Avis trimestriel de la CNRA: le régulateur insiste sur les dysfonctionnements et manquements persistants



Babacar Touré CNRA
Babacar Touré CNRA
Le Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) a rendu public son quatrième et dernier avis trimestriel de l’année 2013. Dans cet avis n°4/2013 daté du 17 janvier 2014, le CNRA relève, pour l’essentiel, les mêmes dysfonctionnements notés dans les précédents. Ils ont rapport à la protection du jeune public, de l’intégrité du message publicitaire, la diffusion de débats à caractère politique, les questions de santé publique, l’option laïque de la République.
 
Dans son avis trimestriel n°4/2013 daté du 17 janvier 2014 et couvrant les mois d’octobre, novembre et décembre derniers, le CNRA relève plusieurs dysfonctionnements et des manquements dans les programmes de certains médias audiovisuels. Ces insuffisances sont répertoriées à partir d’un échantillonnage tiré des rapports des services de monitoring au cours du dernier trimestre de l’année 2013.

Il s’agit de «la diffusion d’images, de propos et d’actes pouvant heurter la sensibilité d’une composante de la population, notamment le jeune public, aux heures de grande audiences, en violation des stipulations des cahiers des charges relatives aux catégories d’émissions, aux heures de diffusion, à la signalétique et à l’avertissement préalable du public».
S’y ajoute «la diffusion d’émission de voyance en direct avec appels téléphoniques sur serveurs et d’autres servant de tribune à des guérisseurs traditionnels ou des marabouts qui prétendent soigner diverses maladies». Il y a aussi «la profusion de publicités et de propagandes dans les médias audiovisuels, particulièrement sur les chaînes de télévisions, par les présentateurs».

Le CNRA déplore également «la diffusion, suivie de rediffusions, d’émissions de débats à caractère politique marqués par des propos outranciers et des comportements violents des protagonistes». «la récurrence des jeux organisés sur certains médias audiovisuels et nécessitant l’envoi de SMS ou des appels sur serveurs sans indication de coût». «Une certaines légèreté dans le traitement, la vérification et la présentation de l’information avant sa diffusion», note l’avis.
 
Ne pas servir de tribune à des guérisseurs…

 
C’est pourquoi le présent avis, après la proposition d’un échantillon représentatif des tendances constatées, formule des recommandations pour les corriger. En effet, face à de tels dysfonctionnements et manquements qui constituent une violation des dispositions des textes législatifs, réglementaires et des stipulations des cahiers des charges en vigueur au Sénégal dans le domaine de l’audiovisuel, le CNRA administre aux éditeurs de programmes audiovisuels un certains nombre de conseils.

Le régulateur les invite à «se conformer aux stipulations des cahiers des charges en dotant leurs structures respectives de la commission prévue par les textes et dont les attributions sont clairement indiquées». Aussi, «dans le souci de satisfaire à l’obligation de protection du jeune public, la diffusion de certaines émissions doit être programmée à des heures  qui permettent de préserver cette catégorie importante de la population», indique le texte.

Le CNRA exhorte les médias audiovisuels à «se garder de servir de tribune à des individus dépourvus de toute qualification légale et dont la promotion expose des populations non averties à des risques de détérioration de leur santé, soumet les professionnels de la santé à une concurrence déloyale, crée un environnement favorable à l’exploitation de franges importantes de la population qui accordent un certain crédit aux propos de ces individus relayés par les médias audiovisuels».
 
Un journaliste n’est pas un publicitaire
 
Les métiers de journaliste et de publicitaires ne sont pas les mêmes. A ce titre, l’organe de régulation de l’audiovisuel demande «d’éviter de confondre le métier de journaliste avec celui de publicitaire ou de propagandiste ; tout comportement de ce genre, de la part du journaliste, est strictement interdit ; ce dernier ne  peut  accepter aucune consigne directe ou indirecte des annonceurs».

Les médias audiovisuels sont également à ne pas véhiculer «des propos outranciers, voire outrageants, et ne servent de tribune pour des actes violents ou contraires aux convenances et aux règles de bienséance ; le rôle éducatif des médias audiovisuels ne s’accommode pas de la publicité de certains comportements qui n’honorent ni leurs auteurs, ni l’activité sportive ou politique qu’ils mènent, encore moins les populations au profit de qui ces personnes prétendent agir».
Aussi leur est-il recommandé «de s’entourer des garanties requises pour assurer l’intégrité du processus des jeux qu’ils organisent, en informant les participants sur le coût réel des appels qui permettent d’y prendre part, et pour préserver les couches vulnérables de la tentation du jeu préjudiciable à l’équilibre de certains foyers, en avertissant le public sur les risques de dépendance». Et de relever qu’«il revient également aux éditeurs de médias audiovisuels de concevoir des actions de sensibilisation pour une meilleure compréhension, par les populations, des aléas du jeu».

Mieux, le CNRA conseille «de toujours rester attachés aux principes éthiques et déontologiques, qui gouvernent l’exercice du métier de journaliste, et de faire preuve de rigueur et de professionnalisme  dans la vérification, le traitement et la diffusion de l’information». Par ailleurs, le CNRA invite les  acteurs «à promouvoir le respect et la préservation de l’image des chefs religieux en qui se reconnaissent des millions de compatriotes».

A cet égard, l’utilisation de l’image de son Eminence Mgr Théodore Adrien Cardinal Sarr, Archevêque de Dakar, pour illustrer le traitement de questions liées à des accusations de malversations, et pendantes devant la justice, n’est pas acceptable. Elle relève des pratiques à bannir, précise le document. Suffisant pour que le Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel appelle les éditeurs de programmes audiovisuels «à veiller sur la mise en œuvre effective de ces recommandations afin de faire jouer aux médias audiovisuels leur mission et rôle d’information, de formation, d’éducation et de divertissement».  Car, souligne l’avis, les médias audiovisuels, de par leur contenu, participent à la construction d’attitudes et de comportements qui influencent la marche de la société. Ils fournissent au public des prestations dont l’interprétation contribue au développement de la personnalité par l’information, l’éducation et le divertissement.
 
Bannir l’utilisation d’image de chefs religieux de façon malveillante
 
Dès lors, la conception des programmes doit prendre en charge les caractéristiques socioculturelles, la diversité et la pluralité de notre société. L’importance des médias audiovisuels appelle les éditeurs de programmes à plus de rigueur et de professionnalisme dans la vérification, le traitement et la diffusion de l’information, dans l’élaboration des grilles et le choix de l’offre. La protection du jeune public, l’intégrité du message publicitaire, la diffusion de débats à caractère politique, les questions de santé publique, l’option laïque de la République servent, entre autres, de paramètres d’évaluation de la pertinence de la production audiovisuelle.


SudQuotidien

Jeudi 23 Janvier 2014 - 11:37



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