Burkina Faso-Côte d’Ivoire: la nécessaire réconciliation

L'heure est à la réconciliation entre le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire. Les tensions nées de la chute du régime Compaoré sont oubliées, les gouvernements des deux pays se retrouvent ce jeudi avant les deux présidents ce soir et demain. La Côte d'Ivoire et le Burkina Faso tiennent à montrer que la page est définitivement tournée.




Les deux pays se retrouvent en vertu du traité d'amitié qui les lie depuis 2008. En principe, cette rencontre a lieu tous les ans, mais le rendez-vous de l'année dernière avait été annulé. C'est le premier sommet depuis que Blaise Compaoré a quitté le pouvoir au Burkina Faso.

Blaise Compaoré était un proche d'Alassane Ouattara. Sa chute a effectivement entraîné un froid dans les relations entre les deux pays. Surtout après la tentative de coup d'Etat de septembre 2015, menée par d'anciens membres de la garde rapprochée de Blaise Compaoré contre les autorités de transition au Burkina Faso. Des autorités qui avaient ensuite lancé un mandat d'arrêt contre le président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire, Guillaume Soro, soupçonné d'avoir été impliqué dans ce coup d'Etat raté.

Les tensions ont duré des mois, mais finalement ce mandat a été levé. Et il y a quinze jours, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Alpha Barry, s'en félicitait lors d'une visite à Abidjan : « Cette levée permet de rétablir la confiance tant prônée par les deux chefs d'Etat entre les deux pays. On ne va pas cacher les choses, il y a eu des moments difficiles entre nos deux pays ces derniers temps ».

Mais ces moments difficiles sont oubliés. Le ministre ivoirien des Affaires étrangères l'a confirmé à Ouagadougou il y a quelques jours. Albert Mabri Toikeusse était venu assister à la réouverture de l'ambassade, fermée depuis plus d'un an : « Nos deux pays sont très proches, les autorités s'apprécient. Les peuples se connaissent, c'est en réalité le même peuple ».

D’importants enjeux communs

Un même peuple, des pays très proches. Pourtant, l'affaire des mandats d'arrêt et l'exil de Blaise Compaoré en Côte d'Ivoire ont gâché les relations. La nationalité accordée par Alassane Ouattara, encore plus. Maintenant qu'il est citoyen ivoirien, Blaise Compaoré a très peu de risques d'être extradé dans son pays pour y être jugé.

Malgré ces tensions, les enjeux communs sont plus forts. Près de trois millions de Burkinabè sont installés en Côte d'Ivoire. En 2014, les échanges commerciaux entre les deux pays atteignaient 290 milliards de francs CFA, c'est-à-dire plus de 440 millions d'euros. Le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire sont obligés de s'entendre, mais la relation n'est pas tout à fait équilibrée comme l'explique Sampala Fati Michelle Balima. Elle est chercheuse à Science Po Bordeaux, au centre « Les Afriques dans le monde ».

« Le Burkina Faso est un pays enclavé donc qui dépend assez grandement du port autonome d'Abidjan. Le Burkina Faso est quand même au cœur de l'Afrique de l'Ouest, qui est une plaque tournante au niveau des voies de transports que la Côte d'Ivoire emprunte assez régulièrement et d'une manière très importante. Il est sûr qu'entre ces deux pays, il y a une dépendance assez énorme de l'un et de l'autre, mais le Burkina est quand même un peu en défaveur par rapport à la Côte d'Ivoire ».

Fausse réconciliation ?

Alors, plusieurs spécialistes de la région précisent tout de même qu'il ne faut pas trop en faire sur ce réchauffement des relations. L'un d'entre eux parle même de fausse réconciliation, parce qu'il s'agit d'une fausse brouille. C'est également ce que pense la société civile au Burkina Faso.

Le rappeur Smockey, l'un des fondateurs du mouvement Balai citoyen, rappelle qu'il n'y a eu aucune tension entre les peuples. Simplement entre les dirigeants. Et il ajoute que les autorités burkinabè n'auraient pas dû céder sur la question des mandats d'arrêt : « Nous pensons que de toute façon, ces mandats d'arrêt devront tôt ou tard pouvoir être mis en pratique. Justice avant réconciliation, il ne peut pas y avoir de réconciliation sans justice. Ca me semble objectif et logique. Tout le monde veut la paix mais on ne peut pas se passer de justice non plus ».

Voilà le sentiment un peu amer de la société civile burkinabè, au moment où leur président affiche son entente parfaite avec le voisin ivoirien.

 

rfi

Jeudi 28 Juillet 2016 - 10:38



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