Bangui renoue avec la violence alors que monte le sentiment antifrançais



Le calme durait depuis presque trois mois. Et puis Bangui, la capitale de la Centrafrique, a replongé dans les violences. Vendredi, plusieurs milliers de personnes manifestaient à quelques centaines de mètres du centre-ville, hurlant des slogans hostiles à la présidente, Catherine Samba-Panza. Près de l'aéroport, d'autres groupes protestaient, armes à la main, contre les soldats burundais de la force africaine de maintien de la paix (Misca). Au moins deux insurgés ont été tués et trois autres blessés dans ces heurts.
La nuit de jeudi à vendredi avait été agitée, secouée par des coups de feu dans les quartiers, et même, chose rare, aux abords du palais présidentiel. Depuis deux jours, la plupart des grandes artères de la ville sont coupées par des groupes d'Anti-Balaka, une milice chrétienne, mélangés à des habitants en colère et surexcités, accusant les «musulmans» de semer la panique. Comme aux pires heures du mois de décembre, la capitale attend, anxieuse et presque déserte, sauf quand des colonnes de civils s'en vont chercher refuge dans les camps. «On constate l'arrivée de milliers de personnes qui quittent les zones touchées par cette nouvelle crise. C'est un mouvement que l'on n'avait pas vu depuis des semaines», déplore un employé de Médecins sans frontières.
L'attaque d'une église, mercredi en fin d'après-midi, a lancé cette nouvelle vague de haines. Selon des témoins, des hommes armés se sont abattus sur l'église de Notre-Dame de Fatima, faisant une quinzaine de morts, dont le père Paul Emile Nzalé, un prêtre de la paroisse, et des dizaines et blessés. L'identité des tueurs restait vendredi inconnue, mais beaucoup soupçonnaient des extrémistes musulmans désireux de répondre au lynchage de trois des leurs, il y a une semaine.
Ce cycle de vengeance et de contre-vengeance plombe toutes les possibilités de réconciliation et par là même de paix. Pour tenter de reprendre la main, Catherine Samba-Panza a, pour une fois, réagi. Dans un discours à la radio, elle a qualifié d'«acte terroriste» l'attaque de l'église et demandé aux manifestants de «lever les barricades». Un appel au calme qui trahi une certaine inquiétude. Car loin d'un élan incontrôlé, le raid contre Notre-Dame de Fatima fait montre d'une organisation de la part de certains musulmans. Les manifestions de vendredi, qui regroupaient des chrétiens étaient elles aussi préparées. «Il n'y a rien de spontané là-dedans», affirme un diplomate. «Des extrémistes des deux camps sont à l'œuvre pour saper les timides retours à la normale. Cela marche et c'est inquiétant», glisse un homme politique centrafricain.
Les jusqu'au-boutistes profitent des difficultés du gouvernement centrafricain qui peine à s'imposer. Faute de crédit, tant financier que politique, les autorités ont du mal à relancer les activités économiques, ou les négociations avec les miliciens de la Séléka. «Cela tarde or tout monde sait que la seule solution au conflit est politique et non militaire», s'agace un responsable français. Un remaniement ministériel annoncé depuis des semaines pour relancer le processus se fait toujours attendre. Un temps perdu qui plonge Paris dans une situation délicate. Plus le temps passe plus les forces internationales, françaises et africaines, se voient accuser de parti pris par les deux camps. Les manifestations des derniers jours ont ainsi pris un tour antifrançais très net, jamais atteint jusqu'alors en Centrafrique.
En réponse, martiaux, les commandements français de «Sangaris » et de la Misca ont annoncé que les troupes «réagiront avec la plus grande détermination à toute prise à partie» de leurs soldats. «La situation est extrêmement tendue et le risque de nouvelles tueries est élevé si on ne fait pas attention», souligne une source française.

lefigaro.fr

Samedi 31 Mai 2014 - 13:28



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