Burundi : appels à la haine et ultimatum à hauts risques

À Bujumbura soumise aux affrontements quasi quotidiens entre opposants et forces de l'ordre, les discours menaçants prononcés par des responsables du régime de Pierre Nkurunziza se multiplient. Certains emploient même une rhétorique rappelant les heures sombres du Rwanda voisin.



Burundi : appels à la haine et ultimatum à hauts risques

Samedi 7 novembre expire l’ultimatum fixé par le président Pierre Nurunziza aux contestataires burundais accusés de détenir des armes. Dans un discours à la nation en kirundi, tenu le 2 novembre, sur la chaîne nationale, le chef de l’État exhortait les détenteurs d’armes à feu résidant dans la capitale à les remettre spontanément aux forces de l’ordre. « Ceux qui ne répondront pas à cet appel au plus tard le 7 novembre seront considérés comme des criminels, passibles de la loi antiterroriste, et seront combattus en tant qu’ennemis du pays », avertissait Nkurunziza, tout en incitant les forces de l’ordre « à utiliser tous les moyens disponibles » pour dénicher ces armes « dans les moindres recoins » de la ville à partir du 8 novembre.

Pour la population de Bujumbura, la menace d’une opération de répression de grande envergure, sous prétexte de désarmement, est prise d’autant plus au sérieux qu’au cours des derniers jours, plusieurs officiels du régime ont relayé énergiquement le discours du président. C’est ainsi que dès le 29 octobre, le président du Sénat galvanisait les élus locaux de Bujumbura, coupables à ses yeux de ne pas faire montre du zèle approprié face à cette menace diffuse apparue au lendemain de la réélection de Pierre Nkurunziza. Face au harcèlement policier dans les quartiers de la capitale suspectés d’être des bastions de l’opposition au troisième mandat du leader du CNDD-FDD, des habitants ont en effet monté des groupes d’autodéfense ou mené des actions subversives contre la police. « Il ne se passe pas une nuit sans qu’on n’entende des coups de feu ou une explosion de grenade, témoigne Désiré, un habitant de Mutakura. Souvent, lors de leurs patrouilles, les policiers tirent sans raison pour voir si des gens répliquent. Et lorsque les forces de l’ordre arrivent en grand nombre pour procéder à des arrestations, les affrontements commencent. »

« Un véritable appel à la guerre civile »

Le 29 octobre, selon le site officiel du Sénat burundais, Révérien Ndikuriyo a donc « exhorté les élus locaux à travailler en synergie avec les forces de sécurité dans leurs quartiers » afin de traquer sans répit les insurgés. Mais la traduction exhaustive de son intervention, enregistrée à son insu avant de circuler sur les réseaux sociaux, emprunte un registre clairement inspiré des médias rwandais qui avaient incité au génocide des Tutsis, entre 1991 et 1994.

« Si vous semez le trouble dans les quartiers, c’est dans vos quartiers que tout sera anéanti ! », prophétise Révérien Ndikuriyo. « Moi, je suis un représentant du peuple mais je dis à ceux qui ont gardé le silence : le jour où l’autorisation de passer à l’action sera donnée, et que la retenue actuelle prendra fin, où irez-vous? » À de nombreuses reprises, l’expression « passer à l’action » est répétée. Et le registre lexical rappelle aux connaisseurs du génocide de 1994 au Rwanda de sinistres souvenirs : « travailler », « pulvériser », « mettre le paquet » – autant de paraboles suggérant l’extermination.

« C’est un brûlot indigne des fonctions que son auteur occupe à la tête du Sénat », considère l’historien Jean-Pierre Chrétien, spécialiste du Burundi et co-auteur d’un ouvrage de référence : Rwanda, les médias du génocide. « Il s’agit d’un véritable appel à la guerre civile, à la mise à mort des opposants, au pillage des biens et à un contrôle totalitaire du pays. L’évocation du ‘feu de brousse’ et du ‘travail’ relèvent de la pire rhétorique dans l’histoire régionale, celle qui a présidé à une logique génocidaire. Surtout, le ton menaçant, vulgaire et haineux rappelle celui des journalistes de la RTLM [radio privée des extrémistes hutus rwandais], dans un pays où les médias indépendants ont été interdits. »
source:jeune Afrique


Dior Niang

Samedi 7 Novembre 2015 - 07:52



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