Barack Hussein Obama au Sénégal : Une estime que nous devons d'abord au geste simple d'un modou-modou.



Barack Hussein Obama au Sénégal : Une estime que nous devons d'abord au geste simple d'un modou-modou.
Sans reléguer en arrière plan, encore moins les occulter, les critères, exigences et impératifs de La Realpolitik qui régissent les relations internationales et qui, par conséquent, justifient, à bien des égards, le séjour prochain du président américain Barack Hussein Obama au Sénégal, c'est plutôt au geste simple d'un „ modou-modou „ que nous devons d'abord l'estime que l'homme le plus puissant de la planète éprouve pour notre pays. Histoire qu'il rappellera d'ailleurs dans son livre : „ Dreams from My Father. A Story of Race and Inheritance „ et dont je recommande fortement la lecture, surtout à nos politiques et consorts, afin de saisir, dans toute leur dimension, ces qualités et défauts qui mettent en exergue ce côté profondément humain qu'on ne saurait lui soupconner et qui, forcément, s'ajoute à cette grandeur et à cette fascination naturelles qu'il exerce partout où il passe.
 
Cela remonte, en fait, à quelques années. Juste avant qu'il n'entame ses études de droit à Harvard. Lors d'un voyage de trois semaines qui, pour décompresser de ce travail social, on ne peut plus, exténuant qu'il abattait, de par son profond engagement, dans les coins et recoins les plus sinistres de Chicago, l'avait conduit à faire, sac au dos – comme le font d'ailleurs souvent les étudiants américains en quête d'un savoir pratique - un tour d'Europe qui, après plusieurs pays, l'amènera ainsi quelque part en Espagne.
 
Dans un endroit quelque peu perdu, entre Madrid et Barcelone où il devait attendre le bus de nuit en se payant, pour tuer le temps, une partie de billard, dans une sombre taverne où, entre quelques vieillards penchés sur leurs petits verres de vin et leurs souvenirs muets, il était le seul Noir. Ce qui, insidieusement, de par le sentiment étrange qu'il éprouva, lui rappellera son grand-père paternel Gramps lequel, alors qu'il allait sur ses douze ans, l'amenait parfois en cachette, dans les bars sordides des bas-fonds de Honolulu où, seul Blanc mais sans gêne aucune, il l'initiera justement au jeu de billard, entre prostituées et proxénètes.
 
Et c'est là que le retrouvera, alors qu'il s'oubliait dans ces idées, un autre Noir, légèrement habillé qui, instinctivement, l'invitera à prendre un café et engagera, dans un espagnol encore plus chagriné que le sien, une conversation soutenue par plus de gestes que de mots. Et ce frère de circonstance qu'il découvrait était un Sénégalais. Un saisonnier qui gagnait sa vie dans les plantations de la contrée et qui, le temps aidant, lui confiera finalement dans un souffle d'intimité, son plus grand rêve qui était de faire venir, quand il se sera fait suffisamment d'argent, son épouse dont il brandissait fièrement la photo écornée. Un frère de fortune avec lequel, il prendra ensuite le bus vers Barcelone. Et qui, à leur arrivée au petit matin, lui passera, sous un palmier, une brosse à dents, un peigne et une bouteille remplie d'une eau - safara - avec laquelle il lui montrera les rites superstitieux d'une petite toilette censés protéger avant de rejoindre le centre d'une ville.
 
Et ils se sépareront réconfortés, en se regardant longuement arpenter, chacun de son côté, le chemin de leurs destins respectifs. L'un vers La Maison Blanche. L'autre, récoltant sans doute encore dans des champs et plantations des entours, les chimères qu'étaient forcément devenus ses rêves d'antan, dans une Espagne désormais repliée sur elle-même, à l'image des autres pays du Vieux Continent qui, pourtant, doivent tant et encore à L'Afrique.
 
Puis le jeune Américain oubliera le nom de ce compagnon de quelques heures lequel, cependant, retiendra forcément le sien. Avec, à ne pas en douter, un certain étonnement. Puisque c'était un „ Barry „ Ce surnom qu'il avait hérité, tout comme son nom, du père et qui, peut-être, n'est que le cousin des „Sall, Kane, Diallo et Bâ „ Cette forte et fière éthnie du Sénégal dont d'ailleurs ma mère est issue et dont je regrette sincèrement encore de ne pas parler la langue, à cause de l'insidieuse dictature du Wolof que je ne déteste pas cependant. Bien au contraire. Mais, c'est là, une autre histoire qui ne m'empêche pas de revenir à celle, on ne peut plus, belle que je vous contais et qui, vous en conviendrez facilement avec moi, aurait pu prendre une autre tournure. Du fait de cette sulfureuse réputation, fort justifiée par égards et pas du tout envieuse, que bien des Sénégalais se sont faite, entre temps, à l'étranger. Et qui, quoique de par la force des choses, ne saurait nullement être excusable.
 
Heureux donc que ne soyons pas tous à ce niveau, malgré la dureté de la vie. Ainsi de ce bon „ modou-modou „ rencontré une nuit en Espagne et qui sut être l'un de nos meilleurs ambassadeurs avec un naturel si déconcertant que l'image restera à jamais incrustée dans la tête de l'homme que le hasard – ce nom inconnu de Dieu – avait placé ce jour-là sur son chemin.
 
Et pour cause, même s'il n'a plus en mémoire son nom, il n'oubliera pas cet instant magique, fait de bonté et d'un geste simpleque lui procurera sa rencontre d'alors et que soubase cette valeur, des plus enracinées au Sénégal qu'est La Téranga. Ce sens inné de l'accueil de l'étranger. Fut-il à l'étranger. Et, en attendant, ( - ce qu'en toute sincérité, nous leur souhaitons ardemment - que ce même hasard, on ne sait par trop comment, renoue un jour, quoique le monde qui les sépare maintenant, leurs destins ) il s'en souviendra, comme dans le confort d'un refuge, agacé qu'il était alors par la lecture d'un livre complètement biaisé sur L'Afrique, dans l'avion qui l'amenait pour la première fois au Kenya. Où il fera ainsi la connaissance de ses frères, soeurs, cousins, cousines, oncles, tantes grand-mère et bien d'autres parents de sa nombreuse famille africaine. Cette autre lignée. Mais où, surtout, après avoir découvert la véritable personnalité d'un père à qui il en voulait encore, avec raison, pour ne l'avoir vu furtivement qu'au Noel de ses dix ans, après l'avoir abandonné alors qu'il n'en avait que deux, il se reconcilera avec lui dans un élan sublime de pardon et de générosité, de par cette poignée de sable rouge et sec qu'il recueillera de sa tombe solitaire. Et quelle grâce, Seigneur! Encore qu'il lui ressemblait beaucoup. Au caractère tout comme au physique.
 
Au fond, c'est qu'il fait partie de ces rares hommes dont le nom correspond bien au destin. En ce sens qu'il s'appelle Barack qui, chez nous, signifie la „ baraka „. Ce qui, sans oser la moindre comparaison, n'est pas sans rappeler celui de ce saint homme qu'est Abdoul Aziz Sy Debaax et qu'on appelle communément Dabaax car ( da fa baax ).Un nom que lui vaudrait, selon notre souveraine ignorance, sa bonté légendaire. A cet homme que nous vénérons tous du fond de l'âme et qui n'avait de cesse d'appeler à apaiser les coeurs dans un Sénégal que nous partagerons et que, tous, nous devons mener de l'avant. Et loin.
 
Et si La Maison Blanche est l'aboutissement de la baraka de Barry, elle ne saurait cacher le chemin qui l'y conduira. Fait d'abnégation, de révolte contre le racisme et l'injustice, de lutte contre les dérives et tentations d'un jeune homme qui se cherchait, de sacrifices et de vérité. Et qui prendra sa source dans les valeurs que lui donneront surtout les femmes qui ont été à son côté et que je ne saurais citer toutes.
 
Mais, au-delà des rencontres, à Hawaii, en Indonésie, sur le chemin de l'école, dans les campus universitaires et les coins et recoins de Chicago, Los Angeles, New York et d'ailleurs, il y a, je crois, Maya, cette petite demi-soeur maternelle, tout comme Auma, cette autre, du côté du père qui contribuera de beaucoup à son intégration africaine, jusqu'au chevet de cette grand-mère qu'est Granny, grande royale majestueuse dans son silence et dont il viendra solliciter symboliquement, la bénédiction, avant de s'unir à une autre grande dame qui l'accompagnait. Michelle.
 
Épouse merveilleuse et admirable qui traversera avec lui les hauts et les bas de la vie et qui, quoique sa stature, n'aura de cesse, par exemple, de lui rappeler de remettre, après le petit déjeuner, le beurre dans le réfrigérateur. Et leur fille aînée Malia qui, à peine née, continuera ensuite la lecon en lui apprenant, alors qu'il saluait Sam, une amie de jeu du même âge, qu'il ne sait rien de nos temps, parce qu'on ne tend pas, au 21 ème siècle, la main à une jeune fille. Et qu'il faut se limiter à dire simplement „ Hey „ Avant d'en venir au prochain chapitre, face à sa petite soeur Sasha qui rechignait parce qu'il venait juste de l'habiller, du fait que Papa ne savait pas qu'on ne combine pas le bleu et le rose.
 
Mais c'est surtout à sa jeune mère Ann qu'il devra ces valeurs les plus ancrées que sont la prise de conscience, le sens de responsablité, et le goût de la vérité. Et, à la mère de cette dernière. Sa grand-mère Toots qui l'accompagnera jusqu'au bout pour s'atteindre paisiblement presqu'à la veille de sa victoire à l'élection présidentielle.
 
Ce sont ces femmes qui, chacune à sa manière, l'aideront à forger sa personnalité et ses croyances. A dépasser le racisme d'une Amérique où le paysage social, sans nuance aucune, est en noir et blanc. A chercher et retrouver, dans toute sa dimension, l'être humain. L'être profond. Au-delà de son avoir, son savoir, son apparence, et son appartenance à quelque groupe que ce soit. A quelque classe que ce soit. A n'avoir que le respect de l'homme, dans toute sa dignité. Tout en submergeant son coeur d'un immense amour pour son pays. Tout comme le mien pour le mien où je vous souhaite un excellent séjour.
 
Welcome Mr. President.
Hey Barry! Senegal is also your country.
 
Abdel Aziz Mayoro Diop
Journaliste-Écrivain-Compositeur
Allemagne fédérale.
 

Abdel Aziz Mayoro Diop

Mercredi 26 Juin 2013 - 16:23



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