Burkina: Zéphirin Diabré annonce une solution de consensus

Le Burkina Faso semble se diriger vers une sortie de crise. Zéphirin Diabré, entouré de tous les membres de l’opposition, a tenu ce lundi soir une conférence de presse où il a parlé d'une solution de consensus. L'Union africaine a pour sa part donné un délai de 15 jours aux militaires pour restituer lepouvoir aux civils, sous peine de sanctions. Le déroulé de la journée.



Les heures sont données en temps universel (TU).

19h12 : C’est peut-être bien le bout du tunnel que l’on aperçoit au siège de l’opposition politique, nous indique notre envoyé spécial à Ouagadougou, Frédéric Garat. Le leader de l’opposition, Zéphirin Diabré, vient de déclarer que l’armée était entièrement disposée à se concerter avec les forces vives de la nation – les politiques, les religieux, les chefs coutumiers, les syndicats et autres associations – pour établir un schéma écrit devant conduire à un processus de transition démocratique conforme à la Constitution. En clair, un document pourrait être produit par des juristes, des constitutionnalistes, pour être ensuite soumis aux politiques et à la société civile pour validation de leur part. Aussitôt fait, on pourra revoir qui dirigera le pays jusqu’à des élections libres démocratiques au Burkina Faso, impérativement avant novembre 2015.

L’une des sources de notre envoyé spécial indique que des juristes planchent déjà sur un tel document qui pourrait être connu jeudi, date à laquelle doit se tenir un sommet de la Cédéao à Accra sur la crise au Burkina Faso. Le Burkina pourrait alors produire devant la communauté ouest-africaine les fruits de son travail.

Reste ensuite la question épineuse de la direction transitoire du pays. Toujours de bonne source, on nous indique qu’il pourrait y avoir un président de la transition issu de la société civile – on sait que c’est un point crucial. L’armée et à ses représentants pourraient quant à eux se voir confier une sorte de « super ministère » en charge des questions de sécurité et de défense. Une sorte de direction bicéphale où personne ne serait lésé ; ni la société civile qui a renversé Blaise Compaoré jeudi dernier, ni l’armée qui a permis d’assurer une certaine stabilité du pays pendant ces cinq jours historiques pour le Faso.

18h20 : Paris « suit avec la plus grande attention la situation au Burkina Faso », s'est borné à déclarer lundi le ministère français des Affaires étrangères, interrogé par l’Agence France-Presse sur la prise de pouvoir ce week-end par le lieutenant-colonel Isaac Zida. Contrairement à Washington, autre allié privilégié du Burkina qui a réclamé ce week-end un retour du pouvoir aux civils, Paris, qui avait salué vendredi le départ sous la pression de la rue du président déchu, est resté silencieux.

« On veut une solution satisfaisante pour les Burkinabés qui réclament un accord avec l'opposition, le rétablissement de la Constitution et un processus conduisant à des élections démocratiques », souligne une source française, estimant qu' « il ne faut pas désespérer de l'évolution de la situation ». Conformément à sa volonté officielle de privilégier des « solutions africaines », Paris a souhaité en outre laisser d'abord s'exprimer l'Union africaine (UA), qui a donné lundi deux semaines au Burkina pour un retour à un pouvoir civil.

17h45 : Simeon Oyono Esono, le chef du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine et ambassadeur de Guinée Équatoriale auprès de la Cédéao qui avait annoncé plus tôt dans l’après-midi que l'Union africaine donnait aux militaires burkinabè 15 jours pour restituer le pouvoir aux civils, faute de quoi elle imposerait des sanctions a ajouté que l'Union africaine était « persuadée que le changement était allé à l'encontre de la démocratie ». « Cependant, a-t-il poursuivi, nous savons que c'est la pression populaire qui a mené à la démission du président. Les forces armées ont profité de ces circonstances pour accéder au pouvoir mais le peuple est à l'origine ».

« Ayant pris note de l'origine populaire de la révolte qui a abouti à une prise de pouvoir par les militaires, nous avons décidé d'un délai de deux semaines, période à l'issue de laquelle nous imposerons des sanctions » a-t-il précisé. A l'issue du délai de deux semaines décrété par l'UA, cette dernière dépêchera un envoyé spécial dans le pays et se réunira à nouveau afin d'examiner la situation et décider des mesures à prendre.

17h00 : Les entreprises françaises implantées au Burkina Faso ont commencé à prendre des mesures de précaution pour leurs personnels et leurs installations, même si le risque matériel et l'enjeu économique restent réduits. De l'avis d'un spécialiste de la sécurité des expatriés, le risque est très limité au Burkina Faso. « Pour l'instant, il n'y a pas de demande de départ, les gens attendent que la situation se stabilise », témoigne Bernard Jacquemart, directeur de l'information de la société Scutum Security First, qui conseille plusieurs entreprises françaises présentes au Burkina Faso et qui a été interrogé lundi par l’Agence France-Presse.

À Paris, le ministère des Affaires étrangères, qui ne s'est pas encore officiellement exprimé sur la situation, indique que plus de 3 500 ressortissants y sont inscrits au registre des Français vivant hors de France. Comme de rigueur dans ces circonstances, une cellule téléphonique a été établie par l'ambassade depuis le début de la crise et des messages ont été diffusés par SMS ou par courriel via le logiciel Ariane.

« Le principal message est de leur dire de rester chez eux », souligne le Quai d'Orsay, qui dément formellement les rumeurs d'évacuation ayant circulé ces derniers jours. Le ministère a dénombré 62 entreprises implantées au Burkina Faso mais ne communique pas de liste exhaustive. Selon le ministère des Affaires étrangères, le Burkina Faso était en 2013 le 85ème client de la France dans le monde, avec près de 332 millions d'euros d'exportations, loin derrière le Sénégal (plus de 700 millions d'euros) et la Côte d'Ivoire (plus d'un milliard d'euros).

16h50 : L'Union africaine donne aux militaires burkinabè 15 jours pour restituer le pouvoir aux civils, faute de quoi elle imposera des sanctions. « Nous demandons aux forces armées de transférer le pouvoir auxs autorités civiles, et le conseil a décidé que ce transfert devrait s'opérer dans une période de deux semaines », a déclaré Simeon Oyono Esono, chef du conseil de Paix et de sécurité de l'UA.

16h30 : Dans la sous-région ouest-africaine, la plupart des autorités sont restées jusqu’ici très silencieuses après la chute de Blaise Compaoré. Mais derrière ce silence officiel, les partis politiques majoritaires ne cachent pas leur sentiment. À Bamako par exemple, au Rassemblement pour le Mali (RPM) du président Ibrahim Boubacar Keita, on ne cache pas sa satisfaction après la chute d'un président Compaoré qui est resté 27 ans au pouvoir. Voici la récation du professeur Boul Kassoum Haïdara, porte parole du RMP et président de la coalition de la majorité présidentielle, joint au téléphone par Christine Muratet, de RFI.

« Nous avons apprécié le geste héroïque du peuple burkinabè qui s’est élevé contre une dictature de plus de 27 ans et je crois que l’exemple doit faire tache d’huile dans certains de nos pays dont les présidents veulent se pérenniser au pouvoir » a-t-il estimé. « C’est donc un exemple à saluer et nous encourageons les forces vives de la nation burkinabè à s’unir afin que le pays retrouve rapidement la paix, la stabilité et le retour à une vie normale. Je ne pense pas que l’armée, a-t-il poursuivi, va vouloir conserver le pouvoir car c’est une victoire acquise par le peuple et il appartient au peuple de gérer cette victoire. Ce sont les civils qui ont mené le combat, ce sont eux qui ont compté leurs morts. Il faut donc absolument que ce soit eux qui gèrent leur pouvoir. Il faut que cela soit compris et entendu par les jeunes militaires qui veulent s’accaparer ce pouvoir », a-t-il conclu.

15h30 : Devant le corps diplomatique, le lieutenant-colonel Zida s’est donc engagé ce matin à ce que la transition soit dirigée par « une personnalité consensuelle » et « dans un cadre constitutionnel ».On se dirige donc probablement vers une réactivation de la Constitution, et en particulier des paragraphes qui traitent de la vacance du pouvoir. La Constitution prévoit que le président de l’Assemblée nationale devient le président intérimaire. Mais le problème, c’est que ce dernier, Soungalo Ouattara, est en fuite, probablement en Côte d’Ivoire comme le président déchu Compaoré. Dans ce cas de figure, c’est donc plutôt une personnalité consensuelle qui doit être identifiée. C’est une tâche complexe dans la mesure où l’opposition a peiné à s’entendre jusqu'à présent.

Cette déclaration d’Isaac Zida a néanmoins une certaine portée dans le contexte actuel, à un moment où le mouvement citoyen réclame à cor et à cris que les militaires cèdent la place aux civils. De son côté la communauté internationale souhaite également que la future architecture de la transition soit dirigée par des civils, par des hommes politiques. Ces derniers vont s’exprimer avant la fin de la journée puisque le Cepof, la coalition des mouvements d’opposition a prévu de faire ces déclarations pour faire part de ses exigences et de ses positions.

13h30 : Alors que le lieutenant-colonel Zida semble donc s'être décidé à ouvrir la porte à une solution de consensus et à une transition démocratique débouchant sur la désignation d’un civil au pouvoir, la situation au Burkina Faso est au cœur d'une réunion du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine qui a débuté, à 12h00 TU à Addis-Abeba, en Ethiopie.

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11h50 : Le lieutenant-colonel Isaac Zida a promis lundi une transition « dans un cadre constitutionnel » lors d'une rencontre avec le corps diplomatique à Ouagadougou. « Le pouvoir exécutif sera conduit par un organe de transition dans un cadre constitutionnel. Cet organe de transition sera dirigé par une personnalité consensuelle désignée par tous les acteurs de la vie nationale », a-t-il déclaré devant les diplomates.

La communauté internationale, notamment les États-Unis ont condamné la prise de pouvoir par les militaires et exigé un retour à l'ordre constitutionnel, après la chute du président Blaise Compaoré vendredi, à l'issue de 27 ans au pouvoir. « Nous ne sommes pas là pour usurper (...) le pouvoir », a déclaré un peu plus tard le lieutenant-colonel à des journalistes. M. Zida n'a pas précisé de calendrier d'action devant les diplomates, mais a souhaité un délai « le plus bref possible ».« Nous voulons aller très vite », a-t-il ensuite redit aux journalistes.

11h45 : Invité ce matin sur l’antenne de RFI, Francis Kpatindé, journaliste et maître de conférences à Sciences-Po Paris, a affirmé qu’il ne croyait « pas du tout » que le lieutenant-colonel Zida soit manipulé à distance par Blaise Compaoré. «Vous avez dû remarquer que le mouvement citoyen, le "Balai citoyen" et les jeunes ont semblé le soutenir »a expliqué le journaliste« En face de lui, il y a le général Honoré Traoré, le chef d’état-major, général des Armées qui est plutôt un homme, en dépit de tout, qui est proche de Blaise Compaoré, dont il a été le premier aide de camp après l’assassinat de Thomas Sankara. Maintenir quelque part Traoré au pouvoir aurait été aux yeux de la population, perpétuer le pouvoir de Blaise Compaoré», a repris Francis Kpatindé. Selon lui, « l’heure n’est plus aux militaires, fussent-ils providentiels ; l’heure est à une démocratie beaucoup plus ouverte et le pouvoir militaire doit obéir au civil, et le Burkina Faso ne peut pas échapper à cette règle-là ».Retouvez l'intégralité de l'interview en cliquant ici.

11h30 : Le lieutenant-colonel Zida promet une transition « dans un cadre constitutionnel », annonce une dépêche de l’Agence France-Presse.

11h00 : Ce matin, la capitale avait retrouvé le calme et, ce lundi, les habitants ont repris le travail et les écoliers le chemin des classes, les établissements scolaires ayant rouvert leurs portes. Le couvre-feu a par ailleurs été allégé, il est désormais fixé de minuit à 5h00 du matin. Les frontières terrestres aussi ont rouvert et, normalement, le trafic aérien devrait reprendre peu à peu à l’aéroport de « Ouaga ». À signaler, parallèlement, l’inquiétude de l’épouse de l’ancien général Kouamé Lougué qui avait tenté en vain de prendre le pouvoir dimanche lors d’une allocution avortée dans les locaux de la télévision publique RTB. Elle est sans nouvelle de son mari depuis les échauffourées qui ont eu lieu à la RTB suite à son annonce, non diffusée.

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10h45 : Le lieutenant-colonel Zida rencontre en ce moment des représentants du corps 
diplomatique au ministère des Affaires étrangères, tandis que les chefs de 
l'opposition doivent se concerter en milieu de journée au siège du parti de leur chef de file, Zéphirin Diabré.

Le chef du régime de transition s'était déjà entretenu dimanche soir avec les ambassadeurs de France, des États -Unis et de l'Union européenne, mais rien n'a filtré sur leurs discussions, les diplomates se refusant à toute déclaration. La communauté internationale avait toutefois vivement réprouvé la prise de pouvoir de facto par les militaires.

Les États -Unis, alliés de poids, avaient entre autres condamné « la tentative de l'armée burkinabè d'imposer sa volonté au peuple », appelant « l'armée à transmettre immédiatement le pouvoir aux autorités civiles ». De son côté, la médiation internationale tripartite au Burkina, conduite par l'ONU, l'Union africaine (UA) et la Cédéao, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, a évoqué la menace de « sanctions » si l'ordre constitutionnel, qui prévoit un intérim du président du Parlement, n'était pas respecté.

Quant à l'Union européenne, elle a demandé à l'armée burkinabè à respecter les droits fondamentaux de la population, y compris celui de manifester pacifiquement, 
tandis que le président ghanéen John Dramani Mahama, qui dirige la Cédéao, a 
appelé « au dialogue » et à la retenue pour éviter que « la situation déjà précaire » ne dégénère. La France en revanche ne s'est pas encore exprimée sur les derniers événements.

9h30 : On évoque la possibilité de réactiver la Constitution suspendue depuis quelques jours par le chef militaire, ce qui permettrait au Conseil constitutionnel de constater la vacance du pouvoir, y compris au niveau du président de l’Assemblée nationale, puisque celui-ci est en fuite en Côte d’Ivoire. Dès lors le conseil pourrait se tourner vers l’ensemble des forces vives du pays pour qu’elle désigne en consensus un nouveau président de transition qui pourrait être alors un civil. Est-ce que l’armée acceptera cette option ? Est-ce que le profil d’un homme ou d’une femme consensuel existe au Burkina Faso ? On devrait le savoir dans les prochaines heures. 

Parmi les personnalités reçues hier, on note qu’il y avait l’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo, au pouvoir entre novembre 1982 et août 1983. Après cette rencontre il avait appelé ses concitoyens au calme et à la reprise du travail. Une autre série de consultation aura lieu dans la journée avec les autorités coutumières et religieuses notamment.  

La situation au matin du lundi 3 novembre

8h00 : La contestation d'hier dimanche s'était traduite, par un épisode assez rocambolesque, où l’on a vu une immense foule faire le siège de la RTB, la Radio-Télévision nationale, en scandant le nom de Saran Sérémé, qui est la présidente d’un parti de l’opposition à Blaise Compaoré, le PDC. Cette foule souhaitait la voir prendre la tête du pays, le temps de la transition démocratique, une foule qui voulait absolument qu’elle se rende à la télévision nationale pour faire cette annonce au plus grand nombre.

En fait, selon Saran Sérémé elle-même, qui s’expliquera un plus tard dans la journée, il s’agissait là d’un immense malentendu. Les Burkinabè massés place de la Nation et très impatients de voir un civil organiser la transition, l' a littéralement forcée à se rendre à la télévision, ce qu’elle n’a finalement pas fait. Au contraire d’un général, le général à la retraite Kouamé Lougué, qui lui a pris tout le monde de vitesse, en se déclarant chef de l’Etat au nom du peuple. Une annonce parfaitement vaine car les caméras de la RTB n’étaient même pas branchées au moment de cette annonce !

Il y a pas mal de confusion, pas mal de cafouillage, en ce moment, au Burkina Faso où la société civile et les partis politiques maintiennent toujours la pression sur l’armée. A ce titre, en fin de journée, le colonel Auguste Barry, porte-parole du lieutenant-colonel Zida, s’était fendu d’un communiqué. Un communiqué dans lequel il stigmatisait ces initiatives d’auto-proclamation à la télévision publique et dans lequel il rappelait que si les forces armées burkinabè occupaient un leadership dans le pays, c’était à l’appel des forces vives du pays, pour se prémunir contre un chaos, qui aurait pu s’installer après le soulèvement de jeudi dernier.

Parallèlement, une médiation internationale est toujours en cours, pour tenter de trouver une issue à la crise. Une mission conjointe des Nations unies, de l'Union africaine et de la Cédéao, la Communauté des États d'Afrique de l'Ouest, qui a rencontré tous les acteurs de la crise. Elle demande le retour à l'ordre constitutionnel, avec à sa tête, un civil.


rfi

Mardi 4 Novembre 2014 - 01:16



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