat: le grand déballage
Dans une salle remplie de journalistes, lors d’une audition publique retransmise en direct à la télévision, James Comey a reconnu devant les sénateurs que le président américain ne lui avait pas demandé explicitement d'arrêter l'enquête, mais qu’il avait interprété cette demande comme un ordre de l'abandonner.

Plus précisément, lors d'une conversation le 14 février dans le Bureau ovale, Donald Trump lui aurait dit : « J'espère que vous pourrez trouver une façon d'abandonner cela, de lâcher Flynn. C'est un homme bien », en référence à l'enquête menée par le FBI contre Michael Flynn, l'ex-conseiller à la Sécurité de Donald Trump, contraint à la démission le 13 février, accusé d’avoir menti sur ses relations avec des hauts responsables russes.
James Comey a déclaré ce jeudi que le président lui avait demandé de « dissiper le nuage » créé par l'enquête russe.
Limogeage lié à l’enquête sur les interférences russes
James Comey a clairement dit qu'il pensait que les raisons de son limogeage étaient liées à l'enquête sur les interférences russes, afin que le FBI modifie la façon dont cette enquête était menée, « ce qui est très grave » a-t-il insisté.
Il a par ailleurs accusé l’administration Trump de l’avoir diffamé ainsi que le FBI, en affirmant que l’agence était en déroute, qu’elle était mal gérée et que ses employés avaient perdu confiance dans leur directeur. « Ce sont des mensonges purs et simples », a martelé l’ex-directeur du FBI.

Selon ses déclarations, Donald Trump lui aurait demandé dès le mois de janvier de faire preuve de loyauté. « Mon bon sens me disait qu'il voulait quelque chose en échange de m'accorder ma demande de rester à mon poste », a-t-il répondu aux sénateurs. De son côté, l’avocat personnel de Donald Trump, Marc Kasowitz, s’est empressé de déclarer lors d’une conférence de presse après l’audition que « sur le fond comme sur la forme, le président n'a jamais dit à James Comey : "J'ai besoin de loyauté, je m'attends à de la loyauté" ».

Des mémos sur le contenu de chaque conversation avec Trump

Lors de son audition, James Comey a déclaré qu’il s’était senti obligé de se protéger en consignant par écrit chaque rencontre individuelle avec Donald Trump. Jamais il ne l'avait fait avec Barack Obama, ni avec George W.Bush. Mais cette fois, il en a ressenti le besoin, car il ne pouvait pas enregistrer les conversations.

L'ex-directeur du FBI a rencontré Donald Trump à neuf reprises, a-t-il précisé aux sénateurs, à commencer par le 6 janvier dernier, juste avant l’investiture du président. Ce jour-là, il se trouvait seul avec le président élu, à la Trump Tower, à New York. La conversation a porté sur l'enquête sur les interférences russes. « Je craignais honnêtement qu'il ne mente sur la nature de nos rencontres », a-t-il insisté.

Une porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a aussitôt réagi : « Je peux affirmer avec certitude que le président n'est pas un menteur et, franchement, je me sens insultée par cette question ».

Des notes détaillées pour se défendre

James Comey s'est dit que ces notes après chaque réunion en tête-à-tête avec Donald Trump pourraient lui servir un jour pour se défendre et défendre l'intégrité du FBI en tant qu'institution, a-t-il déclaré lors de son audition.

James Comey a aussi reconnu avoir organisé lui-même des fuites dans la presse, en appelant un de ses amis pour diffuser des informations sur ses mémos, car il pensait que « cela pousserait à la nomination d'un procureur spécial » indépendant. Et c'est d'ailleurs ce qui s'est produit, puisque l'ancien directeur du FBI Robert Mueller est désormais chargé de l'enquête pour faire la lumière sur l'ingérence russe dans l'élection. L’avocat de Donald Trump a réagi à ces révélations, en évoquant de possibles poursuites contre l'ex-directeur du FBI, pour ces fuites organisées à la presse.

Donald Trump a-t-il fait obstruction à la justice ?

Lors de son audition, James Comey a déclaré que ce n'était pas à lui de dire si Donald Trump avait tenté de faire obstruction à la justice, et qu'il ne dirait pas non plus lors de l'audition en public s'il pensait qu'il y a eu collusion entre Trump et la Russie.
Donald Trump de son côté utilise les déclarations de James Comey à son avantage: selon ses avocats, le président américain se dit satisfait, car ce qu’a déclaré James Comey confirme qu'il n'est pas lui-même en tant que président visé par cette enquête sur des collusions éventuelles avec la Russie.

Les élus de l'opposition, les démocrates, souhaitent utiliser cet argument de l’obstruction à la justice pour déclencher une procédure de destitution. Une procédure incertaine, car le Congrès est dominé par les républicains.

Pour clore l’audition publique, le président républicain de la commission sénatoriale sur le renseignement, Richard Burr a remercié James Comey pour son professionnalisme. «C'est une audition-clé dans notre enquête», a-t-il confié. James Comey devait ensuite livrer des détails classés confidentiels à une réunion de la commission sénatoriale, cette fois à huis clos.

RFI

Ousmane Demba Kane

Vendredi 9 Juin 2017 - 10:04



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