Burkina : Nacoulma, le patron des patrons

La gestion très décriée de la Chambre de commerce et d'industrie a conduit le gouvernement de transition à dissoudre ses instances. Et à placer provisoirement à sa tête un homme d'expérience.



Burkina : Nacoulma, le patron des patrons

C’est le genre de mission qui sied aux anciens. À 81 ans, le président du Conseil national du patronat burkinabè (CNPB) doit mettre sa double expérience de la diplomatie et des affaires au service du retour de la confiance entre les opérateurs économiques et les élus de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF), dont le mandat a été suspendu par le gouvernement de la transition.

Dirigé trois décennies durant, jusqu’à son décès en 2011, par Oumarou Kanazoé, emblématique fondateur de l’entreprise OK et véritable parrain du secteur privé burkinabè, l’organisme consulaire était depuis lors présidé par l a femme d’affaires Alizéta Ouédraogo, surnommée la « belle-mère nationale » par ses détracteurs, qui ne manquaient pas de rappeler régulièrement que son ascension fulgurante avait coïncidé avec le mariage de sa fille Salah avec François Compaoré,le frère cadet de Blaise, en 1994.

Au lendemain de l’insurrection qui a renversé le régime Compaoré, Alizéta Ouédraogo a quitté le pays pour le Bénin puis la France, et, sous la pression d’un collectif de professionnels qui décriait la gestion de la CCI-BF, le gouvernement de transition a prononcé, mi-décembre, la dissolution de son bureau et de son assemblée. Dans la foulée, il a appelé Birahima Nacoulma à la rescousse pour présider la délégation spéciale de cinq membres chargée de piloter provisoirement la CCI-BF, de réformer ses statuts et de la conduire vers de nouvelles élections.

Le patron des patrons burkinabè, qui a succédé à Oumarou Kanazoé à la tête du CNPB en 2011, a en effet tout de l’homme de la situation, de l’art de la négociation à celui des affaires. Né au Sénégal en 1934 et après des études au Niger, au Burkina, au Sénégal et en Suisse (où il obtient un certificat en diplomatie dans le cadre du programme Carnegie de l’Institut universitaire des hautes études internationales de l’université de Genève), Birahima Nacoulma, de retour à Ouagadougou, commence sa carrière en tant que fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères.

Il y passera dix-sept ans, depuis le poste de chef du courrier (et de la valise) diplomatique à celui de chef de service des Affaires africaines et malgaches. En 1969, il passe dans le privé et crée son entreprise, Nacoulma Transit. Depuis, outre les transports et la logistique, Birahima Nacoulma a fondé plusieurs sociétés actives dans l’import-export, le commerce, l’immobilier, les cosmétiques (Saimex, Sovis, Mavie), ainsi qu’un établissement privé d’enseignement secondaire, le lycée Dimdolobsom, à Ouaga.

« Sa désignation à la tête de la délégation spéciale de la CCI est un bon choix. Il est très imprégné des problèmes des milieux d’affaires et donc bien placé pour conduire la transition », commente Ousmane Tiemtoré, le secrétaire permanent du Groupement professionnel des industriels (GPI). Martin Sawadogo, le président du Collectif des professionnels de l’industrie, du commerce, des services et des organes de la société civile pour une CCI-BF assainie entre, lui, dans le vif du sujet. « Nous lui avons transmis nos préoccupations, parmi lesquelles nous demandons qu’il soit mis fin aux mauvaises pratiques et qu’un audit financier soit mené sur les dix dernières années de gestion », explique celui qui avait appelé fin novembre à la dissolution de la chambre, à laquelle il reprochait un manque de transparence en matière de gestion, de gouvernance et d’organisation des élections consulaires.

Face à ce profond malaise entre les milieux d’affaires burkinabè et la chambre, Birahima Nacoulma et sa délégation ont dû travailler à l’élaboration de nouveaux textes consensuels sur des questions aussi diverses que les prérogatives du président de la CCI, la durée de son mandat ou encore la répartition des sièges au sein des délégations régionales entre les différentes catégories et sous-catégories professionnelles. Jusqu’à présent, selon les statuts, cette répartition était proportionnelle au chiffre d’affaires réalisé par chacune des catégories. Une disposition qui n’était pas du goût du Collectif.

Des réunions de concertation ont été organisées, auxquelles ont participé plus de 25 associations et groupements professionnels, avec des représentants des 13 régions du pays, pour valider les nouveaux statuts selon un processus participatif. Mi-juin, le conseil des ministres a prorogé le mandat de la délégation jusqu’au 31 octobre de façon qu’elle puisse mener à bien la refondation de la CCI et se charger de l’organisation des élections consulaires (dont les dates n’ont pas encore été fixées), puis de l’installation de la nouvelle assemblée.


Dior Niang

Lundi 2 Novembre 2015 - 11:47



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