Burkina Faso: «Nous voulons la lumière sur l’affaire Norbert Zongo»

Au Burkina Faso, Norbert Zongo, journaliste burkinabè, a été assassiné le 13 décembre 1998 dans des circonstances troubles et jamais élucidées. Il enquêtait alors sur la mort du chauffeur de François Compaoré, le frère de l’ex chef-d’Etat, Blaise Compaoré. Robert Zongo est le frère cadet du journaliste Norbert Zongo. Il a accordé, ce mercredi 5 novembre, une interview exclusive à RFI. Il dit son sentiment une semaine après le soulèvement populaire du 30 octobre.



Au Burkina Faso, les noms de deux hommes mobilisent encore les foules (photo prise le 4 août 2010) : Norbert Zongo et Thomas Sankara. Tous deux assassinés dans des circonstances restées obscures.
Au Burkina Faso, les noms de deux hommes mobilisent encore les foules (photo prise le 4 août 2010) : Norbert Zongo et Thomas Sankara. Tous deux assassinés dans des circonstances restées obscures.

Robert Zongo : La manifestation avec le CFOP (coalition de l’opposition) s’est généralisée sur toute l’étendue du territoire. Nous nous sommes retrouvés ici, au Théâtre populaire, et nous avons déclenché la marche.

Avez-vous senti, ce jour là, qu’il se passait quelque chose d’important pour votre pays ?

Au plus profond de nous-mêmes, nous nous sommes dit que c’était le moment ; qu’il fallait foncer parce que ce monsieur (l’ex-président Blaise Compaoré), si vous le lâchiez un peu, ce serait difficile.

Il fallait maintenir la pression ?

Il fallait maintenir la pression parce que Blaise Compaoré est très rancunier et qu’il pardonne difficilement. Aussi, tout le monde s’y est mis. Cela n’a pas été facile, mais avec détermination, les gens ont quand même pu faire basculer ce régime-là. Vous savez, j’ai l’habitude de dire que la politique n’est pas pour les analphabètes. Voilà que nous avons une Constitution où il est écrit que le président n’est rééligible qu’une fois et ce monsieur (Blaise Compaoré) n’en fait qu’à sa tête. Il fallait donc accompagner le peuple qui s’est mobilisé pour le faire partir.

Vous avez un nom qui est célèbre pour des raisons qui ne sont pas forcément très heureuses. Vous êtes le frère de Norbert Zongo. C’est une affaire qui revient souvent, en ce moment, dans la bouche des gens pour dire « il faut que Blaise Compaoré s’explique sur Sankara, sur Norbert Zongo, sur un certain nombre d’affaires ». Quel est, actuellement, votre sentiment ?

Nous avons un sentiment de quelque chose de gagnée déjà. En effet, chaque année, chaque 13 décembre, nous étions obligés de manifester pour réclamer justice pour Norbert. Avec cet élan du 30 octobre, nous nous disons que les gens vont découvrir beaucoup de choses, surtout en ce qui concerne ce dossier-là.

Norbert écrivait sur l’assassinat du chauffeur de François Compaoré – David Ouédraogo – tout simplement parce qu’il y avait là un monsieur que l’on a tué, soit-disant, parce qu’il a pris de l’argent chez les Compaoré. Norbert s’était alors levé pour que la lumière soit faite sur la mort de David Ouédraogo. C’est alors qu’ils ont préféré le faire partir pour le faire taire. Pourtant, Norbert avait trouvé la solution pour ne plus écrire sur l’affaire David. En effet, il avait proposé, notamment aux envoyés de François Compaoré, que si ce dernier prenait en charge, ne serait-ce que la veuve et les enfants – cela ne coûtait rien à François de donner 50 000 ou 100 000 francs – il aurait arrêté d’écrire.

Les preuves ont-elles pu disparaître ?

Sûrement, peut-être, peut-être pas.

François Compaoré est en fuite ; Blaise Compaoré également. En tant que représentant de la famille, que souhaitez-vous ? Qu’il soit arrêté ? Qu’il soit traduit devant une Cour ? Qu’il y ait une enquête, un interrogatoire ?

Nous, nous voulons la lumière. Par exemple Norbert a encore sa mère. Elle veut savoir ce qui est arrivé à son fils. Donc, François, même si c’est dans un trou à rat, nous irons le chercher. Nous voulons savoir ce qui est arrivé et pouvoir faire notre deuil à nous. Il faut donc que tout cela s’arrête pour de bon pour que les gens puissent prendre l’envol et essayer de s’épanouir ; pour qu’un jour on puisse dire « plus jamais ça ». 


Rfi.fr

Jeudi 6 Novembre 2014 - 10:37



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