Burkina: la société civile s'alarme de la crise entre Zida et le RSP

Le Premier ministre, Yacouba Isaac Zida a déclaré lundi 6 juillet avant son départ pour la Côte d'Ivoire qu'il demeure le chef du gouvernement, alors que le régiment de sécurité présidentielle (RSP) exige que tous les militaires quittent le gouvernement de la transition. Et depuis une semaine, le président Michel Kafando continue les concertations en vue d'une sortie de crise. La société civile et les partis politiques proposent l'examen de la situation par tous les signataires de la charte de la transition pour éviter une modification du calendrier électoral.



Dans la crise qui oppose le régiment de sécurité présidentiel et le Premier ministre Isaac Zida (G), le président Michel Kafando (D) doit jouer les médiateurs. REUTERS/Joe Penney
Dans la crise qui oppose le régiment de sécurité présidentiel et le Premier ministre Isaac Zida (G), le président Michel Kafando (D) doit jouer les médiateurs. REUTERS/Joe Penney
Malgré les propos rassurants de Yacouba Isaac Zida sur son maintien au poste de Premier ministre et chef du gouvernement, la Coordination des organisations de la société civile se dit inquiète d'une entreprise de déstabilisation de la transition depuis les événements du mois de février 2015. Ces organisations de la société civile rejettent une dissolution du gouvernement imposée par le régiment de sécurité présidentielle (RSP).
 
Guy Hervé Kam, porte-parole de la Coordination, estime qu'il faut rapidement clarifier les choses. « Il s’agit de prendre acte de ce que le Premier ministre a dit. Et d’en appeler à la sagesse du chef de l’Etat pour que, très rapidement, cette page là soit tournée. La situation est suffisamment grave pour que le président du Faso en appelle à tous les signataires de la charte », s'alarme-t-il.
 
Pour éviter toute modification du calendrier électoral dû à un remaniement ministériel, les partis et formations politiques exigent que la crise actuelle soit examinée par tous les signataires de la charte de la transition. « Le Premier ministre Zida ne constitue pas une composante de la transition. Il fait partie de la composante force, défense et sécurité. Cette composante-là doit se réunir absolument et doit prendre une décision et la faire entériner ensuite par l’ensemble des signataires de la charte », estime Adama Kanazoé, le président de l'Alliance des jeunes pour l'indépendance et la République.
 
Tout le monde attend avec impatience l'épilogue de cette énième crise entre le Premier ministre burkinabè et ses anciens camarades d'armes et les regards sont tournés vers le palais présidentiel.
 
■ Analyse de la crise politique
 
Dans la crise qui oppose le RSP, le régiment de la sécurité présidentielle, au chef du gouvernement de transition, Isaac Zida préfère parler de « malentendu » et n'entend visiblement pas céder aux militaires qui menacent de quitter les organes de la transition. La question se pose de savoir si c'est là une lutte de pouvoir ou un règlement de compte entre militaires.
 
La politique est souvent une question de signaux et celui qu'envoie actuellement Zida est sans ambigüité. En décollant pour Abdijan, il signifie à tous qu'il est bel et bien aux commandes du gouvernement et que la crise n'est pas suffisamment importante à ses yeux pour justifier le report d'une visite officielle.
 
Malgré le fait que la hiérarchie militaire réclame son départ, Isaac Zida paraît déterminé à engager le bras de fer. Après tout c'est la troisième crise qui l'oppose à l'armée depuis l'an dernier et il a survécu aux deux premières.
 
La réponse du Premier ministre se traduit aussi par le soutien qu'il reçoit d'une partie importante de la société civile. Un membre du mouvement M21 estime que Zida est victime d'un complot orchestré par l'ancien parti au pouvoir le CDP qui se servirait de l'armée pour déstabiliser la transition et obtenir un report des élections d'octobre.
 
Faux et fumeux répondent les militaires. Ils affirment vouloir uniquement le départ de Zida mais ne remettent ni en cause la transition ni la date des prochaines élections. Selon eux, Zida invente de faux complot pour se débarrasser de l'influence du RSP, le régiment de la sécurité présidentielle.

Rfi.fr

Mardi 7 Juillet 2015 - 10:39



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