Bac 2014: Après l’hécatombe, les acteurs à la recherche d’explications



Catastrophique, c’est le mot pour qualifier les résultats du Baccalauréat 2014. De Ziguinchor, en passant par Tambacounda et Dakar. C’est l’hécatombe. Dans la capitale notamment au lycée Blaise Diagne, sur 777 candidats, 144 admis d’office contre 244 au second tour. Au lycée Djignabo Basséne qui compte cinq jurys, seul 85 sont admis au premier tour, au centre El Oumar Lamine Badji de Djibock qui abrite trois jurys, c’est le même constat. Les résultats sont catastrophiques. Par exemple : au jury 668, sur 372 inscrits, seuls 12 candidats ont obtenu leur diplôme au premier tour et 60 sont admissibles au deuxième tour. Au jury 669, sur 334 candidats 12 sont passés au premier tour et 50 au second tour. Enfin, au jury 670, 12 sont admis d’office, et 81 passent au second tour. Pis, à Tambacounda, dans trois centres, on parle d’un taux de réussite de 4,7 %.

 Les acteurs tentent d’expliquer l’échec car, « il faut de manière générale, tenter de trouver une explication qui implique de voir  la part (de responsabilité) des élèves, des enseignants, de l’Etat », entame sur les ondes de la Rfm, le Pr Faye, ancien formateur à l’Ecole Normale Supérieure, historien et ancien syndicaliste. Ceci, avec « chacune des parties qui pense que l’hécatombe se trouve de l’autre côté ».
A Rufisque, un Président de jury accuse enseignants et élèves : « Les résultats catastrophiques sont liés à deux choses, premièrement les élèves n’ont pas le niveau requis pour pouvoir affronter les épreuves ; deuxièmement, il faut revoir la formation, ceux qui forment. Cette année, il n’y a pas eu de grève mais n’oublions pas que ceux-là qui sont candidats cette année, ont subi des perturbations en seconde et première. C’est tout un cycle ».


Conséquence de la longue grève de 2012
Mais c’est le Proviseur du Lycée Valdiodio Ndiaye, Mbaye Thiam qui met les pieds dans le plat. Pour lui, les « résultats » sont tout simplement « médiocres ». Et les causes ne sont rien d’autres que le fait que « nous sommes en train de vivre les contre coups de la longue grève de 2012 où les enseignants étaient en grève pendant une période de quatre à cinq mois ». A l’issue desquelles perturbations, « on a dû bricoler pour terminer l’année scolaire avec des examens de passage escamoté ». Pis, enclenche Mbaye Thiam, « la conséquence, les élèves en seconde alors, n’avaient pas le niveau pour subir correctement les épreuves au bac cette année ». Ensuite, « c’est la mise en place du personnel, qui entraine quelque fois des perturbations parce que les élèves partent en grève car ils n’ont pas de professeurs. Au mois de février, l’inspecteur d’académie a eu à nous convoquer pour nous parler de redéploiement, alors qu’on venait de boucler le premier semestre ».


 50% des élèves en terminal ne le méritent pas
Le décompte loin d’être clos, le proviseur de regretter qu’ « il y ait des établissements qui n’ont pas fait quatre (4) mois de cours de philosophie alors que dans les séries comme la L2, la discipline est affectée du coefficient 6 ». Le problème, liste-t-il, « c’est également un système de passage qu’il faut revoir ; à l’entrée en sixième, presque tous sont admis alors qu’ils ne peuvent même pas écrire une lettre. Au BFEM, c’est du n’importe quoi. De plus, toutes les propositions de passages des établissements lors des conseils de fin d’année, sont soumises à l’autorité de l’académie qui parfois corrige et fait passer des élèves qui n’ont pas le niveau. Ceux qui sont en terminal, ce sont 50 % qui ne le méritent pas ».  Et Mbaye Thiam d’enfoncer le clou : « Vous prenez un professeur qui fait 20 heures de cours au lycée et qui est à 20 h dans une école privée, ce n’est pas possible qu’il enseigne correctement ».  
 

Négligence du ministère de l’Education nationale
« On a toujours indexé les grèves des enseignants mais je pense que cette année, l’opinion est d’accord avec nous que nous avons pris sur nous la responsabilité de rester dans les classes pour faire correctement les enseignements », telle est la réaction du SAEMS-CUSEMS concernant les grèves. Le coordonnateur Mamadou Lamine Dianté pense certes que « les grèves des années passées peuvent se répercuter sur ces résultats » mais « toujours est-il qu’en cas de grève, la responsabilité n’est pas imputable aux enseignants » car les « conditions d’apprentissage des élèves » n’étaient pas réunies, dénonce-t-il. Ce, avant de lancer que « c’est la responsabilité entière du ministère de l’Education nationale parce que sur l’épreuve de philosophie, la tutelle a été alertée depuis le début de l’année, les autorités ont tergiversé, résultat, les professeurs de philosophie sont allés en grève, ils ont été négligés, et voilà, le résultat ».


Tous les acteurs sont responsables
Le ministère de l’Education après ce constat général à savoir « si on fait le total des résultats, c’est l’hécatombe », préfère situer les responsabilités. « Maintenant pour aller tout droit vers les analyses qu’il faut faire, il y a plusieurs acteurs autour du système et qui sont tous responsables, chacun à un niveau différent », déclare Massamba Thiam.  Le porte-parole national des parents d’élèves et étudiants du Sénégal, Momar Cissé lui, n’en revient toujours pas : « C’est plus que catastrophique, je vois ces résultats avec des yeux d’amertume, de regrets ». Même si selon lui, ils ne sont pas du tout « surprenants » parce que « les années précédentes, l’école était perturbée par les séries de grève, s’y ajoute le fait cette année, durant plusieurs mois, plusieurs établissements n’ont pas eu de professeurs de philosophie, de mathématiques,…, ça impacte négativement ».


Attention au second tour
Après avoir situé les responsabilités, l’ancien formateur à l’Ecole Nationale Supérieure de sonner l’alerte en ces termes : « Ce que je crains, au regard des résultats très mauvais du premier tour, qu’on s’oriente vers une situation qui va faire que le second tour soit à 100%. Ce ne serait pas une traduction correcte d’un jugement de valeurs des copies ». Prévient-il, « il faut faire attention, particulièrement sur cette situation ». Au moment où les élèves eux, accusent les professeurs de les avoir bourrés avec des polycopies car ne parvenant pas à terminer le programme. 


Mercredi 16 Juillet 2014 - 16:41



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