Babacar Touré : L’éclectisme personnifié



Babacar Touré : L’éclectisme personnifié
Babacar Touré, journaliste chevronné, communicateur de talent et homme d’affaires avisé, est, depuis septembre 2012, le président du Conseil national de régulation de  l’audiovisuel (Cnra). Né en 1951 à Fatick, il a grandi à Thiès et est devenu par la suite un citoyen du monde aux multiples talents. Un parcours qui en fait un homme racé, à l’éclectisme affirmé.

« Le journalisme mène à tout, à condition d’en sortir » dit un célèbre adage repris à l’envi par tous ceux qui gravitent autour des médias. La formule sied très bien à  Babacar Touré, cet homme multidimensionnel qui, à force de talent, de rigueur et d’imagination, a su s’attirer le respect et la sympathie des grands de ce monde. Doté d’un physique de basketteur de la Nba, l’homme  arbore toujours des verres correcteurs qui lui donnent les allures d’un intellectuel accompli. Avec l’âge et une barbe bien fournie, rasée assez souvent de près, il a appris à troquer le costume-cravate contre d’amples boubous bien amidonnés avec de faux airs d’un lettré arabe.

Au détour d’une discussion, il m’a une fois révélé, avec aplomb, qu’il a fini de franchir depuis longtemps plusieurs paliers ; autrement dit, le journalisme et la communication ne sont plus ses seuls centres d’intérêts. Fils  d’un agent des maisons coloniales de commerce, BT, comme l’appellent les journalistes,  est né à Fatick, mais il a très tôt bourlingué partout au Sénégal avant de partir chercher le savoir en Amérique, puis en France. Fidèle ainsi à la célèbre répartie du Prophète Mohammed (Psl) qui disait  aux fidèles : « Allez chercher le savoir jusqu’en Chine ». Sorti frais émoulu du Centre d’études des sciences  et techniques de l’information (Cesti), promotion 1979, en même temps que Mamadou Koumé, ex boss de l’Agence de presse sénégalaise, il est  aussi diplômé  en Sociologie et Sciences politiques (Master Degree).

L’obtention de son Certificat de Maîtrise d’anglais atteste aussi d’un bilinguisme qui va lui ouvrir plus tard plusieurs portes. Un moment journaliste au quotidien national « Le Soleil », il se montre très ambitieux et décroche une bourse. L’Amérique lui tend alors les bras. Il découvre le nouveau monde et obtient deux parchemins au Michigan State University et au Kansas State University. Sa soif inextinguible du savoir le conduit ensuite en France et au Canada où il fréquente tour à tour l’Institut français de presse (Ifp Paris) et le Centre de perfectionnement des communicateurs africains de l'Université de Montréal (Canada). Sonne alors l’heure du retour au pays natal, au beau milieu des années 80.

Bardé de diplômes, le fils de feue  Sokhna Awa Bâ émarge un temps à l’Ong Enda Tiers-monde, alors sous la houlette de feu Jacques Bugnicourt, un défenseur acharné des couches défavorisées. Mais la fibre journalistique est trop forte et pousse Babacar à fonder, en 1986, le journal Sud Hebdo, puis Sud Quotidien (1993), ensuite Sud Fm (1994), estampillée première radio privée du Sénégal, mais aussi la messagerie Marketing presse. L’institut Issic  (école de journalisme et de communication) et la chaîne audiovisuelle Lca, basée à Paris, font aussi partie de ses rêves traduits en réalités. C’est le début de la grande saga du groupe Sud communication, son bébé à lui.

Mais il n’est pas seul maître à bord du navire. Loin s’en faut ; il essaie de consolider l’ancrage du groupe de communication qu’il a formé avec d’anciens collègues du « Soleil » au parcours aussi prestigieux : Abdoulaye Ndiaga Sylla, Sidy Gaye, Ibrahima Fall, Ibrahima Bakhoum… Homme au caractère éclectique, BT  a aussi flirté avec le syndicalisme, avec en prime une  casquette de membre fondateur de l’Union nationale des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (Unpics), ancêtre de l’actuel Synpics. Il  a été membre de l’organisation patronale (Cnes), de la société de sociologie du Midwest, du National democratic institute (Ndi)  et du Collège des conseillers africains de la Banque mondiale. Il a aussi été coopté comme co-président de la Conférence ministérielle Afrique/Usa  avec Madeleine Albright,  alors secrétaire d’Etat  américaine,  et le ministre botswanais des Affaires étrangères. C’était sous le parrainage de Bill Clinton, ex locataire de la Maison blanche.

Conseiller avisé de beaucoup de grands de ce monde
Assistant de recherche au département de Sociologie de l'Université du Kansas-Lawrence (Etats-Unis), Babacar Touré est aussi professeur à l'Institut Wanad-Unesco. Son statut de citoyen du monde lui a ouvert les portes de plusieurs palais et places du monde, par la grâce d’une exquise urbanité. Ses conseils avisés sont alors accueillis avec intérêt par plusieurs grands de ce monde dont des  chefs d’Etat. Ce qui lui vaut quelque part une solide réputation de médiateur ayant réussi à faire désamorcer bon nombre de crises politiques survenues en Afrique.

Derrière son masque d’homme de caractère  ou de dur à cuire se cache une personne ayant le cœur sur la main,  témoigne son ami d’enfance Gallo Diagne. Un statut d’ « œuvre sociale ambulante » loin d’être usurpé, confirme un de ses proches qui rappelle les nombreuses actions sociales dont il est l’auteur dans son fief de Takhikao, un des plus célèbres quartiers de Thiès la rebelle. L’homme traîne aussi une réputation de combattant, voire de  baroudeur, pour avoir  enfilé le bleu de chauffe  lors d’une marche pacifique organisée  contre le monopole du sucre, au plus fort de l’affaire du sucre roux d’aspect blanchâtre ayant opposé le Groupe Sud à la Compagnie sucrière sénégalaise (Css).

Il avait alors rudement subi les assauts d’une soldatesque décidée à casser du journaliste. Babacar Touré n’a rien d’un enfant de chœur, selon un de ses amis qui renseigne que ses colères peuvent être homériques dès lors qu’on le provoque. Et comme il abhorre la langue de bois, ça peut dégénérer. Nommé en 2012 président du Conseil national de régulation de l'audiovisuel (Cnra), son camarade de promotion au Cesti Mamadou Koumé a tôt fait de dire qu’il a le profil de l'emploi. Un sentiment largement partagé dans le milieu des médias.

lesoleil.sn

Vendredi 9 Septembre 2016 - 20:18



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