Bara Sady décharge Karim Wade et assume son refus si «Karim avait donné d’ordre... »



Dans sa déposition faite devant les juges de la commission d’instruction de la cour de répression de l’enrichissement illicite (Ci-Crei), Bara Sady a déchargé́ Karim Wade de toutes les accusations proférées contre lui. 
Et mieux encore, l’ancien directeur général du Port Autonome de Dakar (PAD) a indiqué que si Karim Wade lui avait donné un ordre dans le cadre du marché du terminal à containers du port il aurait refusé. Revenant sur la procédure au terme de laquelle le terminal à containers du port a été concédé́ à DPW-Dakar, Bara Sady explique : «en 2002, Youssouf Sakho, ministre de tutelle du port, avait adressé une correspondance pour informer les bailleurs de fonds que le gouvernement du Sénégal avait décidé de la concession d’un terminal à containers. 
Quand j’ai reçu cette lettre et, comme j’avais remarqué que déjà les ports de la sous-région, notamment celui d’Abidjan avait commencé à concéder leur terminal à containers et sachant que les revenus essentiels tirés de la manutention étaient conséquents et que le port ne percevait que 700 millions de F Cfa des revenus de cette activité, je me suis dit que c’est le moment pour nous de faire un saut, comme l’avaient fait certains ports africains, et de ne plus se satisfaire de ces 700 millions F Cfa. J’ai alors commencé à dégager une ‘’Vision port 2010’’ en prévoyant qu’en 2010 le port de Dakar va être la plateforme logistique de référence en Afrique. Pour cela, il fallait faire des investissements. L’Etat du Sénégal avait peut-être les moyens mais avait d’autres préoccupations. Le port lui-même n’avait pas de moyens. Quand j’ai pris le port, le déficit global était de 2,7 milliards de francs Cfa. Nous avons pris des réformes et, dès 2002, on a eu un bénéfice de 1,9 milliards F Cfa, mais cela ne permettait pas de financer les investissements et de faire du port une plateforme de référence en 2010. Nous avons lancé un emprunt obligataire de 30 milliards F Cfa pour faire les investissements et attirer les investisseurs intéressés par la concession du terminal à conteneurs». 
Étayant son propos, l’ancien directeur général du port de dire : «l’idée était que les opérateurs pourraient être intéressés à offrir un ticket d’entrée très intéressant parce que la plateforme à laquelle ces investissements étaient destinés me paraissaient très petite pour accueillir d’éventuels opérateurs. Je précise, qu’à l’époque, l’emprunt obligataire était le plus gros lancé par une institution de l’Uemoa. Il avait été combattu farouchement par les bailleurs de fonds traditionnels, à savoir la Banque Mondiale et l’agence française de développement. Nous avons lancé le processus de concession. Dans un premier temps, nous avions confié le processus de sélection à un cabinet international. j’avais même fait un projet de manifestation d’intérêt destiné à ce cabinet. A la dernière minute, on a attiré mon attention sur le fait que ce cabinet pouvait vendre le dossier à des opérateurs internationaux très puissants à mon insu. J’ai donc constitué une équipe de quatre personnes composée de Messieurs Mouhamed Soumaré, DAF du PAD, Oumar Diagne Thiam, juriste et SG du PAD, d’un exploitant commercial, d’Amadou Ndiaye, d’un ingénieur, d’Abdoulaye Gningue, chef de la cellule des études et prospectives du PAD». 
Puis, Bara Sady d’ajouter : «je les ai choisis par rapport à leur formation de base. ils ont tous fait le cours supérieur en gestion et le cours en formation et concession portuaires. J’ai voulu faire une équipe restreinte en dégageant le directeur de l’exploitation, le directeur des infrastructures. Et, je précise que les personnes, qui ont été retenues, ont eu l’avantage d’exercer ces fonctions techniques. Je leur ai demandé de faire le tour du monde pour voir ce qui se faisait de mieux dans les autres concessions et en étudiant les conventions qu’ils pouvaient avoir. Alors, nous avons dégagé ensemble une procédure. Il s’agissait de faire d’abord une manifestation d’intérêt international publiée ainsi dans les journaux internationaux et destinée à tous les opérateurs, de recueillir leurs offres et à partir de là de les analyser et de sélectionner les candidats les plus aptes à concourir. Nous avons retenu quatre candidats qui ont répondu. il s’agit des groupements Msc-Getma ; Bolloré-Cma Cgm ; Ap-Mol- leur terminal et de la société DPW». 

«Djibo Kâ, Souleymane Ndéné et le recours de Bolloré» 

Ensuite, «nous leur avons distribué le dossier d’appel d’offres qui comprenait un cahier de charge, un projet de convention, la manière dont la procédure allait se dérouler et les spécifications techniques. Nous leur avons fait une visite des lieux. Nous leur avons demandé de revenir nous voir pour une séance explicative. a l’issue de cette séance qui s’est tenue, nous leur avons dit qu’une salle de consultation documentaire serait ouverte avec toute la documentation en la matière. Pendant la durée de la procédure, chaque soumissionnaire pourrait poser par écrit des questions et nous allions lui fournir une réponse et répercuter la même réponse aux trois autres soumissionnaires sans indiquer qui avait posé la question», explique Bara sady. 
A l’échéance, «ils ont déposé leurs offres en présence de l’ensemble des soumissionnaires qui ont déchargé. J’ai demandé à l’équipe de se mettre au travail et de faire un dépouillement des offres qui comprenait un volet technique et un volet financier. Et, il fallait avoir un minimum de points pour accéder à l’évaluation financière. Le groupement Bolloré-Cma Cgm n’a pas réuni le nombre de points nécessaires à l’évaluation technique et a été disqualifié. Nous avons donc retenu les 3 autres pour l’évaluation financière. De l’évaluation finale, est sortie DPW, suivie de Abm Terminal et de Msc-Getma. Le groupe Bolloré a fait trois recours devant Djibo Kâ, ministre des affaires maritimes de l’époque et un autre recours auprès de Souleymane Ndéné Ndiaye qui a remplacé Djibo Kâ», d’après Bara Sady. 
Selon lui, «tous ces recours ont été rejetés. Après ces recours, je me suis présenté au conseil d’administration pour dérouler toute la procédure, expliciter l’ensemble des offres retenues. le conseil a voté à l’unanimité une résolution pour m’autoriser à engager des discussions avec le candidat arrivé premier, à signer avec lui en cas d’accord, à rentrer dans la société d’exploitation qui allait être créée et éventuellement à passer au second candidat arrivé deuxième si je ne m’entendais pas avec Dubaï Port, classé premier. Je dispose également du procès-verbal du conseil d’administration que je mettrai à votre disposition. Je précise que dans ce conseil d’administration siègent des opérateurs privés qui sont employés des candidats soumissionnaires recalés. ils ont voté la résolution et se sont félicités du déroulement de la procédure. c’est suite aux négociations que nous avons signé, en présence du premier Ministre, Adjibou Soumaré et du ministre des affaires maritimes de l’époque, Souleymane Ndéné Ndiaye, la convention de concession et le cahier des charges ». 

«Si Karim Wade... » 

Quid de la prime de 100 millions de F Cfa versée aux membres de la commission des marchés ? «j’ai été autorisé par le conseil d’administration à payer des primes pour les membres de la commission par une résolution que je produirai, mais c’est moi qui ai fixé le montant de la prime à 25 millions de F cfa pour chaque membre et payée sur les ressources propres du PAD. Je n’ai pas bénéficié de la prime payée aux membres de la commission. C’est en considération du travail énorme que les membres de la commission ont abattu et la somme de privations qu’ils se sont imposées, et en considération des montants importants des offres financières, des ressources générées par la concession mais aussi, à la résistance aux différentes formes de pressions (tentative de corruption), que j’ai fixé le montant des primes à 25 millions de F Cfa », jure Bara Sady. 
Interpellé par les juges sur l’implication présumée de Karim Wade dans la procédure de passation, l’ancien directeur général du PAD rejette en bloc : «Karim Meïssa Wade n’est jamais intervenu dans le processus de concession du terminal à conteneurs. Mieux, s’il m’avait demandé de traiter la question d’une façon ou d’une autre, j’aurais refusé», affirme t-il. Les magistrats lui expliquent qu’il ressort de différentes pièces de la procédure, notamment de mails, que Karim Wade est intervenu directement dans le processus ayant abouti à la concession du terminal à conteneurs du pad. Bara Sady persiste et signe : «non ! je ne suis pas au courant d’une quelconque intervention de Karim Wade dans le processus et j’ignore ses relations avec les gens de DPW. Je ne sais pas, non plus, si c’est lui qui a fait venir à Dakar DPW. Ce que je cherchais, c’est un opérateur de rang mondial et DPW était le troisième opérateur mondial ». 

Appui médical de Dpw ? 

Les magistrats reviennent à la charge et font comprendre à Bara Sady qu’il ressort d’un échange de courriels entre les responsables de DPW qu’il aurait sollicité l’aide de la société pour faire face à des frais médicaux en France. L’ancien directeur général du port nie encore : «après mon départ du PAD, j’ai eu un AVC et j’ai été hospitalisé à la clinique du cap à Dakar et, à cette occasion, Guido Heremans, dg de DPW Dakar, est venu me rendre visite. A ma sortie d’hôpital, je suis allé, un jour, le voir à son bureau. Et, lors de nos discussions, je lui ai fait savoir que j’avais un projet de me rendre en France pour y suivre un traitement mais que cela tardait à se réaliser à cause du fait que je n’avais pas encore bouclé le budget nécessaire et que mon assurance tardait aussi à réagir. Toutefois, je n’ai fait aucune sollicitation à Guido Heremans et la discussion sur cette question s’en est arrêtée là. Je déclare sur l’honneur que je n’ai jamais reçu un franc de DPW, ni même de DP World Fze, mis à part les perdiems liés à mes activités au conseil d’administration». 

"Libération"

Ibrahima Khalil

Mardi 14 Octobre 2014 - 13:42




1.Posté par Leuk le 14/10/2014 18:27
On ne peut être plus clair et précis

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