Avec Mario Monti, l’Italie tourne la page Berlusconi

Personne mieux que l'économiste Mario Monti ne pouvait incarner la fin de l’ère Berlusconi pour l’Italie. Aussi discret que son prédécesseur était « m’as-tu-vu », le nouveau président du Conseil a été nommé hier dimanche 13 novembre par le président Napolitano. Cependant, en se déclarant prêt à revenir au pouvoir, Silvio Berlusconi fait savoir qu'il n'entend pas disparaître sans bruit de la scène politique.



Avec Mario Monti, l’Italie tourne la page Berlusconi
Mario Monti est d’abord et avant tout un universitaire. Souvent surnommé « le cardinal », cet homme de 68 ans, marié et père de deux enfants, semble avoir été choisi parce qu’il est l’exact opposé de Silvio Berlusconi, son prédécesseur qui a démissionné, hier, le 12 novembre 2011. N’appartenant à aucun parti politique, cet économiste diplômé de l’université Bocconi de Milan, dont il est le président, et de Yale aux Etats-Unis où il a été l’élève du Prix Nobel James Tobin, celui qui a donné son nom à la fameuse taxe, a assuré les fonctions de commissaire européen au Marché intérieur puis à la Concurrence de 1994 à 2004. 
Réformes impopulaires
Nommé sénateur à vie, le 9 novembre, au moment où la tempête financière faisait dangereusement tanguer le bateau Italie, l’homme aux cheveux gris et aux sobres lunettes de professeur a tout pour rassurer. Aussi loin que possible des fastes olé olé du Cavaliere, avare d’interview, Mario Monti à quelques heures de sa désignation par le président Giorgio Napolitano, s’est d’ailleurs rendu, comme à son habitude le dimanche matin, à la messe dans une église de Rome. Et si en on croit la presse italienne, le pays qui a soif de sérieux, de compétence et de mesure, pourrait bien reconnaître en celui que The Economist a appelé « Super Mario », celui par qui le salut arrive. Mais le salut aura un prix et Mario Monti, dès le mois de septembre, avait fait part à ses compatriotes que celui-ci serait probablement élevé. « Il faut réaliser des réformes impopulaires en unissant les franges les plus sensées de chaque parti politique », avait-il écrit dans un éditorial du Corriere della Sera. Pour compléter plus récemment dans une tournure bien à lui par : « Je crois qu’une certaine connaissance des problèmes ne nuit pas », une façon de dire qu'il était ravi que les « professori » soient de retour en Italie. On saura bien vite si l’arrivée de Mario Monti est interprétée par les marchés comme un signe positif : il suffira pour cela de suivre la réaction de la Bourse, et la nouvelle émission obligataire fera figure de test. L’état de grâce dont va peut-être bénéficier le nouveau président du Conseil ne lui sera pas inutile au vu de la situation italienne. Ce à quoi va s’atteler Mario Monti ne ressemble pas en effet à une partie de plaisir. 
Berlusconi en embuscade
Débarrassée du boulet Berlusconi, l’Italie reste néanmoins plombée par une dette monumentale de 1 900 milliards d’euros, soit 120% du PIB. Une situation qui lui a valu d’être placée sous la surveillance du Fonds monétaire international, de l’Union européenne et de la Banque centrale européenne. Autant dire que la marge de manœuvre de l’ex-commissaire européen est étroite. Mais sur la route accidentée qu’il emprunte aujourd’hui, M. Monti peut au moins compter sur la confiance sans réserve de la directrice du FMI, Christine Lagarde qui, avant même sa nomination, s’est enthousiasmée : « Je connais bien M. Mario Monti, j'ai beaucoup d'estime et beaucoup de respect pour lui, je pense que c'est un homme de grande qualité avec lequel j'ai toujours eu un dialogue fructueux et extrêmement chaleureux ». L’a priori favorable dont bénéficie Mario Monti sur la scène internationale a été acquis sur le pont de l’Europe où sa réputation d’indépendance s’est forgée. Réputé comme étant « imperméable aux pressions », il aura besoin de toutes ses ressources pour y résister. D’autant que si Silvio Berlusconi a veillé à l’assurer de son soutien, il n’en reste pas moins que le vaincu ne semble pas avoir l’intention de partir cultiver ses roses sans se retourner. Et pour ceux qui en douteraient, M. Berlusconi, qui a affirmé ce dimanche « vouloir reprendre le chemin du gouvernement », avait pris soin de préciser à des proches : « Nous sommes en mesure de débrancher la prise quand nous voulons », une façon de rappeler qu’il avait encore des moyens d’enrayer la mécanique.

Source : RFI


Lundi 14 Novembre 2011 - 10:52



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