Burkina Faso: le premier Conseil des ministres de la transition

Le Burkina Faso a connu ce lundi 24 novembre son premier Conseil des ministres de la transition, après plusieurs jours « d'intenses tractations ». La nouvelle équipe gouvernementale a été annoncée dimanche 23 novembre : elle compte 26 membres, avec des militaires aux commandes de l'armée et de la police. À la sortie de ce premier Conseil des ministres, un mot d’ordre : « réformer ».



Michel Kafando, le président par intérim du Burkina Faso (g) et le lieutenant-colonel Isaac Zida (d.) de sont partagés respectivement les portefeuilles des Affaires étrangères et de la Défense. AFP/ Sia KAMBOU
Michel Kafando, le président par intérim du Burkina Faso (g) et le lieutenant-colonel Isaac Zida (d.) de sont partagés respectivement les portefeuilles des Affaires étrangères et de la Défense. AFP/ Sia KAMBOU

Une heure : c’est le temps qu’a duré ce premier Conseil des ministres du gouvernement de transition. Le Premier ministre Isaac Zida avait donné l’ordre du jour avant d'entrer en réunion : « C’est un conseil de prise de contact, nous allons présenter les dossiers que nous avons gérés pendant trois semaines avec les secrétaires généraux. »

Pour l’occasion tout le monde était là, les militaires avaient troqué leur treillis pour des costumes cravates. A la sortie, ils se sont prêtés à la traditionnelle photo de famille et aux déclarations à la presse. « Nous avons parlé des grandes orientations et des réformes en matière de justice », a ainsi déclaré Joséphine Ouédraogo, la nouvelle garde des Sceaux.

Passe-droits

Le Premier ministre Isaac Zida a été plus précis : « Le plus urgent, c’est de régler les dossiers pendants en justice. Nous allons revisiter tous ces dossiers parce que nous avons la conviction qu’il y a eu des attitudes visant à tordre le cou des lois. »

Le chef du gouvernement annonce d’ores et déjà les réformes dans les secteurs de la défense, de la justice et de l’économie. « Il y a eu tellement de passe-droits, il y a eu des attitudes qui ont mis certains Burkinabè au-dessus d’autres » a-t-il fait remarquer. Tous les Burkinabè n’étaient pas égaux devant la loi : Isaac Zida entend corriger cela.


 ■ La nomination d'Adama Sagnon à la Culture déplaît à nombre de Burkinabè

La nomination d’Adama Sagnon au ministère de la Culture provoque des remous autant dans la grande famille des artistes qu’au sein de la société civile et de la classe politique. Alors qu’il était procureur du Faso, Adama Sagnon avait prononcé le non-lieu dans l’affaire du journaliste Norbert Zongo, assassiné en 1998

Une cinquantaine de personnes ont manifesté leur colère en fin de matinée devant le ministère de la Culture. « Homme propre, il (Adama Sagnon) ne l’est pas, du fait de ses responsabilités dans le dossier Norbert Zongo », a dénoncé l'un des manifestants, Rasmane Zongo. « Nous luttons contre l'impunité. Tous ceux qui se sont compromis dans le dossier Norbert Zongo ne peuvent être acceptés dans ce gouvernement », a ajouté un autre manifestant.

À l’issue du premier Conseil des ministres, le principal intéressé a déclaré qu’il n’avait rien à se reprocher. « L’affaire Norbert Zongo, c’est vrai, je l’ai connue, comme bien d’autres. Je crois que ceux qui parlent de l’affaire Norbert Zongo ne connaissent pas eux-mêmes ce dossier, en réalité. Le dossier Norbert Zongo a été déclenché sous un autre procureur, M. Yaméogo, à l’époque des faits. Ensuite, il y a eu M. Traoré Malobaly. Moi, j’avais été le troisième procureur. Après moi, il y a eu trois autres procureurs », a déclaré l’ancien procureur et actuel ministre de la Culture, Adama Sagnon.

« Rien à me reprocher »

« Je n’ai rien à me reprocher quant à ce dossier. Tous ceux qui connaissent les rouages du droit pénal savent que le procureur ne décide pas. Il ne prend que les réquisitions. Les réclusions, c’est un avis, ce n’est pas une décision. Le dossier lui-même n’est pas prescrit. Pourquoi ne pas demander aux autres procureurs de rouvrir le dossier si vraiment ils pensent qu’il y a des raisons de l’ouvrir. Le dossier n’est pas prescrit ; il sera prescrit en 2016 », a ajouté le nouveau ministre de la Culture, Adama Sagnon.

Norbert Zongo avait été retrouvé carbonisé dans sa voiture, avec trois de ses compagnons, à quelques kilomètres de Ouagadougou. A l’époque, il enquêtait sur la mort de David Ouedraogo, chauffeur du frère cadet de l’ancien président Blaise Compaoré. Les personnes suspectées dans l’assassinat du journaliste en 1998 étaient toutes des militaires du régiment de sécurité présidentielle. Après plusieurs années d’instruction et de lutte, le dossier n’a jamais connu un aboutissement heureux pour les défenseurs des droits de l’homme.


Rfi.fr

Mardi 25 Novembre 2014 - 08:56



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