Avocat de Karim, Me Olivier Sur: "Le procureur spécial doit démissionner, il a été pris en flagrant délit de diffamation

Loin d’avoir dit leur dernier mot contre le procureur spécial près de la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite (CREI), Alioune Ndao, qui maintient Karim sous les liens de la détention depuis le 17 avril dernier, les conseillers du fils du président sortant Wade étaient sur le pied de guerre, hier. Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Paris, Me Pierre-Olivier Sur a démonté pièce par pièce les accusations à l’encontre de leur client avant de prouver "l’irrégularité de la procédure enclenchée par la CREI tout aussi illégale". De ce fait, il ne demande rien moins que "la démission du procureur spécial qui a été pris en flagrant délit de diffamation".



Avocat de Karim, Me Olivier Sur: "Le procureur spécial doit démissionner, il a été pris en flagrant délit de diffamation
«Parce que nous sommes derrière Maîtres El Hadji Amadou SALL, Ciré Cledor LY, Demba Ciré BATHILY, Mame Abdou MBODJI, Mohamed Seydou DIAGNE, les conseils de Monsieur Karim Wade, tandis que l'Ordre des Avocats les a invités à ne plus s'exprimer dans les médias, et que pourtant nous considérons que c'est notre devoir d'avocats de parler pour défendre», a d’emblée déclaré français qui poursuit son plaidoyer en disséquant le mot «avocat». « Souvenons nous que l'ethymologie du mot avocat vient du latin "parler pour" (ad vocare). Donc parler pour Karim Wade devant les juges, devant la presse, devant l'opinion sénégalaise et internationale, c'est très précisément notre devoir car il s'agit évidemment d'un dossier judiciaire politique». «La preuve de la nécessité de prendre la parole, c'est que le Procureur Spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite (CREI) l'a fait lui même, par conférence de presse du 9/11/12, au point d'être montré du doigt par la Cour de Justice de la CEDEAO qui, dans un arrêt du 22/2/13 a considéré, qu'il avait ainsi violé le sacro saint principe de présomption d'innocence. La Cour aurait pu ajouter que la CREI dans son ensemble avait violé le secret de l'enquête. D'où la nécessité pour nous de prendre librement la parole et de rééquilibrer les choses aux yeux de l’opinion». Revenant sur les conditions de détention de son client, Me Pierre Olivier Sur a dénoncé, «Karim Wade est actuellement enfermé dans la tristement célèbre prison de Reubeuss qui abrita son père. Nous dénonçons l'isolement qui lui est imposé. Cependant il est traité correctement par l’administration pénitentiaire et il bénéficie de l'attention bienveillante des autres détenus. C'est un homme courageux et fort qui vit cet ostracisme comme une épreuve dont il sortira grandi. Nous l'avons trouvé aussi combatif et déterminé qu'un leader politique à l'approche d'une campagne électorale. Car au-delà des murs de sa prison, il entend les bruits de la rue et déjà l'écho des marches organisées à Dakar et ailleurs, pour le soutenir ou tout simplement». Avant de s’insurger contre «la chasse aux sorcières qui relève d’un règlement de compte politique détestable dont sont victimes certains membres influents du PDS». Karim poursuivi selon une procédure dite d'exception qui, par une loi de 1981, a été destinée à réprimer l'enrichissement illicite qui a été abrogée depuis lors, selon l’avocat qui étaye sa thèse par «le Code de l'organisation judiciaire du Sénégal qui ne l'a pas reconduite dans sa loi organique de 1984, de telle sorte qu’à compter de cette date, la CREI est une juridiction qui n’existe plus. Mais le Président de la République a cru pouvoir la faire renaître de ses cendres en 2012 par un simple décret, ce qui était juridiquement impossible puisqu’un décret ne peut faire revivre ce qu’une loi avait abrogé». Pis, selon lui, «le contenant est non seulement illégal (le décret), mais aussi le contenu, ce qui est encore plus grave: une procédure où la charge de la preuve repose non sur l'accusation mais sur la défense, une procédure qui méconnait donc gravement la présomption d’innocence et qui doit être dénoncée comme contraire à tous les grands principes car elle permet d'entendre une personne sans la présence d'un avocat, et elle méconnaît le second degré de juridiction». Que dire de la désignation initiale de ses juges par appel d'offre?, s’est demandé le Bâtonnier qui exclut d’office la CREI et arme la Haute Cour de Justice. «A défaut de procédures devant la CREI, le seul texte qui serait susceptible de s’appliquer au cas d’espèce, est l’article 101 de la Constitution, c’est à dire la compétence de la Haute Cour de Justice (ce que la décision de la Cour de Justice de la CEDEAO en date du 22/2/13 a expressément indiqué que le rôle des poursuites incombe à la Haute Cour de Justice)», a-t-il précisé. Or, «par la décision précitée du 22/2/13, cette Cour de Justice internationale a dit que " le Sénégal a violé le principe de présomption d'innocence" et devait " lever la mesure d'interdiction de sortie du territoire"...Un arrêt dont le Sénégal n’a pas tenu compte en maintenant les mesures d’interdiction, ce qui est aussi surprenant que scandaleux de la part d’un grand Etat de droit». La situation devenant plus préoccupante avec l’incarcération de Karim Wade, Me Pierre-Olivier Sur a enfoncé le clou, « la Cour de Justice a donc été à nouveau saisie car le fils de l’ancien Président est manifestement en détention arbitraire, sous le coup d’un mandat de dépôt résolument illégal, lequel a été signé par des magistrats, après que la procédure a été ouverte par le Procureur Spécial, dont certains membres du Collectif des Avocats, estiment qu’il a ainsi commis le crime de forfaiture». A cet effet, nous apprend-il, «la Cour de Justice de la CEDEAO va rendre une seconde décision sous un mois. Nous espérons naturellement qu'elle ira dans le sens du premier arrêt, ce d'autant que la Cour Constitutionnelle du Niger, par décision du 20/11/08 a déclaré non conforme à sa Constitution et à la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des peuples, la loi sur l'enrichissement illicite, notamment en raison du renversement de la charge de la preuve. Mais quid si à nouveau le Sénégal ignorait une nouvelle décision de la CEDEAO qui lui serait défavorable ? Nous ne pouvons imaginer une telle escalade dans le mépris du droit, de la part d'un pays qui s'est toujours illustré en Afrique pour défendre la démocratie par l'Etat de droit». Replaçant l'affaire dans son contexte politique, il a mis en exergue «une manipulation de l'opinion par une instrumentalisation de la justice» du pouvoir en place qui «cherche à réactiver la mémoire d'exclusion qu'ils avaient opposés à leurs prédécesseurs pour se faire élire...en les jetant entre les mains de la justice ou en braquant l'opinion contre eux à raison des procédures en cours et le retour par le Sénégal à un réseau France / Afrique (Bolloré à nouveau au port de Dakar en est un signe)». A la question de savoir de quoi l’accuse-t-on? Le membre du pool d’avocat du fils de l’ancien président Wade a dévoilé une véritable cabale politique de la part du régime en place en soutenant, « d’abord, certains membres du gouvernement de Macky SALL ont accusé d’une façon globale le gouvernement précédant d’avoir détourné 4.000 milliards de francs CFA vers l’Etranger dont 2.400 milliards en France. Mais le gouvernement de Macky SALL a décidé de n’effectuer aucun rapport d’audit sur le fonctionnement des Ministères, et aucune expertise ou enquête sur un certain nombre d’agences dont l’ANOCI, de telle sorte qu’il faut se rendre à l’évidence qu’il n’y a pas eu de détournement de fonds publics avérés. Parallèlement, aucun Etat étranger, en dépit de recherches sérieuses (par exemple en France), n’a établi que quelque argent que ce soit aurait été logé illégalement au bénéfice d’un mécanisme dit de “biens mal acquis”». C’est la raison pour laquelle, selon lui, «le Procureur Spécial a inventé le schéma qui suit, identifier diverses sociétés et les imputer à Karim Wade, valoriser lesdites sociétés par une notion inexistante en compatibilité et en droit, donc surréaliste: “le poids financier disponible”. C’est ainsi qu’il n’est pas étonnant qu’on puisse passer de 4.000 milliards à 700 milliards… et qu’il est certain qu’après expertise d’un cabinet d’audit international, le chiffre tendra vers 0».


Mercredi 8 Mai 2013 - 10:44



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